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Éric Mie, un chanteur entier

Éric Mie (photo Arno Paul)

Éric Mie (photo Arno Paul)

Il est chansonnier. Avec son complice Lobo, depuis leur premier festival d’Avignon en 2003, il est même sociétaire tant du Caveau de la République que du café théâtre Le Grenier, à Paris. Dès 1992, le duo Lobo & Mie s’inscrivait déjà sur scène dans la succession de Font & Val alors que ces derniers officiaient encore. Lobo & Mie, eux, existent encore.

Il est acteur mais pas que. Il écrit des articles, des poésies, des nouvelles. Il dessine des bédés et illustre tout ce qu’il peut, livres pour enfants ou affiches pour grands.

Il est également chanteur (et parolier aussi pour autrui, notamment pour Nordine Le Nordec) et Chute libre est son quatrième album. Pour bien vous le situer, il est plus collègue de travail de Toulis (un autre Éric) et du Bel Hubert que des abonnés à la playlist d’Inter, chacun ses valeurs.

41zfcwab2rL._SS280A mes piètres collègues de plume et de clavier, journalistes en carte qui dissertent une fois l’an, tel un marronnier, sur la mort de la chanson engagée sans nullement rien connaître de la chanson, je conseillerais bien un paquet d’artistes et quelques piles de disques (des cédés, pas des 78 tours). Pour leur épargner des milliers d’heures d’écoute, je les invite à écouter Éric Mie dans le texte, dans des propos à peine polis, bruts de taille, honnêtes. « Abolir le pouvoir et avec leurs cravates / Pendre tous les gros porcs, ceux qui en abusaient », « Fusiller contre un mur les grands fauves du fric / Ceux par qui le béton et la laideur arrivent », « Mais à quoi peut servir un député vivant ? Mais à quoi peut servir un président vivant ? », on peut s’amuser à prélever, à picorer dans ses chansons des vers qu’il fait bon grouiller, qu’il est sain de chanter. Anar, Mie ? Un peu, mais, sans cafter, il n’est pas le premier : « Le premier des anars avait montré l’exemple / En tuant le veau d’or et les marchands du temple. » Mie chante comme il respire, comme il vit, La gueule ouverte.

Mie est tout le contraire de la chanson aseptisée, bien formatée, des laboratoires Varrod & Manoukian. C’est tout le contraire d’une chanson toute lisse (quant à Toulis…). D’ailleurs « Cell’s qui s’épilent / Je les efface / De mon carnet d’adresses. » Lui « prends la vie du bon côté / avec du poil entre les dents. » Mie vache, Mie tendre, il photographie la vie : « Le dégoût est autour de nous / Les gens sont cons, la vie est moche / Mais entre ça et rien du tout / Le choix est nul, faut qu’on s’accroche ! » Mie c’est comme un pain dans la gueule (« cet espoir dans ton poing qui se lève fièr’ment / qui s’élance et s’écras’ dans la gueule du tyran ») mais en plus tendre : de la Mie de pain en quelque sorte. Une chanson bien travaillée, finement ouvragée, qui convoque en renfort le ban et l’arrière ban des instruments (y’a du monde à ses côtés) pour bien orchestrer ses colères, ses indignations. Et sa tendresse j’insiste : il suffit d’écouter Lunéville, sa ville en ruine. Il suffit d’écouter comment, en quelques phrases sincères et bien senties, il rend justice et dignité à l’arabe, à l’ouvrier, l’exploité : « N’importe qui / N’est jamais / N’importe qui. » Et comment il chante son papa…

Si vous ne connaissez pas encore ce lorrain, malgré ses bien vingt ans de service, organisez la rencontre sans plus de délai : ça vaut le jus, ça réconforte, ça ragaillardit.

 

Éric Mie, Chute libre, Socadisc 2014. Le site d’Éric Mie, c’est ici. Ce 11 mars 2015 en concert au Zèbre de Belleville, à Paris. Image de prévisualisation YouTube

2 Réponses à Éric Mie, un chanteur entier

  1. Norbert Gabriel 11 mars 2015 à 19 h 53 min

    Dans son CV d’artiste polyvalent, j’ajoute qu’il a été pendant 5 ans le dessinateur de la revue web Le Doigt dans l’Oeil, dessin de Une, accompagnant l’édito… Et c’était férocement drôle!

    Répondre
  2. catherine Laugier 11 mars 2015 à 21 h 34 min

    A écouter donc, Dans ton poing : https://youtu.be/R2WnBbROCVA
    N’importe qui , la tendresse dans l’engagement, en duo avec Audrey Di Nardo :
    https://youtu.be/SFuQvW6WTss
    Et quasiment romantique, Nouchka :
    https://youtu.be/4GwIJg5zRkw
    Décidément tous les talents, le texte, le dessin, la « chansonnerie », voir le désopilant Cendrillon avec Lobo, et en plus c’est très musical, très bien écrit, très fort et très tendre, bravo !

    Répondre

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