L’espace lumineux de Daguerre
« Olivier Daguerre, né le 19 avril 1969 à Montauban est un auteur-compositeur-interprète français ». C’est la limpidité avec laquelle Daguerre se présente. 20 ans de carrière, dont neuf avec les Veilleurs de nuit, dix albums sortis avec une certaine régularité tous les deux ans, dont NosEnchanteurs vous a présenté les trois derniers parus en livres-disques, des bijoux. L’habitude du collectif, de la participation – on l’a entendu avec Herenger, et un album entier il y a une dizaine d’année s’est fait avec Bertille Fraisse, Virages comprend de nombreux duos – et vu créer pour enfant également, ainsi que pour le théâtre. C’est en un solo paradoxalement très entouré, orchestré des percussions de Loïc Pontieux, des guitares et basse de Nicolas Fizman et Sébastien Chouard, des cordes (guitares, bouzouki, violon) d’Hervé Pedeflous, des cuivres (trompette, bugle) de Daoud, de l’orgue Hammond et du piano de Nicolas Auger, enveloppé de chœurs, qu’il nous revient avec ce Corps Voyou réalisé par Esthen Denut.
Une voix éraillée, un peu nasale, qui touche. Une chanson rock complexe et intense, frôlant la pop, s’élevant en harmonies baroques, mêlant le romantisme des cordes frottées au miaulement des guitares saturées, la légèreté des chœurs à celle des cuivres, se calmant parfois en ballade douce, prenant même des accents d’autres cultures musicales. Cette Marge de manœuvre qui emprunte son vocabulaire positif à la navigation (on les imagine très bien hisser les voiles), avec ses rythmes latinos, son refrain en basque — « Haize Sorgin Polita » (Jolie sorcière du vent) – distille une joie « face au chaos de la terre ferme », permet de prendre le large, d’ « élever le regard » face à l’ensemble de l’album, d’où émane inquiétude mais volonté d’aller « jusqu’au bout de nous ».
L’ensemble des textes a été écrit, ou coécrit, par Louise Quillet, à qui il avait confié déjà ceux des albums Miramar (2021) et Virages (2023), et ses mots le révèlent, tant pour décrire la complexité de celle qui « est parfois dure à cerner / Mais facile à aimer » – que pour le dépeindre, lui, en peu de mots, inclassable et indomptable Dandy Bandit, cet « artisan têtu ». Des textes qui soulignent nos contradictions, nos faiblesses, nos libertés, entre tendresse « Le son de ta voix / Le bruit de tes pas / C’est quelque chose » et passion, « Quand nos corps voyous / Sont des oiseaux de feu ».
Deux titres sont entièrement de sa plume : la pure confidence d’Un autre hiver, sur les petites notes du piano de Nicolas Auger, en comptine contrastant avec la voix qui s’enroue, ponctue l’aveu de ces jolis « mais » coupés en fin de vers, sans doute le cœur le plus émouvant de l’album. Tandis que ses mots dessinent sur le papier un calligramme. La prestance des pieuvres, également, conjugue minimalisme de mots judicieusement choisis, souvent assemblés par deux, et musique qui s’articule et s’amplifie vers une inattendue beauté. Merci à lui, à eux et elles tou.te.s pour ce cadeau si appréciable à l’ère des IA et des conflits, de cette Diagonale des fous où Olivier et Louise unissent leurs plumes pour faire un bilan terrifié de notre époque. Un album qui à chaque écoute révèle de nouvelles découvertes, nous gratifiant d’Un peu d’espace « solaire »…
Daguerre « Corps Voyou » Baboo Music/Kuroneko, 2026. Le site de Daguerre c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. Actuellement en tournée de concerts, à Mont-de-Marsan le 23 avril, le 2 octobre à Toulouse, le 6 octobre au Café de la Danse à Paris, le 14 novembre à Bordeaux, autres dates sur son site.
« Marge de manœuvre » clip 
« Dandy bandit » clip 
« Un autre hiver » audio 


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