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État d’urgence : selon que vous serez puissant ou misérable

La Menuiserie, à Pantin (photo DR, site Sourdoreille)

La Menuiserie, à Pantin (photo DR, site Sourdoreille)

Lu sur la page facebook de la chanteuse Céline Caussimon, ce vendredi 20 novembre : « Annulation du concert de ce soir… Préfecture et Commissariat de Pantin déconseillent d’accueillir du public aux petits lieux qui n’ont pas les moyens d’assurer la sécurité, vigiles à l’entrée, fouilles des sacs, etc. Jusqu’à quand ? On sait pas… La Menuiserie ferme ses portes pour le week-end. Et aujourd’hui le « monde de la culture et du spectacle » (c’est qui ceux-là ?) appelle nos concitoyens à « faire du bruit » à 21 h 20 en hommage aux victimes. Du bruit ? Aux terrasses des cafés ? Pour faire marcher le commerce ? On voulait simplement faire des chansons. « Être frères, c’est pas pour demain… » Courage, les copains ! »

RADIO-FRANCE PRIX CHARLES-CROS ANNULÉ Alain Fantapié et l'équipe de l'Académie Charles-Cros comptaient sur la presse pour pallier l'annulation de la cérémonie officielle de remises des Grands Prix de l'Académie, prévue jeudi dernier dans un studio de Radio-France. Hélas, à l'exception de NosEnchanteurs, la presse n'est pas au rendez-vous. Seul Francetvinfo.fr, dans sa rubrique Franche-Comté, signale que Thiéfaine est récompensé. Rien sur la presse nationale. Signalons que le Ministère de la Culture et l'Adami ont repris le palmarès chacun sur leur site respectif. Radio-France, qui était censé accueillir la cérémonie et ne s'est nullement fendu de la moindre excuse, a consacré ou va consacrer un temps aux lauréats classique, jazz et musique contemporaine. Rien sur la chanson et les musiques du monde. Rien, par contre, pas un mot sur France-Inter de cette proclamation des résultats. Rappelons quand même que le directeur de la musique sur Inter, Didier Varrod, est membre de la docte Académie : le sait-il encore ? Il participe grandement au silence sur l'Académie Charles-Cros. Si la remise officielle des prix a été annulée, cause aux attentats, l'émission de Nagui le même jour dans les locaux de Radio-France a été maintenue. Et le concert du soir aussi, devant 1500 personnes. Deux poids, deux mesures qui témoignent de ce gigantesque mépris. « Tout fut rétabli, sauf nous » commente sobrement Alain Fantapié, le président de l'Académie, ajoutant juste à l'adresse d'Inter « Ils ont été nuls. »

RADIO-FRANCE
PRIX CHARLES-CROS ANNULÉ
Alain Fantapié (photo ci dessus) et l’équipe de l’Académie Charles-Cros comptaient sur la presse pour pallier l’annulation de la cérémonie officielle de remises des Grands Prix de l’Académie, prévue jeudi dernier dans un studio de Radio-France. Hélas, à l’exception de NosEnchanteurs, la presse n’est pas au rendez-vous. Seul Francetvinfo.fr, dans sa rubrique Franche-Comté, signale que Thiéfaine est récompensé. Rien sur la presse nationale. Signalons que le Ministère de la Culture et l’Adami ont repris le palmarès chacun sur leur site respectif. Radio-France, qui était censé accueillir la cérémonie et ne s’est nullement fendu de la moindre excuse, a consacré ou va consacrer un temps aux lauréats classique, jazz et musique contemporaine. Rien sur la chanson et les musiques du monde. Rien, par contre, pas un mot sur France-Inter de cette proclamation des résultats. Rappelons quand même que le directeur de la musique sur Inter, Didier Varrod, est membre de la docte Académie : le sait-il encore ? Il participe grandement au silence sur l’Académie Charles-Cros.
Si la remise officielle des prix a été annulée, cause aux attentats, l’émission de Nagui le même jour dans les locaux de Radio-France a été maintenue. Et le concert du soir aussi, devant 1500 personnes. Deux poids, deux mesures qui témoignent de ce gigantesque mépris. « Tout fut rétabli, sauf nous » commente sobrement Alain Fantapié, le président de l’Académie, ajoutant à l’adresse d’Inter « Ils ont été nuls. »

Une amie m’objectait avant-hier que « la situation est tellement complexe, [que] c’est si facile de pointer du doigt » à propos d’un récent article où, entre autres, je laissais poindre sinon ma colère au moins mon étonnement quant à l’annulation de la cérémonie de remise des Grands Prix de l’Académie Charles-Cros [lire encadré ci-contre], considérant que c’est (encore) un mauvais coup porté contre la chanson et toutes les musiques et que le ministère de la Culture aurait pu apporter une solution qui maintienne cette cérémonie quitte à l’accueillir rue de Valois où les forces de l’ordre ne manquent pas.

