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ChantSigner : une nouvelle voie / voix ?

ChantSignerB.I.S, Nantes,  22 janvier 2014,

Au cours de ces B.I.S j’ai partagé une expérience bouleversante, déstabilisante et… prodigieusement belle ! J’avais récemment fait une rencontre émouvante, celle de Colombe Barsacq et Michel Trillot,venus me parler de leurs actions, de leurs créations, pour que se partagent  le monde des sourds et celui des entendants. Je me suis tout naturellement inscrite à leur atelier sur la Chanson en Langue des Signes Française (LSF). Vous avouerez qu’il y a de quoi être interpellé par les mots mêmes.

La petite salle qui nous accueille est archi comble et d’emblée je suis troublée de me sentir presque « étrangère », entourée de personnes, visiblement enjouées, qui communiquent en LSF. Je ne suis pas loin de me sentir « handicapée » par mon ignorance de cette langue !  Mais au cours de l’échange tout sera fait pour que tout le monde partage, grâce à la présence de traducteurs. Très vite je m‘aperçois que je suis fascinée par l’expression en Langue des Signes et que mon attention est littéralement happée par la mobilité des visages, par la beauté des mains qui vous font comme une chorégraphie.

L’atelier, rigoureusement conduit, sans aucun bavardage ( !) stérile, nous permet de découvrir le parcours d’artistes chantsigneurs sourds ou non (Isabelle Voizeux, Laety Tual, Olivier Schetrit, Colombe Barsacq). La confrontation des expériences nous offre de pénétrer peu à peu cette nouvelle création et d’en mesurer la complexité, la difficulté et les perspectives pour le moins exaltantes car il s’agit bien d’abattre les frontières et d’offrir des spectacles pour un public mixte. Comment traduire par exemple la complexité du langage poétique, comment en rendre l’implicite, le métaphorique ? Ne faudra-t-il pas en venir à créer de nouveaux concepts comme celui de « visucalité » ? 

J’avais déjà hâte d’être au soir et de découvrir le spectacle Chanson / ChantSigne offert dans une de ces petites salles nichées dans le Nantes historique, la Cie du café théâtre : « Elle a tant… » avec Colombe Barsacq (ChanSon) et Isabelle Voizeux (ChantSigne) accompagné au piano jazzy et au chant par Denis Uhalde. 

Le spectacle oscille entre Chanson cabaret, théâtre, pantomime, cirque… Il s’annonce « au cœur de la féminité » et c’est bien ainsi que je l’ai reçu, même si parfois je me suis perdue dans les méandres des messages des chansons. Certains moments sont d’une intensité inouïe, comme lorsqu’Isabelle en fourrure est accompagnée des bruitages de Colombe (morceau écrit par Isabelle), quand ils portent tous les trois un nez de clown pour ce « cafard géant qui trotte dans ma tête » ou l’évocation de cette femme nue à cheval dont elles trouvent la photo dans un grenier, ou encore celle d’Olga qui est partie de Russie pour sauver ses enfants…

Ces deux comédiennes offrent un espace d’émotions rares, tout en sensualité et tendresse. C’est simplement beau et fort. 

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5 Réponses à ChantSigner : une nouvelle voie / voix ?

  1. Danièle Sala 26 janvier 2014 à 11 h 05 min

    Merci de nous faire partager cette expérience toute d’émotion et de tendresse, qui me rappelle inévitablement Elizabeth Masse dans cette belle chanson de Louis Ville :  » Ne te retourne pas » :
    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=UypAn93zMEk

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  2. Norbert Gabriel 26 janvier 2014 à 12 h 28 min

    Il me semble que Louis Ville et Elisabeth Masse ont été des précurseurs dans ce domaine. Depuis 2 ou 3 ans , ils tournent régulièrement souvent en duo dans cette configuration avec plusieurs chansons « accompagnées » par le langage des signes d’Elisabeth Masse, avec une scénographie, c’est un spectacle …

    Hum, je ne sais pas calibrer les photos dans les commentaires, mais Elisabeth vaut bien un grand format…

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  3. Kaly 26 janvier 2014 à 18 h 52 min

    Entendre ici parler des sourds me fait un immense plaisir, merci à Claude pour ce compte-rendu.

    Pour ma part, j’ai découvert le monde sourd, le “village sourd”, cela fait trois ans, par les hasards d’une lecture.

    Nous, les entendants, ne pouvons nous représenter ce qu’implique pour les sourds des initiatives telle celle du BIS (biennales internationales du spectacle) et de Cré (compagnie rayon d’écrits), ce spectacle dont Claude nous fait le récit.

    Car pendant que ce magnifique partage bilingue se fait (français oral et langue des signes française, cette dernière étant une langue à part entière), certains sourds sont totalement isolés. Près de chez moi ils sont regroupés dans une école où il n’y a pas d’enseignants qui signent (qui parlent la LSF), donc ils sont maintenus dans une terrible solitude.

    J’ai rencontré il y a trois ans la maman d’un enfant sourd pour qui rien n’est fait dans le département.

    Le sujet est vaste et complexe, mais je voudrais ne rebuter personne, au contraire. Je désire attirer l’attention de tous, et je cherche comment vous faire accrocher à l’hameçon sans trop en dire, sans me disperser.

