Erquy 2026. La co-plainte des frères Volo
Les Volo : Frédo et Olivier (photo d’archive Nicolas Blanchard)
9 octobre 2026, festival Le Chant des Vagues, Erquy (Côtes d’Armor),
Il y a en Volo une lucidité qui nourrit d’abondance leurs chansons. A décrire le monde dans lequel nous vivons, ses affres, ses tracas, la peur qu’il inspire, les lendemains incertains, ce « fond de l’air qui est à pleurer », tout inquiète, fait frayeur. Mais « Dans tes yeux, dans tes yeux / Je respire… » : dans le ciel objectivement gris de ce qu’ils chantent, il y a toujours un peu de ciel bleu pour contrecarrer le destin, une éclaircie pour embellir le jour présent. Et beaucoup de poésie, de l’amour. Ou du désir d’amour : « C’est pas tout ça mais quand est-ce qu’on baise ? »
J’ai beau les connaître depuis leur tout début, il y a bien un quart de siècle, les avoir souvent vus et chroniqués, ça faisait une paye que nos routes ne s’étaient croisées. Et retrouver les Volovitch est un plaisir rare, un exquis raffinement de la chanson, un luxe presque. C’est un chant différent, d’une tonalité autre, sans avant ni après, un truc unique dans la chanson, fraternel et doucereux, où se marient ces voix frangines, si proches et éloignées à la fois.
Leur répertoire de ce soir explorent Mine de rien, le plus récent album, sans se priver d’aller chercher loin dans leur discographie, comme dans leur premier album, depuis longtemps collector : « C’est juste un p’tit boulot / Pour un peu d’pognon / Je suis livreur de pizzas [...] Les yeux d’Elisa / Ce s’ra pour toute ma vie ».
D’une oreille distraite on pourrait croire que tout est sur le même ton, monotone, monocorde, mais tendez l’oreille : ça fourmille de notes, autant que d’idées, c’est plein de vie sur leur fréquence, longue complainte, co-plainte, supplique de vie faite d’amours et d’emmerdes, de réflexions, de considérations… Ils ont une façon si particulière de nous conter les heurts de l’amour : « Et tu danses toujours / Dans un coin de ma tête / Si c’est pas de l’amour / C’est tout ce qu’il en reste… »
Et cette manière bien à eux de vous faire entrer en confidences, en démonstrations parfois. Comme cette chanson-argumentaire, Français de souche, qui posément, avec grande intelligence, oppose la raison et la compassion à l’argumentaire raciste d’un parti de chagrin et de ses proxis. Avec les Volo, tout peut et sait faire chanson, même une conversation politique, c’est dire : « On se regarde dans les yeux, on voit la différence / On est dev’nu sérieux, avec nos références / On discute on s’écoute, pas de blague maladroite / Il l’assume, aucun doute, j’ai un copain de droite. »
En nos temps où les paroles d’une chanson sont devenues presque facultatives, tant qu’on ne parle même plus de chanson (mais pas au Chant des Vagues, qui a grand soucis de la valeur et du poids des mots), la chanson des Volo, elle, s’écoute, se pense, raisonne dans la fluidité et la mélodie. Une chanson intello, peut-être, mais putain qu’elle fait du bien au corps et à l’esprit…
Deux frérots, Frédo et Olivier, et chacun ses chansons, chacun ses intonations. Oh, cette voix si triste, si belle, d’Olivier. Et ces titres qui s’incrustent en nous, obsédants, tels que Tabarnak, Joséphine, Au cas où, la persistance et l’usure des sentiments : « C’est toi qui me remplit, d’ailleurs et d’alentours… »
Ultime rappel où, froid constat ou amers regrets, ils nous avouent, dans Ni vus ni connus, leurs parcours en chansons, ce succès et cette notoriété qu’ils n’ont jamais gagnés : « On est d’accord frangin / qu’on est plus proches de la fin qu’au début… ». Raison de plus de les découvrir et les apprécier maintenant, au présent. Ils sont d’une telle beauté, d’une telle originalité, qu’il serait fous de passer à côté.
Le site des Volo, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’eux, c’est là.



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