Jean Duino,1960-2026
C’est avec une grande tristesse que nous apprenons le décès de Jean Duino. Bien sûr nous le savions atteint depuis quelques années d’un mal qui ne pouvait guérir, qu’il décrivait de cette plume aussi lucide qu’alerte : « Seul dans ma nasse / Cadenassé / Je bois des tasses / De cétacé / Passe et repasse / Notre passé / Cœur et carcasse / Tout concassés », de ces mots qui nous serraient le cœur. Mais comme il ne voulait jamais nous assombrir, il terminait sur une note positive : « Tout en surface / Est effacé / Ma calebasse / Décabossée ». Il va rejoindre sa chère Gatou, Gaétane Mélias-Duino, décédée en janvier 2022, qui illustrait ses albums et ses fabulettes de ses tableaux et ses aquarelles.
Le décès de Jean Duino ne fera pas la une des grands médias. Pourtant il incarne à lui seul toute la fine fleur de la chanson française, ce terme que les médias commerciaux autant que les autorités culturelles ont décidé de démoder, cet esprit français fin, multiple, raffiné, rebelle, plein d’humour et d’autodérision, qui fait la somme de ses influences, avec ses musiques métissées où l’on décèle Brésil, Caraïbes, Afrique, Provence, Italie et tant d’autres, avec ses mots choisis rares et simples à la fois qui sont à eux seuls une musique, cette voix douce et cet accent provençal chantant et léger. Lui que Georges Moustaki estimait être « l’une des plus belles plumes de la chanson française », que Bernard Joyet comparait au « diamantaire, [à] l’orpailleur qui mire dans la lumière, et pèse sur son trébuchet chaque mot, chaque note qu’il a recueillis avec l’amour des gourmets » se présentait discrètement avec sa guitare, vêtu de blanc comme un basque. Sa langue était chatoyante, capable de conter le passé, de s’émerveiller des petites gens comme des beautés de la nature, piquante parfois aussi comme ces argéras, ajoncs de Provence au doux parfum d’ananas, à la couleur d’un jaune lumineux, mais hérissé d’épines. Jamais contre les gens, mais dans sa lucidité contre ce monde qui tourne à l’envers, depuis Les eaux de Marthe, La Moyenne, Époque épique, jusqu’au quatrième album, Le monde comme il va, sorti en 2023. Peu nombreux, mais dont chaque titre, chaque mot faisait sens. Mais aussi à travers ses fabulettes habiles à décrire les défauts de nos sociétés à travers animaux et plantes, dont il avait grande connaissance.
Je l’ai vu deux fois en concert, d’abord en coplateau avec Gilbert Laffaille que je découvrais également en février 2015 à la Nuit de la Poésie au mythique Théâtre Toursky à Marseille, dans une fête des mots, un festival d’humanité. Puis en juin 2017 dans un lieu de proximité, la Cave aux artistes d’Aix-en-Provence. Je ne peux que reprendre mes termes d’alors : « Jean Duino chante alors que d’autres se contentent de respirer, écrit quand d’autres rédigent, compose des musiques complexes quand d’autres font des tubes. Mais il sait aussi utiliser deux accords pour vous faire la seule chanson à message qu’il veut nous donner, un hymne à La fève, cet or vert du pauvre, petit chef-d’œuvre de poésie et d’humour douinesque. Il revisite les chansons de ses amis artistes disparus, Brassens, Bruno Lauzi, Nougaro, [ou renouvelle] de ses fabulettes les thématiques des grands fabulistes avec leurs morales piquantes ». A cela se rajoutent des qualités humaines et une modestie rare dans le monde artistique, et unanimement reconnues. Il s’était produit à Barjac en 2021, je crois que ce fut son dernier concert. Écoutez-le ici en 2007, reprenant Si ce jour-là, de Georges Moustaki. Adesias, Jean.
Les obsèques de Jean Duino auront lieu au crématorium de Martigues le lundi 30 mars à 11 heures suivies de l’inhumation à Port-de-Bouc le mercredi 1er avril à 11 heures.
Le site de Jean Duino, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.
Extraits au Toursky en 2010 
« Les potences » 
« Comment être indulgent » 


Notre ami Antonio Pedraza l’aimait beaucoup.
Allant en septembre « Entre mer et Thau », je voulais
reprendre le lien qui nous reliait tous les trois.
Merci pour votre site.