Off Avignon 2026, Florentin Fouch, manque d’effet
L’Arrache-Cœur, Avignon, 13 h 40
C’est un spectacle qui tantôt ne laisse pas de marbre, tantôt rafraîchit de son marbre : « c’est frais, et quelle écriture ! », lance une spectatrice à la sortie ; or dire « c’est frais » à Avignon et ses 41 degrés, ce n’est pas rien.
L’écriture de Florentin Fouch, effectivement ce n’est pas rien, c’est plutôt quelque chose, de celles qui ravissent les amateurs du jeu de mots et de l’holorime – oserons-nous dire qu’il est le digne descendant, bien que d’autres n’auront en bouche que Boby, de Louise de Vilmorin ? – sa première chanson, éloge de la paresse sous le personnage truculent et calembourique de Capitaine Flemme, est délicieuse… et poétique : « tous les jours, le sommeil se lève »…
Ponctuée de ces trouvailles, sa chanson se déguste. Son flow est impressionnant, accélérable à l’envi servant le propos (cette critique du fric) et son art de l’improvisation (cette chanson tirée des mots du public) frise l’exhibitionnisme dont on se délecte, avouons-le, avec un plaisir sensuel voire grosse gourmandise…
C’est que Florentin Fouch, en grand prêtre du mot, nous invite ici à nous déculpabiliser de tous nos péchés (huit au total dont un bis, la gourmandise comprise). La mise en scène est explicite : à gauche, son ange de batteur ; à droite, son diable de guitariste, musique efficace, face à son mime — la muse…et la controverse. Le hic : le spectacle se mue assez vite en manifeste. Un manifeste non pas féministe comme pourraient éventuellement le qualifier certaines et certains, mais un manifeste pour l’allégement du sentiment de culpabilité (masculin). La chanson Boule, qui chante le désir (des fesses), se met ainsi à se justifier en dégueulant les injonctions que les hommes s’imaginent entendre quand on leur demande de ne pas tâter les fesses de leur prochain (« sois un gentleman »…). La chanson manque radicalement son intention, celle de montrer que le désir est humain, tout en créant l’effet contraire de celui recherché à cause d’égo (fragile) : une claque de plus pour les femmes — et les hommes — qui subissent harcèlement, violences, inégalités et qui aimeraient bien entendre le mot « respect ».
« On vit à une époque de culpa-bilisation et de remise en question », récite le mime-muse en toute fin. Et si l’on parlait plutôt de — attention gros mot — responsabilité? L’artiste est-il responsable de ce que lance le public pour baptiser la muse ? Voilà qu’elle devient Nathalie l’hôtesse de l’air. Et pourquoi pas Martine petite maman ! Mais qu’il est con ce public ! (à moins qu’il n’ait convoqué Higelin mais j’en doute) Et l’artiste, il est où ? Est-ce vraiment le mécanisme du spectacle, de se vautrer dans les clichés de genre qui nous collent si bien à la peau (la preuve par le public), pour les soi-disant renverser à la fin ? Le spectacle, s’il cherche à montrer la difficulté des hommes face à MeToo et la difficile reconnaissance des faits, ne parvient décidément pas par ce moyen à donner l’espoir ni, surtout, à concrétiser la remise en question. Il vient même à renforcer (c’est l’intention contraire, encore une fois) des stéréotypes de genre : la muse, la meuf bonne, bonne à épauler l’homme et puis c’est tout, la femme en colère, l’homme qui s’excuse piteusement. En voyant ce spectacle, on se dit : non, encore non, toujours non. Une vision profondément désespérante. Une vision qui révèle qu’il y a encore bien du boulot pour se débarrasser de ce qui vient mettre des freins à l’amour.
Il y eut pourtant plus tôt ce si tactile et touchant récit de mains amoureuses (dont la fin révèle encore ce qui manque à l’amour) ; il y eut pourtant un peu plus tard le même constat : « on tourne en rond là non ? »… Alors gardons espoir, c’est ainsi que finit le concert sans l’effet voulu, que Florentin Fouch mette tout son art de la verve au service d’une autre manière de faire relation, celle de la reconnaissance plutôt que de la culpabilité.
Ce que Nos Enchanteurs a déjà dit de Florentin Fouch, c’est ici. Son site, c’est par là !
Pour en savoir plus sur ce spectacle, surveillez l’émission du Coin de Tonton Mick, qui l’aura soumis à la question à l’ombre du Jardin des Carmes : parution en septembre !
Florentin Fouch est à L’Arrache-Cœur jusqu’au 25 juillet, à 13 h 10 sauf les mercredis.






Magnifique spectacle plein de humanité et de poésie. Nous y étions le même jour que la personne qui a écrit l article et j ai pourtant l impression de ne pas avoir assisté au même spectacle. Madame avez vous écouté entendu et compris les paroles ? En aucun cas la place de la femme n est galvaudé bien au contraire celle ci fait office de muse et d inspiration. Au dela de cela le féminisme et ses idées poussées a l extrême frôle ( voir frotte) avec le ridicule…allez voir par vous même.. vous en ressortirez les yeux et le cœur remplis de bonheur
A la lecture de cet article (outre quelques erreurs sur les horaires en haut de page, ou une erreur de genre « le mime-muse » alors que c’est une femme – Certaines femmes pensent que le féminisme passe aussi par ces écritures au féminin), des questions me viennent autour du mot respect. Pour une personne qui semble si attachée aux mots et au sens des mots. Le premier non respect – anecdotique c’est effectivement la photo prise sans consentement. Pire, contre la demande des artistes ! Le second manque de respect à mon sens est vis à vis du public (même si c’est du second degré) traiter le public de con me semble un peu injustifié.
Le troisième est de prêter à l’artiste, aux artistes des intentions. Un manifeste ? le mot n’est il pas trop fort ? Un manifeste est un écrit public. Le seul écrit public que Florentin Fouch propose c’est un recueil de pensées poétiques. En quoi est-ce choquant qu’un homme s’excuse ? En quoi est-ce pitoyable de s’excuser ? Est-ce respectueux d’utiliser le mot dégueuler ? La chanson « Boule » est en écho au péché de luxure. La luxure n’est pas désir (là encore mot injustement posé). La luxure est la recherche déréglée du plaisir sexuel…
Pourquoi accabler cette chanson des pires maux alors qu’il est question de dénoncer un dérèglement… D’autres questions me viennent, mais celle qui reste vraiment c’est l’inquiétude montante de voir attribuer à l’art des propos injustes. Tout est question dans l’art d’interprétation et de liberté d’interprétation, si l’on tente de prêter des accusations aux artistes, sans même prendre le temps de discuter avec eux, de les questionner, de tenter de comprendre… d’autres murs vont s’ériger et diviser encore plus le monde. Alors place à la liberté d’expression…