Off Avignon 2026, Florentin Fouch, manque d’effet
L’Arrache-Cœur, Avignon, 13 h 10
C’est un spectacle qui tantôt ne laisse pas de marbre, tantôt rafraîchit de son marbre : « c’est frais, et quelle écriture ! », lance une spectatrice à la sortie ; or dire « c’est frais » à Avignon et ses 41 degrés, ce n’est pas rien.
L’écriture de Florentin Fouch, effectivement ce n’est pas rien, c’est plutôt quelque chose, de celles qui ravissent les amateurs du jeu de mots et de l’holorime – oserons-nous dire qu’il est le digne descendant, bien que d’autres n’auront en bouche que Boby, de Louise de Vilmorin ? – sa première chanson, éloge de la paresse sous le personnage truculent et calembourique de Capitaine Flemme, est délicieuse… et poétique : « tous les jours, le sommeil se lève »…
Ponctuée de ces trouvailles, sa chanson se déguste. Son flow est impressionnant, accélérable à l’envi servant le propos (cette critique du fric) et son art de l’improvisation (cette chanson tirée des mots du public) frise l’exhibitionnisme dont on se délecte, avouons-le, avec un plaisir sensuel voire grosse gourmandise…
C’est que Florentin Fouch, en grand prêtre du mot, nous invite ici à nous déculpabiliser de tous nos péchés (huit au total dont un bis, la gourmandise comprise). La mise en scène est explicite : à gauche, son ange de batteur ; à droite, son diable de guitariste, musique efficace, face à son mime — la muse…et la controverse. Le hic : le spectacle se mue assez vite en manifeste. Un manifeste non pas féministe comme pourraient éventuellement le qualifier certaines et certains, mais un manifeste pour l’allégement du sentiment de culpabilité (masculin). La chanson Boule, qui chante le désir (des fesses), se met ainsi à se justifier en dégueulant les injonctions que les hommes s’imaginent entendre quand on leur demande de ne pas tâter les fesses de leur prochain (« sois un gentleman »…). La chanson manque radicalement son intention, celle de montrer que le désir est humain, tout en créant l’effet contraire de celui recherché à cause d’égo (fragile) : une claque de plus pour les femmes — et les hommes — qui subissent harcèlement, violences, inégalités et qui aimeraient bien entendre le mot « respect ».
« On vit à une époque de culpa-bilisation et de remise en question », récite le mime-muse en toute fin. Et si l’on parlait plutôt de — attention gros mot — responsabilité? L’artiste est-il responsable de ce que lance le public pour baptiser la muse ? Voilà qu’elle devient Nathalie l’hôtesse de l’air. Et pourquoi pas Martine petite maman ! Mais qu’il est con ce public ! (à moins qu’il n’ait convoqué Higelin mais j’en doute) Et l’artiste, il est où ? Est-ce vraiment le mécanisme du spectacle, de se vautrer dans les clichés de genre qui nous collent si bien à la peau (la preuve par le public), pour les soi-disant renverser à la fin ? Le spectacle, s’il cherche à montrer la difficulté des hommes face à MeToo et la difficile reconnaissance des faits, ne parvient décidément pas par ce moyen à donner l’espoir ni, surtout, à concrétiser la remise en question. Il vient même à renforcer (c’est l’intention contraire, encore une fois) des stéréotypes de genre : la muse, la meuf bonne, bonne à épauler l’homme et puis c’est tout, la femme en colère, l’homme qui s’excuse piteusement. En voyant ce spectacle, on se dit : non, encore non, toujours non. Une vision profondément désespérante. Une vision qui révèle qu’il y a encore bien du boulot pour se débarrasser de ce qui vient mettre des freins à l’amour.
Il y eut pourtant plus tôt ce si tactile et touchant récit de mains amoureuses (dont la fin révèle encore ce qui manque à l’amour) ; il y eut pourtant un peu plus tard le même constat : « on tourne en rond là non ? »… Alors gardons espoir, c’est ainsi que finit le concert sans l’effet voulu, que Florentin Fouch mette tout son art de la verve au service d’une autre manière de faire relation, celle de la reconnaissance plutôt que de la culpabilité.
Ce que Nos Enchanteurs a déjà dit de Florentin Fouch, c’est ici. Son site, c’est par là !
