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Didier Desmas, 1950-2017

Didier Desmas, dans les années Crëche (photos DR)

Didier Desmas, dans les années Crëche (photos DR)

En grande souffrance cause à la maladie, il disait de lui avec politesse et ironie « je prépare la fin du monde »… Didier Desmas et moi sommes natifs d’une commune où rien ne se passe, ou si peu : Bar-sur-Seine, dans l’Aube. Rien que ça a scellé notre amitié. Je ne le connaissais pour autant que très partiellement. Didier Desmas est reconnu dans la profession pour avoir longtemps été le permanent, comme directeur de 1990 à 2012, du Centre de la Chanson (sous la présidence de Gilbert Laffaille, d’Anne Sylvestre puis de Gérard Morel), cette intéressante et utile boîte à outils pour qui chante ou veut chanter, dont l’existence s’est achevée, dans un grand et surprenant silence, en début de cette année 2017. Celle de Didier Desmas aussi, que le crabe vient d’emporter.

Sur sa page facebook, récemment

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Modeste, Desmas ne clamait pas haut et fort son parcours, que la jeune génération pouvait en conséquence ignorer. Il fit partie, de 1974 à sa fin en 1979, de la belle aventure du groupe Crëche, aux côtés de Mannick, Bernard Haillant, Jean Humenry, Charles Gancel et Gaëtan de Courrèges. En 2010, on retrouve Desmas, Gancel et De Courrèges sur l’album Mannick autrement où, plus de trente ans après, nos quatre amis reprennent entre autres trois chansons de l’époque du groupe Crëche. « Crëche c’est une histoire intéressante, témoigne Gilbert Laffaille : groupe oublié aujourd’hui mais à l’origine du mouvement folk en France, avec les Troubadours et Hugues Aufray. Ils ont quand même fait deux fois l’Olympia… »

SO LONG, DIDIER ! Il avait 18 ans, moi 10 de plus. A Troyes, avec son copain Michel Bellebouche, il tricotait des pickings sur une lourde guitare Framus. Tous deux m'ont ouvert au folk-song version Pete Seeger, Woody Guthry et surtout Peter, Paul & Mary. Pour les besoins d'un disque de Raymond Fau, nous avons fait nos premières armes.  Puis ce furent les prestations dans les MJC, en plein air ou dans les caves : le bonheur de jouer partout où traînait une oreille. Didier intégra notre groupe Crëche en 1974, au départ de Jean Humenry.  Avec toujours cette envie de se faire les ongles sur chaque instrument à 4, 5 ou 6 cordes... sans oublier un accordéon folklorique et diatonique.  Puis il mit des mots sur ses musiques : des textes décalés, jouissifs, drôles ou émouvants. Et toujours cette amicale complicité entre nous. Jusqu'aux derniers jours. So long, Didier ! GAËTAN DE COURREGES

SO LONG, DIDIER !
Il avait 18 ans, moi 10 de plus.
A Troyes, avec son copain Michel Bellebouche, il tricotait des pickings sur une lourde guitare Framus. Tous deux m’ont ouvert au folk-song version Pete Seeger, Woody Guthry et surtout Peter, Paul & Mary. Pour les besoins d’un disque de Raymond Fau, nous avons fait nos premières armes.
Puis ce furent les prestations dans les MJC, en plein air ou dans les caves : le bonheur de jouer partout où traînait une oreille. Didier intégra notre groupe Crëche en 1974, au départ de Jean Humenry.
Avec toujours cette envie de se faire les ongles sur chaque instrument à 4, 5 ou 6 cordes… sans oublier un accordéon folklorique et diatonique.
Puis il mit des mots sur ses musiques : des textes décalés, jouissifs, drôles ou émouvants. Et toujours cette amicale complicité entre nous. Jusqu’aux derniers jours. So long, Didier !
GAËTAN DE COURREGES

Après Crëche, chacun va sa vie, pour la plupart dans la chanson. Didier Desmas tentera une carrière solo. Avec de jolies traces, comme ces albums : Drôles de chansons en 1980, Le dernier bistrot, en 1985. Il connaît la chanson et 1990 le voit poursuivre sa voie en une autre fonction : celle, forcément plus humble, de se mettre au service des chanteurs, vingt-deux ans durant.

