Temps incertains pour A Thou Bout d’Chant
La salle d’A Thou Bout d’Chant (photo Léo Roullet Marchand)
Comme chaque année, la salle lyonnaise A Thou Bout d’Chant vient d’organiser, hors ses murs, son célèbre tremplin qui, une fois de plus, a connu grand succès (plus de soixante candidatures à chaque session…). Il faut dire que le vivier lyonnais est fourni et que la dynamique chanson y est pour le moins forte, très forte : ceux qui de partout ne voient que déclin de la chanson avec pour seul public des cheveux blancs feraient bien d’y aller faire cure de jouvence. « On a travaillé pour que les gens se croisent. Il y a des volontés. J’ai l’impression que la chanson n’a jamais pris autant de place dans la tête des gens » se réjouit Emma Nardone, la directrice d’A Thou Bout d’Chant.
La saison qui se termine, a priori fort bien, pour cette salle, n’est pourtant pas exempte de sérieuses inquiétudes. Depuis l’an passé, la Région Rhône-Alpes Auvergne – celle que Wauquiez tient toujours sous sa coupe (il en est le sinistre « conseiller spécial », façon Mazarin) a supprimé sa subvention. La ligne « A Thou Bout d’Chant » s’est volatilisée, sans nul préavis, sans nulle explication. Elle était de 15 000 euros, ce qui n’est pas une paille : ça représentait 7 % du budget annuel de cette structure associative !
L’équipe d’Emma accuse difficilement le coup. Les conséquences sont fâcheuses et multiples : réduction de l’activité (en clair : moins 10 % de concerts), moins de médiation culturelle, réduction de l’équipe (qui, de quatre, passe à trois), priorité désormais donnée à la location de la salle au détriment de la programmation en propre, attention plus portée sur la capacité de remplissage de la salle ce qui peut exclure des artistes plus « risqués » et donc impacte la programmation…
Ceci sans compter que, indépendamment de la Région, l’« aide (nationale) à l’emploi des plateaux artistiques » vient de modifier ses critères et qu’A Thou Bout d’Chant, qui jusqu’alors en bénéficiait, désormais est exclu du dispositif : concrètement, ça permettait d’embaucher des premières parties et donc d’offrir un public à de nouvelles têtes, ce qui est quand même in fine l’une des vocations de cette salle…
L’équipe organisatrice de la finale du Tremplin de juin 2026, à la Comédie Odéon (photo Fabrice Buffart)
L’avenir s’assombrit : « On ne pourra pas survivre à terme » menace la directrice, qui ajoute « Le Maire a essayé de rencontrer la région. La mairie est à nos côtés mais n’a pas les moyens de compenser ». Pour A Thou Bout d’Chant, il faut reparamétrer l’avenir, le repenser. Développer les locations, le mécénat aussi.
Il a quelques jours, A Thou Bout d’Chant a organisé une kermesse pour récolter un peu d’argent : 3 000 euros de gagné, c’est peu mais. Il va falloir trouver d’autres solutions… Un grand concert de soutien ?
Et dire qu’une armée de plus de 500 volontaires tente de décrypter les vingt-six kilos de factures livrées en vrac et à contre-cœur (après des décisions de justice jusqu’alors jamais respectées) des « frais » de Laurent Wauquiez à la Région Auvergne-Rhône-Alpes, factures fastueuses et vraisemblablement injustifiées la plupart du temps, pour un montant astronomique pendant que cette même Région foudroie une à une les structures culturelles, les privant (ou les réduisant sévèrement) de subventions. Car soyez assurés qu’A Thou Bout d’Chant n’est pas la seule structure à voir son indispensable subvention supprimée sans autre forme de procès. Depuis le Covid de triste mémoire, on sait que la Culture est non-essentielle : nos élus n’ont désormais de cesse que de nous le rappeler au quotidien. Ceux d’Auvergne-Rhône-Alpes, à la manière des nouveaux maires RN, sont des experts en la matière.


Commentaires récents