Pour en savoir plus sur ce spectacle, surveillez l’émission du Coin de Tonton Mick, qui l’aura soumis à la question à l’ombre du Jardin des Carmes : parution en septembre !
Florentin Fouch est à L’Arrache-Cœur jusqu’au 25 juillet, à 13 h 10 sauf les mercredis.






Magnifique spectacle plein de humanité et de poésie. Nous y étions le même jour que la personne qui a écrit l article et j ai pourtant l impression de ne pas avoir assisté au même spectacle. Madame avez vous écouté entendu et compris les paroles ? En aucun cas la place de la femme n est galvaudé bien au contraire celle ci fait office de muse et d inspiration. Au dela de cela le féminisme et ses idées poussées a l extrême frôle ( voir frotte) avec le ridicule…allez voir par vous même.. vous en ressortirez les yeux et le cœur remplis de bonheur
A la lecture de cet article (outre quelques erreurs sur les horaires en haut de page, ou une erreur de genre « le mime-muse » alors que c’est une femme – Certaines femmes pensent que le féminisme passe aussi par ces écritures au féminin), des questions me viennent autour du mot respect. Pour une personne qui semble si attachée aux mots et au sens des mots. Le premier non respect – anecdotique c’est effectivement la photo prise sans consentement. Pire, contre la demande des artistes ! Le second manque de respect à mon sens est vis à vis du public (même si c’est du second degré) traiter le public de con me semble un peu injustifié.
Le troisième est de prêter à l’artiste, aux artistes des intentions. Un manifeste ? le mot n’est il pas trop fort ? Un manifeste est un écrit public. Le seul écrit public que Florentin Fouch propose c’est un recueil de pensées poétiques. En quoi est-ce choquant qu’un homme s’excuse ? En quoi est-ce pitoyable de s’excuser ? Est-ce respectueux d’utiliser le mot dégueuler ? La chanson « Boule » est en écho au péché de luxure. La luxure n’est pas désir (là encore mot injustement posé). La luxure est la recherche déréglée du plaisir sexuel…
Pourquoi accabler cette chanson des pires maux alors qu’il est question de dénoncer un dérèglement… D’autres questions me viennent, mais celle qui reste vraiment c’est l’inquiétude montante de voir attribuer à l’art des propos injustes. Tout est question dans l’art d’interprétation et de liberté d’interprétation, si l’on tente de prêter des accusations aux artistes, sans même prendre le temps de discuter avec eux, de les questionner, de tenter de comprendre… d’autres murs vont s’ériger et diviser encore plus le monde. Alors place à la liberté d’expression…
A la fin de l’article la chroniqueuse fait référence à ma future émission radio (c’est sympa) à paraître en septembre sur Florentin Fouch et son spectacle mais avec cette formulation que je ne peux pas accepter : « surveillez l’émission du Coin de Tonton Mick, qui l’aura soumis à la question » Je regarde la définition : » L’expression être soumis à la question signifie généralement subir des interrogations ou des traitements, souvent dans un contexte judiciaire. Historiquement, cela faisait référence à des méthodes de torture utilisées pour obtenir des aveux » Cela ne correspond absolument pas à mon émission dont l’objectif est de laisser la parole à l’artiste pour qu’il s’exprime le plus largement et librement possible.
Je vous remercie de vos commentaires qui viennent corriger certaines formulations.
Je m’excuse auprès du public (dans lequel je m’inclus) qui effectivement n’avait pas besoin d’être insulté. Cette formulation témoigne d’une fatigue devant le constat que nos représentations genrées sont encore bien ancrées. J’aimerais que nous puissions tous et toutes être davantage vigilant.es à ce sujet. Formuler la chose avec une insulte n’est pas vertueux ; je m’en excuse.
Deuxièmement, et pour ceci je ne m’en suis pas rendue compte, je suis d’accord, « soumettre à la question » est mal choisi et ne correspond pas au travail de Michel. Je m’en excuse donc également.
Pour répondre ensuite à la question du premier commentateur, cet article se base sur des éléments concrets :
- paroles et place des chansons « j’ai eu des blondes, des rousses », Boule, Petite Pâtissière qui viennent renforcer les clichés de genre notamment pour la femme, mais finalement aussi pour l’homme.
