Ben Popp, le stakhanoviste de la chanson
Ben Popp (photo non créditée, fournie par l’artiste)
Entre tous, Ben Popp est un artiste singulier. Son site ne renseignant pas particulièrement son parcours, nous le lui avons demandé : « L’histoire de Ben Popp commence en 1991 avec un album auto produit de 26 titres, enregistré dans une chambre surchauffée d’Avignon en été, intitulé Une saison en enfer. Rejeté par le milieu parisien, Ben décide de ne plus jamais le démarcher et de rester en autarcie. S’ensuivent quatre disques par an (souvent deux albums et deux EP 7 titres) jusqu’en 2000. Jean-Claude Lorenzino s’allie à Ben en 1998 et le duo commence à tourner (Châteaurenard, Lyon…). Après un bref passage en Ardèche, Ben s’installe à Lyon en 2008 et, entouré de Christian Pruneau, fonde le groupe Ben Popp y El Grupo que l’on verra sur scène à Paris, Lyon ou Saint-Étienne. » À lire cette rapide autobio, on est tenté de lui poser la question « Combien d’albums à ce jour ? » « J’ai arrêté de compter, entre trente et quarante, à la louche ! » Et d’ajouter : « Je finis le prochain, qui sortira en septembre ou octobre. Si tu fais de la musique tous les jours, tu devrais avoir au moins 52 chansons par an (travaillées sur une semaine) » Nous, à NosEnchanteurs, qui parfois sommes un peu long à chroniquer un album, prenons le risque avec Ben Popp d’être toujours en retard du suivant ou de celui d’après.
Restons sur J’ai vu le futur (photo non contractuelle), sorti en janvier dernier. Où il allie des bonnes vérités à une fausse naïveté. Ainsi la chanson-titre, dont le refrain est : « J’ai vu le futur / Et c’était comme de la confiture / Donnée à des cochons ». Cette chanson est comme l’intro, la préface d’un album cohérent qu’un couplet me semble résumer à merveille : « Sachez ce que vous valez / Sachez ce que vous avalez / Sachez ce que vous avalisez / Sachez ce que vous voulez ».
Si Ben Popp n’est pas le dernier né de la chanson, il a pourtant gardé un timbre adolescent, surprenant à la première écoute. Qui, agréable et singulier contraste, nous tient les sages propos d’adulte qu’il est. À l’écouter, c’est un homme qui se raconte par rapport au monde, à ce qu’il vit, ce que nous vivons. Une terre outrageusement malmenée, un monde en proie à des soubresauts, dont on ne sait vraiment où il va (« Le tonnerre m’éloigne / De la terre qui gronde / C’est la foire d’empoigne / Où va, où va le monde ? ») et une population amorphe, indifférente ou bercée de fausses illusions que Popp tente de réveiller : « Ne vous laissez plus enfumer / Ne laissez plus faire les fumiers / Réclamez enfin tous vos droits / Réclamez et puis restez droits ». Il ne chante pas de belles idées dans le vague : ses textes se conjuguent à la première personne, aussi impliqué que résigné qu’il est : « Je ne suis pas quelqu’un qui fuit le réel sans savoir / Je serais plutôt du genre à le prendre direct en pleine poire » persuadé qu’il est qu’avec lui chaque fois se vérifie La loi de Murphy. Autre loi, celle du nombre, véritable religion des plumitifs (« Combien tu vends de disques / Combien tu fais de vues ? / Combien de spectateurs ? / Combien de followers ? ») qu’il envoie bouler : on ne peut que l’approuver.
Sa chanson délicieusement pop-rock, avec parfois des sonorités jazz (Où va le monde ?), sera pour l’amateur de chansons un oasis autant qu’un creuset.
Ben Popp, J’ai vu le futur (photo non contractuelle), autoproduit 2026. Le site de Ben Popp, c’est ici.



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