Ainsi on annule à tour de bras. Mais remarquez qu’on n’annule pas tout : on a du scrupule à interdire les gros concerts qui génèrent une grosse économie (on annule plus facilement une manifestation de citoyens responsables – voyez pour la Cop21 – qu’un marché de Noël…). Et qui, quitte à rogner quelque peu sur les bénéfices escomptés, peuvent embaucher du personnel de sécurité supplémentaire. De toute façon, la ministre a promis un fond de soutien pour pallier le manque à gagner (les spectateurs en moins, ceux qui sont effrayés) et au surcoût à payer (pour la sécurité). Mais à qui ira ce fond ? A la profession, n’en doutez pas, c’est-à-dire aux puissants de cette profession, pas aux petits organisateurs, surtout pas, pas aux artistes à audience confidentielle non plus, qui sont comme frappés d’interdiction de se produire dans les petites salles où ils sont d’habitude confinés. Selon que vous serez puissant ou misérable…

Soyez certain que, cause à cette « situation complexe », la culture « marginale » va souffrir plus encore. Et qu’elle ne sera pas aidée. Faut-il le taire, au nom d’une concorde nationale, d’un deuil douloureux, d’un état de sidération ? Il nous faut au contraire être plus vigilants encore. Il nous faut craindre que, profitant de la situation, les pouvoirs publics écrasent plus encore cette culture et la liberté d’expression qu’ils ne contrôlent pas. Qui défendra cette part de la culture ? La ministre, qui déjà ne lit pas, et vraisemblablement ne sait même pas que la marge existe en chanson, qui s’en fout comme de son premier maroquin ?

Que reste-t-il pour que cette chanson à faible audience, non relayée par les grands médias, véritable exception culturelle française, puisse continuer à vivre, à s’exposer, à simplement chanter ? Les concerts en appartement, avant qu’ils soient eux-mêmes interdits ? Les sous-sols de Paris, les catacombes ?

Sous couvert d’hyper sécurité, de lois d’exception, on saccage (volontairement ou non) plus encore la culture. Et c’est justement la culture, notre culture, notre façon d’être et de vivre ensemble que visent les terroristes.

Ne me dites pas que les seules chansons qui vaillent de nos jours sont La Marseillaise et autres chants belliqueux. Mais « Parlez-moi d’amour / Redites-moi des choses tendres / Votre beau discours / Mon cœur n’est pas las de l’entendre… »

3 Réponses à État d’urgence : selon que vous serez puissant ou misérable

  1. Norbert Gabriel 21 novembre 2015 à 20 h 46 min

    Salut

    Il y a peut-être un « micro climat » particulier à Pantin, mais à Paris, l’Essaïon, le Limonaire, le Connétable, à Ivry, le Forum Léo Ferré ont ré ouverts après les 3 jours de deuil sans souci particulier semble-t-il. Idem pour Le Mélange des genres, à deux pas du Bataclan. où Annick Cisaruk sera lundi 23. Reste à vérifier que les spectateurs seront aux rendez-vous.
    Pour Radio France, c’est devenu un no song land quand ça chante en français, et avec Schlesinger en superviseur tout puissant, ça va pas s’arranger. C’est le fossoyeur de Pollen, de l’émission d’Arielle Butaux, il n’y a rien attendre avec lui. Et je ne suis pas sûr que le directeur de la musique ait une grande marge de manoeuvre sur ce plan. Le précédent était un exécutant qui apprenait les décisions en même temps que les producteurs virés, c’est dire la considération de Schlesinger pour ses cadres…

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  2. Michel Kemper 21 novembre 2015 à 21 h 26 min

    Lu sur L’Obs

    Les ventes de billets de concerts à Paris ont baissé de 80% environ depuis les attentats par rapport aux chiffres habituels à cette période de l’année, indique ce vendredi le syndicat national des producteurs (Prodiss), qui a effectué une première évaluation.

    « C’est une onde de choc », commente une porte-parole du syndicat à l’AFP. L’évaluation a été établie à partir des « pointages » quotidiens d’une vingtaine des plus gros producteurs de concerts de musiques actuelles, one-man-show et variétés.

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  3. Marc Gicquel 22 novembre 2015 à 10 h 46 min

    Un peu excessif Michel de dire « ils vont en profiter »… car les tout petits lieux ne seront pas touchés, car oubliés des Préfectures, mais les moyens, auxquels aspirent nombre d’artistes loin du capitalisme musical, le seront tandis que les grands se paieront des agents de sécurité…qui se feront tuer en 1er lors d’un attentat similaire à celui du Bataclan… ça ne sert à rien, mais on aura comme si…. » ; la mort douce des petits et moyens lieux relève de l’ignorance, voire du mépris pour ceux qui ne rapportent pas assez au marché.

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