- jeu de la clown/mime/femme dans la malle renforçant l’image sexualisée de la femme, et en parallèle une essentialisation des comportements : la femme s’énerve, l’homme s’excuse. Peut-on obtenir le respect sans avoir à s’énerver ? Ce spectacle me dit que non.
- mise en scène utilisant la métaphore du jugement, le langage de la morale et notamment du « péché », renforcé par la phrase « nous vivons à une époque de culpabilisation et de remise en question ». Je ne suis pas d’accord avec ce terme de culpabilisation qui sous-tend tout le spectacle et je pense que les personnes qui arrivent enfin à obtenir justice dans des procès fort médiatisés ne seraient pas d’accord non plus. C’est un écho que je trouve franchement limite.
C’est pour cela que je parle de responsabilité. Je suis d’accord avec le fond du propos : arrêtons de culpabiliser et prenons soin de nos égos. C’est la manière dont cela est fait que je trouve délètère.
Ce spectacle m’a plongée dans un désespoir profond et une immense tristesse. Je ne suis pas la seule à avoir éprouvé des sentiments négatifs à l’issue de ce spectacle (autre élément concret). Les autres spectateurs sont contents et ne réagissent pas au propos, n’en témoigne que la chronique faite par ma collègue ou vos commentaires ci-dessus qui évoquent humanisme et poésie. Pour moi, la vision humaniste de ce spectacle est ratée, quant à la poésie elle n’est pas exempte de véhiculer des clichés. C’est pour cela que j’ai utilisé ce titre « manque d’effet » qui d’ailleurs n’est pas tout à fait juste : il fait réagir violemment certaines personnes, pas d’autres.
Sans parler de violence sexuelle, le sexisme ordinaire et l’impossibilité d’avoir une relation amoureuse ou amicale (ou même professionnelle) à cause des stéréotypes que nous véhiculons est toujours d’actualité. Il ne s’agit pas de féminisme. Je vous renvoie à la chanson de Môrice Bénin « Tout va mâle, tout va femelle ».
Pour moi, ce spectacle ne rend pas conscient. Et c’est le principal problème de ce spectacle.
Que cela ait été exprimé par la colère, en exposant l’artiste, je le reconnais. J’ai cherché à communiquer à la fin du spectacle avec les artistes ; ils n’étaient pas tous là (rangement) et il faudrait qu’ils soient préparés à parler des sentiments violents qu’ils peuvent générer, ce qui n’est pas évident. Je ne pense pas qu’ils s’attendent qu’à l’issue de leur spectacle quelqu’un vienne les voir en pleurant ou en colère. Ce que je constate en tout cas, c’est qu’écrire un texte pour exprimer le fait que je trouve ce spectacle dangereux dans ses représentations n’était pas la bonne solution.
Les échanges que j’ai eus avec Florentin Fouch (après publication de l’article) ne m’ont en effet pas permis de voir ce spectacle d’une autre manière : ils ont, au contraire, conforté mes impressions et mon analyse.
Conclusion : le spectacle manque son effet, la chronique manque son effet, « nous tournons en rond ». C’est dommage et dommageable, mais que cela serve d’enseignement pour le futur.
Sans vouloir continuer de tourner en rond je regarde d’un oeil rempli d’espoir ces échanges. S’il y a des choses qui me questionnent et m’inquiètent dans ce monde ce sont : les polémiques inutiles, l’injustice, l’intolérance et la banalisation de certains mots. Parler pour ce spectacle de dangerosité et de désespoir me questionnent. « Le poids des mots, le choc des photos »… Ressentir de la tristesse pour un tel spectacle inquiète mon empathie… Mais alors quels mots employer pour décrire la guerre, la misère des gens qui dorment sur les trottoirs, le mépris de classe, l’enfermement, la privation de liberté…?
D’autres questions me viennent pourriez-vous préciser et expliquer ce qu’est une représentation genrée ou non genrée ? Pourriez-vous préciser en quoi vous avez été confortée dans vos analyses subtiles ?
