Melaine Favennec, 1950-2026
Melaine Favennec (photo non créditée tirée de son facebook)
C’est un barde, un poète, un musicien frappé d’intemporalité. C’est vrai. Déjà, durant la guerre qui, dit-on, dura cent ans, il était présent. Nadar et de loin n’avait pas encore inventé la photographie que François Bourgeon en avait fait un personnage de Les Yeux d’étain de la ville glauque, second volet de ses Compagnons du crépuscule (éditions Casterman). Melaine Favennec y interprétait le rôle de… Melaine Favennec, ménestrel itinérant qu’on dit avoir chanté à la cour de Bourgogne, ici dans une aventure entre songe et réalité.
Heureux que je suis d’avoir côtoyé un de ces artistes venu de cette nuit des temps, heureux d’avoir rencontré Melaine… Nombre d’entre nous se souviendront du trio EDF : E pour Ewen, D pour Delahaye, F pour Favennec. S’il avait depuis quelques temps cessé ses activités, ce groupe breton d’exception, qui pétait la forme, la bonne humeur et la tradition, n’en est pas moins durement, cruellement orphelin de Melaine. Qu’Ewen et Delahaye sachent combien nous partageons leurs larmes.
Sous le plume du dessinateur François Bourgeon
Melaine est natif de Quimperlé, Finistère. Il fut violoniste au sein du groupe de fest-noz Diaouled ar Menez au début des années 1970. Et cofondateur de la coopérative artistique indépendante Névénoé (avec déjà ses potes et associés Ewen et Delahaye) à Morlaix, membre du trio EDF… la Bretagne est en lui. Mais le résumer – je me méfie des français de l’intérieur, j’en suis – à la seule chanson bretonne me semble réducteur. Il est poète, auteur compositeur interprète et ne doit pas à outrance être confiné à sa région de l’Ouest : son art va au-delà, il est de portée universelle qui se saurait s’arrêter à des frontières régionales : « Mon pays c’est l’univers / L’univers ça commence là où je suis » (Mon pays, 2005). Folk certes, mais aussi blues, jazz même, poésie contemporaine c’est certain, Favennec a développé un art, une personnalité unique. Lauréat du Grand Prix de l’Académie du disque Charles-Cros en 1991, il est à la hauteur de dix albums, avec pour point d’orgue son Nos îles nos amours de 1999, dont la direction artistique fut confiée à Dan Ar Braz ; le premier, Basse danse, sorti en 1976. Le dernier disque solo de Melaine, Émoi des mots, remonte à 2012, entièrement consacré à chanter le poète Max Jacob, sauf le dernier et très long titre, Le Piéton de Quimper, de l’écrivain Pierre-Jakez Hélias (l’auteur du Cheval d’orgueil).
Comme bien d’autres chanteurs et musiciens de la famille trad, il participa au monumental coffret « Anthologie de la chanson française – La Tradition » coordonné par Marc Robine et Gabriel Yacoub, pour EPM : il y chante notamment et surtout Le Couteau, de Théodore Botrel. Son interprétation y confine au pur chef d’œuvre (voir ci-dessous).
Les 20 ans du trio EDF célébrés par France3 : 



Ah, Melaine, quelle douceur, quelle sensibiilté ! Homme des îles, des flots, la poésie chevillée au fond de l’âme, tu nous as enchantés toute ta vie durant.
Dans Melaine il y a la laine mais aussi aujourd’hui en nous une grande peine.