La chanson essentielle de Frasiak, Bobin, Bossone, Buffaud et Cunin
Cunin, Bobin, Frasiak, Bossone et Buffaud sur la scène de Viricelles (photo non créditée)
30 mai 2026, salle des tilleuls à Viricelles (Loire),
Cinq micros, cinq guitares. Et une sixième en fond de scène : celle de Michel Bühler, l’ami helvète qui, à l’origine, fut sociétaire de cette bande. De cette « carte blanche à Frasiak » qui, d’année en année, sévit ici et là. À sa manière Bühler est toujours du lot.
Cinq artistes, cinq copains : Régis Cunin, Frédéric Bobin, François Buffaud, Jérémie Bossone et Éric Frasiak. Ici pour célébrer les trente ans de l’association du cru VibreVanz, dans ce village de Viricelles, dont NosEnchanteurs a souvent relaté les faits d’arme. Le nombre de chanteurs « de paroles » qui ont défilé sur cette scène est impressionnant. Disons que ces cinq-là les représente tous.
Que sera donc ce concert pas comme les autres ? Que cache Frasiak Sous [son] chapeau ? Bien sûr les cinq artistes vont nous gratifier d’un peu de leur répertoire, de leurs plus beaux titres, leurs succès, parfois interprétés à deux, trois ou plus.
Cette carte blanche est rodée et plus subtile encore. L’alchimie est particulière, les chansons souvent se répondent ; bien que d’esthétiques différentes, elles labourent les même thèmes. Ainsi Bobin qui enchaîne ses deux titres ouvriers : Ma ville ouvrière, qui évoque Le Creusot, sa ville natale, et Singapour, où le travail qui se délocalise ; Frasiak poursuit avec Monsieur Boulot, turbin qui est pareillement parti, et Cunin le lorrain, dans la même veine, évoque cet ouvrier des mines de fer « qui ira voir la mer / en chemin de fer».
Si ce n’est Cunin (qu’on ne connaissait pas encore par ici), bouille rigolote façon lutin et chansons souvent drôles qui font utiles respirations, la tonalité est quelque part à chercher dans la gamme du gris, mal-être et mélancolie, colère sociale aussi, parfois même dans le noir, façon Soulages. Bossone avait donné le ton avec un titre sur les résistants ; il poursuit avec Dis à ta mère, il chantera La Tombe… Avec tout de même cette lueur d’espoir au dernier couplet du Tant qu’il y aura des hommes de Bobin, ici partagée avec Frasiak : « Mais pour un seul poète / Qui vole vers l’azur / Mais pour un seul prophète / Qui fait trembler les murs / Et pour un géranium / Qui pousse dans les charniers / Tant qu’il y aura des hommes / On pourra espérer ».
(photo non créditée)
S’il est une chanson qui, d’un trait d’humour, peut unir ces cinq-là, c’est celle de Cunin qui, entre blogosphère, journalistes et autres donneurs de leçons, passe en revue Les plus cons.
Et cette autre, évidente et de circonstance, de Buffaud, À mi-frangins : « Et l’on partage de concert / Les jours heureux, les mauvais tours / En échangeant à vivre ouvert / Nos seuls regards, pour tout discours ».
Gros et superbe spectacle, fort de nombre de titres, qui se termine – et là, tel est bien Frasiak – par Tous ces mots terribles de François Béranger. Ça pourrait être superbe final, belle façon de se quitter. Mais la tentation est grande, d’un autre rappel, surnuméraire. Et chacun des cinq de nous en faire une autre, rien que pour le plaisir d’indéfiniment prolonger cette soirée. La salle, bondée, est comblée. À Frasiak les dernières notes, les ultimes mots avec ce Non Essentiel qui nous rappelle que cette culture qui nous rassemble, nous ressemble, fait sens et société, fut il y a peu décrétée « non essentielle » par un pouvoir inique et imbécile. De là à nous suggérer que cette soirée passée ensemble fut essentielle, je vous laisse le soin du pléonasme…
Les sites de Éric Frasiak, Frédéric Bobin, Jérémie Bossone, François Buffaud, Régis Cunin.



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