Par ailleurs, en tant qu’actrice de terrain et mobilisée clairement sur les actions concrètes (l’art étant une des clés mais pas la seule), je souhaitais savoir si vous pouviez me communiquer les noms des associations de défense avec lesquelles vous menez votre combat « anti-genre » anti cliché, anti représentation qui permettent de prendre conscience, mais aussi peut-être d’agir vraiment et concrètement. Ce serait là l’effet bénéfique attendu… Personnellement je continuerai d’honorer et de respecter les artistes, la poésie, le spectacle vivant, et je continuerai de lutter par mes modestes moyens contre l’injustice, l’intolérance et la violence (qui pour le coup ne sont pas présentes dans ce spectacle)
Ce que j’entends par représentation genrée est une représentation d’un être humain qui le confine à des caractéristiques qu’on attribue traditionnellement à un homme ou à une femme. Par exemple : la femme doit être belle, l’homme doit être viril. On peut lire les deux poèmes de Dorothy Parker « Women – A Hate song » et « Men – A Hate song » à ce sujet : c’est plus détaillé sans être exhaustif, et traité sur le ton de l’humour.
Les stéréotypes de genre sont au fondement de violences. Cela n’enlève pas la gravité d’autres situations pour lesquelles je ne pense pas que l’on manque de mots. Sur la déshumanisation, je conseille par exemple Pèlerin parmi les ombres de Boris Pahor, et Viol de Botho Strauss. Ce sont les deux derniers récits en date qui m’ont marquée.
Je ne fais partie d’aucune association, si ce n’est le club d’athlétisme (qui possède des catégories de genre et d’âge pour les compétitions et aucune pour les entraînements). Sinon je lis. En rentrant, j’ai emprunté ce livre sur Georgia O’Keeffe pour sa peinture, dont je vous reproduis cet extrait : « D’emblée, [l’écrivain David Herbert] Lawrence pose le problème : « La vraie difficulté à propos des femmes est qu’elles doivent toujours s’adapter aux théories des hommes sur les femmes. […] Quand une femme est complètement elle-même, elle est ce que son genre d’homme veut qu’elle soit. » Mais ce que l’homme veut, en fait, est pour le moins ambigu : « L’homme est prêt à accepter la femme comme son égal, comme un homme en jupe, comme un ange, un diable, une figure de bébé, une machine, un instrument, une poitrine, un ventre, une paire de jambes, une servante, une encyclopédie, un idéal ou une obscénité ; la seule chose qu’il n’acceptera pas d’elle en tant qu’être humain, c’est qu’elle soit un véritable être humain du sexe féminin. » » [Catherine Millet citant D.H. Lawrence in Georgia O’Keeffe, éditions du Centre Pompidou, Paris, 2021, p.58] Cette remarque faite par un écrivain britannique au début du XXe siècle est encore d’actualité. Ce qui (me) manque, ce serait plutôt la possibilité de discuter de ses sujets sans que soit brandi un calicot. Le bouquin de Romain Lemire semblait avoir permis cette ouverture.
Concernant le spectacle et l’artiste, j’ai déjà largement exprimé mes impressions de spectacle et mon point de vue.
Bonjour Mme André,
Je suis clementine, « le mime muse ». Si pour moi , peu m’importe la manière dont on me qualifie, je tenais à vous répondre, pour vous dire que depuis ma profession « d’artiste clown » , je me sens profondément libre. Pour moi, le clown est un anti héros, et c’est parce qu’il prend plaisir à se parodier lui même, qu’il parle, peut être, des maux de notre société … avec bienveillance, démesure et poésie …
Aujourdhui, je suis triste de voir que 6 ans de travail acharné, les économies d’une vie, et l’énergie qu’il faudrai pour déplacer des montagnes, puissent etre réduits à quelques lignes dévastatrices , en utilisant des mots violents tel que « degueuler », ou autre … toutefois, je défend , et défendrais toujours la liberté d’expression, j’accepte avec humilité votre point de vue sur le spectacle « le 8 pêchés ». Ceci étant : à chacun son métier : je regrette sincèrement la publication de cette photo qui dévoile clairement un élément phare de notre scénographie (alors que nous demandons clairement au plublic de ne pas prendre de photo, car nous estimons que le spectacle n’est plus le même) . je vous invite à lire cet article : je n’aurai pas dis mieux : https://www.lejdd.fr/culture/festival-davignon-lettre-a-toutes-les-comediennes-et-a-tous-les-comediens-179727??shem=dsdf,sharefoc,agadiscoversdl,,sh/x/discover/m1/4 https://www.lejdd.fr/culture/festival-davignon-lettre-a-toutes-les-comediennes-et-a-tous-les-comediens-179727??shem=dsdf,sharefoc,agadiscoversdl,,sh/x/discover/m1/4