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Télérama, Anny-Claude et son Jules « quasi inconnu »

Télérama n°3993/3994 du 25.07 au 7.08.2026

Télérama n°3993/3994 du 25.07 au 7.08.2026

Comme chaque année, Télérama fait ses « séries d’été ». Parmi celles-ci, une s’intéresse aux fans. Pas d’analyse sociologique en cette estivale récréation mais des portraits, plutôt bien brossés. Il y a peu, c’était un fan de Mylène Farmer et de Céline Dion, qui écrit sur ces dames mais ne les approche. L’accroche de l’hebdo, sa « une », affichait fièrement les deux idoles (je me suis pincé, c’était bien Télérama que je tenais en main, pas Télé 7 jours ou Télé poche)… Mais être fan de ces fleurons de l’économie du showbiz, forcément force le respect.

Là, dans le numéro de cette semaine, c’est une « mordue d’un chanteur (quasi) inconnu » [sic]. Bon, cette mordue, je la connais, et l’apprécie. C’est une amie. Son truc à elle, c’est d’aller applaudir le chanteur Nicolas Jules partout où il se produit, aux six coins de l’Hexagone, à Brest comme à Toulon, Dijon ou Quimper, Boulogne-sur-Mer ou Boulogne-Billancourt, au fin fond du Cantal s’il s’y produit.

J’aime la douce folie de Anny-Claude Durbet. Ça fait plus de six cent fois qu’elle prend sa voiture et, quelle que soit la distance, s’en va voir Nicolas. Tant d’ailleurs qu’à l’insu de son plein gré, elle est devenue pièce importante du concert de son Jules, toujours au premier rang et immanquablement invitée sur scène par le chanteur.

Donc, la Durbet. Et rien qu’elle. Le nom de Nicolas Jules dans l’article (et sa photo sur scène avec Anny-Claude) n’étant là que comme support de l’étrange tocade de cette fan (fan mais pas groupie, la nuance est d’importance).

Ça aurait pu être l’occasion, pour ce magazine culturel, dans un encadré au besoin, de dire deux trois mots sur ce chanteur à l’art singulier, à la tonitruante et surprenante poésie (plus de trois décennies de scène et seize albums en attendant le suivant, quand même). Mais il n’en est rien.

En guise de bande-annonce, Télérama annonçait cet article sur son numéro précédent (page 29) : « La semaine prochaine, Anny-Claude, groupie d’une mini-vedette ». Au sommaire du présent numéro (page 5) : « Anny-Claude Durbet, mordue d’un chanteur (quasi) inconnu ». Ce n’est sans doute pas l’auteur du papier, un pigiste, qui a rédigé ces accroches, mais vraisemblablement le rédac’chef ou le SR (secrétaire de rédaction). Ces assertions montre en tout cas le mépris, la morgue de Télérama envers ces artistes hors de leur champ étriqué. Les termes sont volontairement misérabilistes ; celui de « vedette » n’existe d’ailleurs plus (on dit « star » désormais) : il fait ringard, souvenir d’il y a un demi-siècle. Alors, vous pensez, « mini-vedette » : pour ridiculiser quelqu’un, pour l’abaisser, le démonétiser, pour signifier son inexistence, on ne saurait dire mieux.

Télérama n’est plus depuis longtemps ce magazine de curiosité culturelle : il s’en fout. Et ne parlera plus jamais de Nicolas Jules, ni de ces autres que l’article cite au détour d’une ligne : Jérémie Bossone, Erwan Pinard ou David Lafore. Aucun d’entre eux n’est sous contrat chez un gros label, aucun n’a un pied à terre parisien, aucun ne peut s’offrir une attachée de presse avec un carnet d’adresse épais comme ça, aucun n’est dans l’environnement de l’hebdomadaire. Ce n’est que de la chanson de terrain, qui fait son intermittence en province, qui donc n’existe pas aux yeux des journalistes branchouilles. Dont on n’écoute pas les disques si toutefois on en reçoit toujours. Peu importe que cette chanson-là soit d’une plus grande sincérité que celle frappée du logo d’Universal, elle ne sera pas chroniquée par Télérama, pas plus qu’elle ne sera diffusée sur Inter : le parisianisme est un impitoyable étouffoir culturel, un tueur de talents plus redoutable que le meilleur des insecticides.

Niicolas Jules Marie IndépendantisteOui, Télérama, Nicolas Jules est pour vous un « quasi inconnu ». Il le serait bien moins si vous en aviez déjà parlé – lui et ses confrères et consœurs de scène – , si vous aviez fait votre travail, celui pour lequel vos abonnés vous payent. On n’est pas ouverts aux autres quand on vit dans l’entre-soi.

La douce folie d’Anny-Claude Durbet est beaucoup plus saine que votre mépris culturel à l’égard de tout ce qui ose exister hors votre monde par trop étriqué.

L’intérêt de ces deux pages téléramesques, c’est que, mus par une légitime curiosité, il se sera peut-être trouvé des lecteurs à aller sur le web, Youtube ou autres, pour écouter ce que fait ce chanteur-quasi-inconnu que Télérama ne peut et ne veut que bouder, lui comme des centaines d’autres. Contre son gré, Télérama aura fait œuvre utile et Nicolas Jules peut-être vendu des disques.

Télérama est devenu une escroquerie culturelle (son lectorat non) qui n’ouvre ses colonnes qu’au seul bizness : les gros labels et leurs proxis, les modes et postures parisiennes, les copains au besoin. Pas à la vie ou si peu.

 

Le site de Nicolas Jules, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

 

« Le Crayon » : Image de prévisualisation YouTube

« Indépendantiste » : Image de prévisualisation YouTube

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