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En deux tomes, tout sur Jean-Marc Le Bihan

Jean-Marc-Le-BihanVoici une drôle d’initiative. Et chouette réalisation. Une biographie, qui n’en est pas tout à fait une, en deux volumes, d’un de ces chanteurs que l’Histoire pourrait sans mal oublier : un « pas connu », qui plus est un chanteur de la rue. Seuls ceux qui ont connu Jean-Marc Le Bihan, mort en début août 2019, s’en souviennent encore tant il est vrai qu’il n’y en avait pas deux comme lui. Rien que sa silhouette, son visage un rien ténébreux, sa barbe, ses longs cheveux noirs… Comme un oiseau de proie. Dont le souvenir ne vous lâche pas.

Deux volumes, un seul n’aurait pas suffit. Qui plus est plus d’une typo dense sans trop de blancs ni de respirations. Le premier tome met en scène deux bonhommes, deux amis, différents certes mais tout aussi singuliers : Jean-Marc Le Bihan, à Lyon ou ailleurs. Et André Morison, voyageur, photographe et disquaire : les lyonnais et autres fouineurs d’improbable se souviennent de son commerce, Art-Disques, qu’il a tenu trois décennies durant, dans lequel il fallait de frayer avec grand peine un chemin entre les piles de 33 tours pour y dénicher son bonheur tarifé. Ce premier tome raconte la proximité, la complicité entre Le Bihan et Morison. La mémoire d’André Morison est formidable, précieuse au-delà des mots. Des mots qui sculptent ce chanteur de rue, chanteur errant, aussi bien que ne le ferait un Rodin, avec minutie, avec ce plus qui restitue l’âme au plus près. Morison partage son temps entre voyages et boulots intermittents quand, en 1977, il fait la connaissance avec Le Bihan : la rencontre « changera sa trajectoire de vie ». Ça fait alors deux ans que Jean-Marc Le Bihan chante dans la rue, par choix. Il est chanteur de rue, c’est ce dont on se rappelle. Il est aussi « chanteur d’usines, chanteur de salles et de cafés, chanteur d’espoir, chanteur blessé, chanteur de cours et de basses-cours, chanteur tout court ».

imagesC’est un récit si compact qu’il en est irracontable, irrésumable. En tirer des extraits serait vain. C’est un compagnonnage, le récit d’une amitié par lequel se dévoile un artiste dans ses engagements, ses résolutions, ses faits et gestes, sa volonté d’exister face à une maréchaussée peu encline à s’émouvoir de ses vers.

Le second tome explore les archives, nous permettant d’aller plus loin encore. De retourner dans Le Cœur des gens, ce café-cabaret que Le Bihan, mauvais gestionnaire, ouvrit dans la Capitale des Gaules. De retrouver ce fameux « mur des Canuts » (notre photo), plus grande fresque peinte d’Europe, qui immortalise nombre de lyonnais fameux : Jean-Marc Le Bihan y est le seul chanteur présent.

Ces deux livres sont truffés d’infos, de documents, de photos. Évidemment la discographie : n’y manque que le son, sachant que, l’ancien disquaire qu’est Morison le sait, les disques de Le Bihan sont désormais rares à présent.

Parmi les pièces du dossier réunies, on retrouve aussi des notices d’artistes proches de l’art de Le Bihan, tel Rémo Gary, ou de nombreux articles de presse comme cette nécro publiée sur NosEnchanteurs. C’est un trésor qui ravira les plus exigeants des lecteurs, un monument à la gloire d’un artiste hors norme, hors tout formatage : en ce sens un type qui a fait honneur à la chanson.

 

André Morison, Jean-Marc Le Bihan : tome 1 Chanteur de rue, chanteur errant ; tome 2 Chanteur de rue, chanteur d’espoir, chanteur tout court. Collection Cabaret, éditions L’Harmattan 2026. 32 et 26 euros.

 

« Le Migrateur » : Image de prévisualisation YouTube

« Deux vieux qui s’aiment encore » : Image de prévisualisation YouTube

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