Off Avignon 2026, Ludivine Faivre : chanter juste
Avignon, L’Incongru, 10 h, 11 juillet 2026
Nos Enchanteurs l’avait découverte en 2025 à Mouhet, nous la retrouvons en 2026 dans Avignon surchauffée. Non à l’Arrache-Cœur, mais dans ce petit théâtre qui porte bien son nom — L’Incongru, où c’est passer sans ambages de la lumière de la grand-place aux sièges dans le sombre.
Mais fi du théâtre ! Dès les premiers mots, nous sommes ailleurs que sur scène : voilà que nous atterrissons dans l’appartement de « ce vieux garçon » où la mère fait des ménages, où la fille l’accompagne ; jusqu’aux odeurs, tout est sensible. « C’est là que j’ai connu mon premier rendez-vous avec Georges et ses amourettes », confesse-t-elle.
Cette entrée en matière donne le ton : ses chansons sont des petites scènes de vie, des portraits, des prénoms. Des chansons de facture classique, dirons-nous, mais nous aurons un peu tort, car tout y est classiquement neuf, tel ce fantasme du facteur classique (La complainte du facteur) dont la métaphore filée rondement menée, est philatéliquement savoureuse — et la fin inopinée ! Espiègle certes, mais Ludivine Faivre observe toujours ses personnages — nos tristesses et nos joies — avec grande justesse.
Oui, tout est là juste, sensible et fort, fait avec conviction. La joie affleure dans les lieux les plus durs et les désirs dans les mots les plus crus. Mais rien n’est cru ou à croire puisque tout sonne vrai. Ludivine chante des envies avortées (Maeva), des fardeaux à porter (J’m’appelle Paul), des sentiments partagés (La symphonie authentique). De l’inavouable avoué aussi : « Un jour où j’avais le feu au cul / pardonnez-moi, c’est incongru ! », face à ce fameux facteur. Et bien sûr de l’amour, l’amour qui se prend dans les jambes (d’un de ces Jules volatiles) et qui pourtant sait prendre de l’altitude : « La seule chose qu’on demande au Jules, c’est que le temps d’un instant il nous cueille en plein vol ».
Un chapeau, une coupure de journal illustrent ces fêlures et ces battements de manière sobre et lumineuse ; les intermèdes laissent la place au poème — des mots, les siens, ceux d’autres soigneusement choisis tissant le fil, sans trop serrer le sens. Faut-il en dire plus que les chansons elle-même ? Oh, il y a là soudain un poème qui passe devant « et qui fout le camp ». Peut-être l’emporte-t-on avec nous aussi, ces quelques mots, tandis que Ludivine « appuie sur une rime », « cueille les sons », « accueille les dissonances » (J’écris). Ces sons, ces instrumentations, apportent juste ce qu’il faut — la trompette soulignant l’amour déçu, un chant d’oiseaux sifflant un rêve encagé. Sans oublier la guitare (Guillaume Charret) et un trait d’accordéon (Benoît Chabot *) qui, généreux soulignent le propos, rendent l’émotion légère ou grave, la soutiennent, la déplient.
C’est ainsi qu’elle nous emporte Ludivine, même dans des rimes suivies plus pop (L’Apothéose), avec toute sa rage joyeuse (Boum) dite avec la grâce des paillettes qui ornent son col à angles aigus. Un concert absolument nécessaire en ces temps où d’autres rages règnent, les chansons d’une artiste qui sait nous chanter si justement.
Ce que Nos Enchanteurs a déjà dit de Ludivine Faivre, c’est là. Son site, c’est par ici.
Ludivine Faivre joue à L’incongru, 56 rue de la Bonneterie (face aux Halles), jusqu’au 25 juillet (sauf le dimanche), à 10 h. * À partir du 16, c’est Phil Bouvier qui prend la relève.
« La complainte du facteur » 
« Les jambes de Jules » 
Teaser spectacle « Emporte-moi » 



Commentaires récents