    Claude s’est sentie elle-même presque handicapée parmi ces gens partageant un langage qu’elle ignore. C’est le handicap du voyageur qui ne parle pas la langue du pays où il se trouve : tout le monde peut apprendre à signer, il vaut donc mieux dire qu’elle s’est sentie étrangère. Étrange étrangère, c’est certain ! Découvrant un pays inconnu et surprenant, et d’une grande beauté : oui, la langue des signes est très belle à regarder.

    J’invite un maximum de lecteurs à cliquer sur le lien qui apparaît dans les noms de Colombe Barsacq et Michel Trillot.

    Une fois là, déroulez le menu “sensibilisation” et lisez les informations fondamentales qui s’y trouvent, un résumé déjà pas mal éclairant du mauvais sort fait aux sourds.

    J’ai moi-même publié sur le blog de mon homme une chronique qui continue à être lue régulièrement depuis trois ans.
    http://www.lafeuillecharbinoise.com/?p=5751

    Vous y trouverez la référence du livre dont j’ai parlé plus haut, et surtout, si vous lisez jusque-là, lisez les commentaires des sourds, ou des amis des sourds, personnes bien informées parmi lesquelles les auteurs du livre, les mieux placées pour répondre à mon texte.

    Beaucoup seront surpris de m’entendre parler de crime à l’égard des sourds, mais je n’exagère pas.

    C’est la raison pour laquelle je réagis si fort, souhaitant que des questions soient posées auxquelles je me ferai un plaisir de répondre.

    Non, “ChantSigner” n’est pas un phénomène de mode voué à disparaître, il est une manifestation du village sourd qui existe et agit, et qui, je le souhaite, sera à l’avenir beaucoup plus visible et intégré à notre monde d’entendants.

    Je ne sais plus si c’est chez Nos Enchanteurs ou ailleurs que j’ai découvert Evelyne Glennie, sourde musicienne. C’est un cas un peu différent car elle a été entendante pendant douze ans, elle n’a pas l’expérience des sourds profonds, et sa diction est celle d’une entendante. Cette diction, c’est une sorte de conférence d’une demi-heure, absolutely marvelous (j’y perds mon français, là !)
    http://piano-blog.com/livre-video/musique-sourds-malentendants/

    Je suis très bavarde, je termine : n’oubliez pas que le sourd n’est pas toujours celui qu’on croit.

    Encore une fois, merci, Claude !

    Répondre
  4. Danièle Sala 26 janvier 2014 à 22 h 06 min

    Merci pour ces précisions qui font comprendre à ceux qui n’auraient pas encore compris, que la musique , les sons, les chansons peuvent se ressentir autrement que par les oreilles , et qu’on peut développer une intelligence émotionnelle autre que par l’écoute . J’ai bien « entendu » votre message !

    Répondre
  5. Kaly 28 janvier 2014 à 16 h 07 min

    Merci cette fois à Danièle pour l’intérêt manifesté pour les précisions que j’ai apportées.

    Mais êtes-vous allée aussi loin que l’on peut aller quand on on commence à se poser des questions sur la surdité ? Il n’y a pas de limite aux découvertes que l’on peut faire sur le web. Et comme je fustige l’ignorance, cause de nombreux maux, je ne saurais trop vous pousser à creuser vraiment la question, pour devenir une interlocutrice informée.

    Si c’est sur un site consacré à la chanson que j’insiste sur le grave sujet de la surdité, c’est tout-à-fait intentionnel. Depuis longtemps j’ai compris qu’il peut y avoir une relation entre le monde sourd et le monde entendant. Et que cette relation peut s’appuyer sur ce qui fait défaut aux sourds.

    Ce qui s’est passé à Nantes me le confirme, mais il faut que d’autres passerelles se lancent, il faut que l’imagination se débride et que d’autres initiatives se prennent.

    Depuis longtemps je pense à cet exercice de théâtre où l’on forme une ronde très serrée, et où l’on émet un « mmm » continu. Chaque participant est plongé dans un bain sonore qui provoque, entre autres, des émotions intenses. Les sourds peuvent capter les vibrations, peut-être pourraient-ils apprendre à émettre des sons qui leur soient confortables, non pas dans l’idée de leur apprendre à oraliser, mais à utiliser leur voix d’une façon qui pourrait leur être confortable. Ceci n’est qu’une vague idée émise par quelqu’un qui n’y connaît pas grand-chose en réalité, mais j’ai la certitude qu’il y a des territoires vierges à explorer.

    Je ne vais pas vous quitter sans laisser quelques liens.

    Parmi d’autres textes passionnants, la conférence du docteur Drion aborde de nombreuses questions, une mine pour faire approcher de la question ceux qui ne la connaissent pas :

    http://www.maisondessourds.be/5_photos/110%20ans/texte%20confe/110%20ans%20conference%20drion.php

    On peut télécharger les 114 pages du livre de Bernard Mottez, « la surdité dans la vie de tous les jours », ici :

    http://www.ctnerhi.com.fr/fichiers/ouvrages/095.pdf

    Parmi ces merveilleuses réalisations que permet la technique (parfois utile et pas toujours néfaste !) un gant « intelligent » pour rédiger des SMS avec le langage des signes :

    http://www.unapeda.asso.fr/breve.php3?id_breve=295

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