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Mannick prend sa retraite

Après soixante-deux ans de carrière (elle débuta en 1960 avec le groupe Les Collégiennes de la Chanson avant de rejoindre le groupe Crëche puis de faire une longue carrière solo) d’où prédominent un disque d’or (Paroles de femme en 1976), un Prix de l’Académie française et un grand Prix de l’Académie du disque Charles-Cros, Marie-Annick Rétif, dite Mannick, tire sa révérence. Occasion pour NosEnchanteurs de nous entretenir avec elle. Dossier réalisé par Robert Migliorini, Nicolas Céléguègne et Michel Kemper.

 

61cOqAIMhdL._SL1000_NosEnchanteurs. On annonce ces jours-ci ta « retraite » de la scène…

Mannick. Oui. Je l’ai dit à des amis et l’un d’eux l’a annoncé sur facebook, c’est tout.

Sous quelle forme restes-tu dispo?

Je ne sais pas encore mais pour des spectacles il m’en faudrait plusieurs par mois pour que ça vaille la peine de tout remettre en marche !

Plusieurs interrogations de « fidèles » concernent ta foi chrétienne. Cette dimension perso et de ton parcours aurait-elle nui à ta carrière auprès d’une partie du public ?

C’est évident : en France on n’aime pas ce genre de mélange, ça jetait comme un froid quand quelqu’un y faisait allusion. Je n’aime pas parler de « ma foi » : je ne suis pas au clair avec le terme, je n’adhère pas à beaucoup de prises de positions et de faux pas dans le fonctionnement de l’Église et je n’ai pas manqué de le dire. Mais j’ai aimé travailler (écrire surtout ) autour des femmes de la Bible par exemple et, dans un premier temps, répondre aux sollicitations de mes amis plus impliqués que moi dans ce domaine comme Jo Akepsimas, Gaëtan de Courrèges et Michel Wackenheim… Ils m’ont demandé de collaborer (pour des textes) et souvent de chanter dans leurs projets.

Comment as tu vu évoluer le métier ?

Dans l’ensemble, a contrario de tout ce que j’ai aimé dans la chanson française dès mon adolescence, et j’ai eu du mal à y trouver des chanteuses ou chanteurs qui me fassent vibrer (comme avant…). Il y en a malgré tout. Surtout des chanteuses. Mais souvent la musique couvre la voix, et les mots surtout. Et le métier est devenu me semble-t-il très superficiel : l’emballage (musique et orchestration) prend toute la place et gomme les textes. Dommage.

Le genre de chanson que tu incarnes a-t-il toujours un présent et un avenir à l’heure de l’omniprésence des musiques urbaines, notamment chez les jeunes ?

Un avenir ? pas sûr mais c’est la vie : les époques se succèdent et parfois effacent la précédente en la jugeant ringarde… On parle toujours de Brassens, Brel ou Barbara, même Anne Sylvestre… mais on ne les programme pas, ou seulement pour un bout de chanson comme si c’était gênant d’apprécier ces grands artistes d’hier.

Propos recueillis par Robert Migliorini.

 

Les chapelles bien trop rigides de la chanson

paroles de femmeQuand bien même vous vous intéressez de près à la chanson, nous n’en connaîtrez jamais l’immensité. Il y a des parallèles qui, sauf accident, jamais ne se croisent, des artistes qui jamais ne se rencontrent. Pas du même cercle, de la même coterie. Petites ou grandes, artistes et publics évoluent dans des bulles hermétiques bien souvent faites d’a priori, d’ignorance, de défiance.

J’aime passionnément beaucoup de festivals où parfois je projette, en mon for intérieur, des artistes. Rêves exaucés, ou pas. J’aurais bien aimé y applaudir Mannick mais c’est trop tard : l’auteure de Paroles de femme vient de raccrocher et a mis sa tenue de chanteuse au porte-manteau. Elle n’accordera plus jamais sa guitare. 

On parle beaucoup de féminisme, avec raison je crois. On rappelle avec bon sens et belle mémoire le rôle et les chansons d’Anne Sylvestre dans ce combat toujours recommencé. Mais, systématiquement, on passe sous silence celles de Mannick. Pourquoi ?

Bien qu’elle se soit, je crois, ingéniée à toujours séparer son répertoire « tout public » de celui notoirement spirituel, elle est catho et ça, ça ne pardonne pas. Ça vous condamne à ne chanter que dans des lieux consacrés ou dans les réseaux JOC ou ACE, pas dans des festivals chanson « laïcs » où elle aurait pourtant eu sa place. C’est un athée, qui plus est gros bouffeur de curés devant l’éternel, qui vous le dis.

Paradoxe, la chanson telle que nous l’estimons vit parfois en des chapelles bien plus rigides, bien plus sectaires que les églises qu’elle dénonce.

A 78 ans, l’ex-chanteuse de Crëche prend sa retraite. Restent ses seize albums « tout public », douze pour enfants dont un certain nombre, certes, avec des thèmes religieux, les disques de sa préhistoire (neufs albums au sein du groupe Les Collégiennes, trois au sein de Crëche) et un bon paquet de disques partagés pour vous faire une juste idée. Mais ne l’oublions pas.

Michel Kemper.

 

Mannick, de Petrouchka à Caradec

81UIAXC6waL._SL1500_Fort heureusement et grâce au travail de passeurs des enseignants et animateurs, les chansons pour enfants de Mannick continuent à être interprétées dans les écoles, camps scouts et centres de loisirs : Petrouchka et La Grenouille et le gros bœuf sont sans nul doute ses plus grands succès.

Elle se réfère bien sûr à Anne Sylvestre, pionnière et fondatrice d’une chanson jeune public dépoussiérée de mièvrerie (les Fabulettes datent de 1962 !) Le premier disque pour enfants de Mannick est sorti douze ans plus tard. Mais elle a ouvert la voie, par le scoutisme notamment, à d’autres grandes auteures compositrices interprètes qui ont écrit pour les enfants, comme Christiane Oriol. Mannick a même encouragé Jean-Michel Caradec à ses débuts. C’est un peu grâce à elle que nous pouvons entendre La colline aux coralines, autre tube des écoles et colonies de vacances !

Mannick n’a jamais hésité à chanter sa foi ni à la faire partager aux enfants, dans un répertoire toujours respectueux, jamais abêtissant, jusque dans les musiques d’Akepsimas, écrites et composées dans des tonalités leur étant accessibles. C’est bien pour cela que ça a fonctionné !

Un coffret de 5 CD jeunesse est disponible chez Bayard.

Nicolas Céléguègne.

 

Le site de Mannick, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.

« Je viens du fond de mon enfance » : Image de prévisualisation YouTube

« France est une étoile » : Image de prévisualisation YouTube

Une réponse à Mannick prend sa retraite

  1. Pithon 10 janvier 2023 à 19 h 08 min

    Une Grande parmi les Grandes. La position radicale, basée sur tout, sauf sur le talent de l’Artiste, l’a exclue là où elle avait toute sa place. La pensée unique a frappé ! Scandaleux.
    Pourquoi Barjac, pour ne citer que celui-là, l’a ignorée ? Sûrement pas sur les textes, les mélodies et l’interprétation ! Lamentable !

    Répondre

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