Yannick Noah, la générosité des mots
Yannick Noah au Firmament (photos Antonio Bisaccia)
21 février 2026, Le Firmament à Firminy,
Pas de court de tennis reconstitué sur scène mais un décor cosy censé évoquer un peu des origines du chanteur, mi sanglier des Ardennes mi lion du Cameroun. Tant de Sedan que de Yaoundé. La tournée s’intitule « Un p’tit tour à deux ». Avec lui, son guitariste Nicolas. Il est fréquent désormais, quand le succès s’estompe un peu, de voir des artistes célèbres en des tournées allégées, à l’économie, avec pour seul accompagnement qui un pianiste, qui un guitariste. Dans cette même salle, nous gardons à jamais le souvenir ému de Michel Jonasz… Reconnaissons que l’idée du répertoire de Yannick Noah soutenu par une seule guitare peut susciter en nous la curiosité, tant l’épure est a priori séduisante. Mais c’est sans compter sans cette bande-son, plus ou moins discrète selon les titres, qui épaule la guitare sèche et forcément triche. Comment du reste rythmerait-on la Saga Africa de seulement cinq cordes nylon ?
Allons au cœur de ce récital. Et soulignons s’il en était encore besoin le charisme (son sourire radieux y fait pour beaucoup) et la bonhommie de la vedette qui, sous le ton de la confidence, va émailler son tour de chant d’anecdotes perso, comme une brève autobiographie. Et c’est délicieux. « Je suis une éclipse qui rencontre un solide / Je suis fier d’être métis, j’ai la chance de choisir ». Deux cultures, de nombreux allers-retours, tantôt ici, tantôt là-bas : « Porte l’eau / Porte la vie / Tu dois courber le dos / Pour un peu de pluie / C’est de l’or entre tes mains / Chaque jour qui passe / Fait la terre plus lasse ». Souvenir quand il était jeune, à Yaoundé, et que sa maman, chaque jeudi à huit heures précises, l’emmenait au catéchisme. Qu’invariablement il séchait, lui préférant toujours le tennis-club d’en face : « C’est grâce à Dieu que je suis devenu tennisman. Je le remercie, bien que je ne l’ai pas vraiment connu… » Avec de telles tranches de vies, avec une si belle sélection de chansons (certaines sont de toute beauté, qui plus est de grande intelligence ), juré qu’au bout de quatre-vingt minutes, au terme du temps réglementaire, le public se sent comblé.
Les titres chantés ce soir sont pour la plupart un condensé d’humanité, de solidarité, de vivre ensemble. De respect pour l’humain comme pour notre environnement, comme par cet hymne qu’est Aux arbres, citoyens : « Puisqu’il faut changer les choses / Aux arbres citoyens / Il est grand temps qu’on propose / Un monde pour demain ». Loin de n’être qu’un titre parmi d’autres, un tube, cette chanson devrait être un oriflamme. C’est en tout cas un des moments fort du concert.
Les mots du tennisman devenu chanteur dessinent à l’envi un futur plus avenant : « Donne-moi au moins le début d’un possible infini / Donne-moi mieux qu’un jour de plus, de plus à tenir / Quelque chose à remplir qui me fera vieillir / Un avenir, un avenir ».
L’après-midi même, les chaînes de désinformation avaient fait comme rarement boulevard à la haine, au néo-nazisme décomplexé. Là où nous sommes, à pas cent bornes de Lyon, qu’il est réconfortant d’entendre le généreux, doux et pacifique chant de Yannick Noah : « Ferme les yeux fais le vide / C’est ton souffle qui te guide / À l’intérieur tout est fluide / Fais la paix en toi ». Ça nous change la vie.
Le site de Yannick Noah, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.



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