Mouhet 2026. Bihl, au sommet de son art
Agnès Bihl à Mouhet (photo Didier Kovacs)
23 mai 2026, Festiv’en Marche, Mouhet (Indre),
Plusieurs fois envisagé les années passées au générique de Mouhet, le concert Agnès Bihl fut toujours reculé, faute à une agence artistique d’une souplesse toute relative. Mais, sans cesse espéré, le bonheur vient un beau jour : notre blonde est là, devant nous. Particulièrement en forme, rayonnante. Et toujours en quête d’amour, l’âme d’une biche et l’appétit d’un ogre, comme elle dit… « Je veux être demain pour connaître les mains du prochain homme de ma vie […] J’ai encore toute l’envie devant moi » précise-t-elle d’emblée.
Ceci dit on sait aussi que son lendemain est encombré : dans quelques heures, elle entre en studio pour enregistrer son onzième album, dont, toute aimable qu’elle est, elle va nous gratifier de quelques titres, en exclusivité : « Eh oui c’est vrai que j’ai changé / La jeunesse est toujours en CDD » mais « Je n’ai pas dit mon dernier mot, mon dernier merde / Le combat qu’on est sûr de perdre / C’est celui qu’on ne livre pas ». Et d’assurer que « je suis telle que la vie m’a faite ». Nous sommes rassurés même si elle nous parlera d’obsolescence programmée, de date de péremption de l’amour. Et, sur quelques notes empruntées à Barbara, ce qui ne doit pas déplaire à la dame brune : « Voilà combien de jours, voilà combien de nuits / Que je n’ai pas fait l’amour et que cela me nuit ? […] Dis, c’est quoi ce plan cul ? »
Agnès nous parle d’elle, de sa mère, de sa fille aussi : « Tu as l’âge de partir / Et moi de me souvenir / Ma merveille / Ta mère veille ». On remarquera que le propos envers la gamine a bien changé. Hier encore c’était, entre tendresse et exaspération, du « Dors mon poussin dors mon bébé / Mais qu’est-ce qu’il fout le marchand d’sable ? » C’est vrai qu’elles ont changé.
Le tour de chant est brillant, pas une minute de répit ni pour l’artiste ni pour son public qui applaudit à tout rompre. Dans cette édition festivalière où les femmes largement prédominent, Agnès Bihl est la plus féroce, la plus farouche des amazones, la plus efficace aussi, faisant flèche de tout bois. Féministe d’avant #MeToo, son chant plein d’allant est constant, toujours en mémoire de celles « qu’on a voulu mettre à genoux ».
Ceux qui la connaissaient retrouvent là le meilleur de Bihl, ample et habité, entre punchlines et pure tendresse, dont la scène décuple la force. Et, au passage, la promesse d’une succulente galette à venir, forte en vitamines, nourrissante. Quant à celles et ceux qui la découvrent, ça doit avoir le goût et le tanin d’un grand verre de gnôle, vivifiant, revigorant (moins pour les machos si d’aventure il y en avait ce soir). Car Bihl est d’un naturel déconcertant, espiègle, fragile et forte à la fois, qui va du rire aux larmes, du dégoût à la révolte, qui chante tout haut ce que bien souvent (là, je ne peux qu’imaginer) les femmes pensent tout bas. Vraiment, c’est un grand moment que celui-ci.
Je parlais de Barbara mais il en est une autre qu’il nous faut citer, féliciter : sa pianiste, Barbara Hammadi, en tout point excellente. Et complice. Ces deux-là peuvent être fières de leur tour de chant, de cette petite musique qui longtemps nous restera en tête.
Le site d’Agnès Bihl, c’est là ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.



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