Il rompt son silence discographique en 2010, pour le disque de Mannick, Autrement. Et nous ravit en 2016 de son Didier Desmas joue de la guitare celtique (tout seul).

Afin de rendre juste et tendre hommage à Didier Desmas, nous avons demandé à l’un de ses amis, Jean Humenry, de prendre sa plume. Sa lettre est longue, que nous ne saurions couper : on ne coupe pas l’émotion, la page humide de pleurs qui accompagnent les souvenirs. Nous publions aussi le témoignage, pour NosEnchanteurs, d’un autre de ses copains de Crëche, Gaëtan de Courrèges, et de Michel Bellebouche, témoin de ses tous débuts. Qu’ils en soient remerciés. MK

 

LE TEMOIGNAGE de MICHEL BELLEBOUCHE

1966, année de nos seize ans : Didier et moi nous fréquentions, à Troyes, des lycées différents et nous nous étions mis apprendre la guitare, chacun de notre côté. A partir du moment où on s’est rencontré, tous les mercredis après-midi nous nous retrouvions chez moi, dans le grenier que j’avais aménagé dans la maison de mes parents, pour nous exercer. Didier avait une guitare Framus et moi une vieille guitare espagnole. C’est au cours de ces moments-là qu’est née une magnifique amitié entre nous. On a passé notre temps à écouter Woody Guthrie, Joan Baez, Bob Dylan, Pete Seeger, Hugues Aufray et Graeme Allwright. Pour apprendre les morceaux, on remettait inlassablement l’aiguille du tourne-disque dans le sillon du 45 tours ou du 33 tours, là où on voulait progresser. C’est ainsi que l’on s’est initié au picking folk. Ensuite, ça a été la rencontre avec Gaëtan de Courrèges : une nouvelle aventure musicale commençait ! MICHEL BELLEBOUCHE

 

C’EST DANS LE CRÉPUSCULE DU SOIR QUE TU MESURES L’ÉNERGIE DE CELUI DU MATIN 
par Jean Humenry 
1969. Avec Bernard Haillant, Gaëtan de Courrèges, Mannick et Jo Akepsimas nous inventons le groupe Crëche. Chacun arrive avec son histoire. Pour Mannick, Gaëtan et moi, c’est une histoire de groupes : « Les Collégiennes de la chanson », « Les Halleluiah Folklovers » et « Les Étrangers ». 
Au sein des Halleluiah Folklovers, deux magnifiques jeunes guitaristes, fous de folk et de picking : Michel Bellebouche et Didier Desmas. Ils viennent vite me rejoindre dans cet espace musical ouvert et que j’ai appelé « L’Equipage ». Les projets fourmillent et Didier qui a fait le choix de la musique en devient un des piliers. Banjo 5 cordes, dulcimer, autoharp, harmonicas, bref tout l’attirail du parfait folkeux multi-instrumentiste n’ont aucun secret pour lui. 
Fou de Pete Seeger, de Graeme Allwright, « Weavers » et autre « Almanach Singers » et de toutes les pépites et trésors partagés suite aux collectes de John (le père) et Alan (le fils) Lomax.
A une époque où nous avions tous « les mains dans les poches des autres », Didier était ce gourmand du moindre son « récupéré » et décodé souvent en ralentissant la platine du tourne-disque.
Nous étions si loin des généreux « tutos » de Youtube pour comprendre ; « Comment il fait ce Pete pour jouer en Old time la chanson du Coucou ? » ou « T’as entendu ces putains de guitares de Peter & Paul dans Early Mornin’ Rain ? »
Et nous sommes partis en tournée avec le regretté, joyeux et réservé (ce qui est rare chez les batteurs) Gérard Couderc et le bassiste Bob Anthonioz. Après de passionnantes séances de recherche et de travail pour mettre au point mon tour de chant, nous arrivions sûrs de nous devant un public attentif en quête d’émotions. Et nous avons tourné, beaucoup tourné de 1970 à 1974, année où il a pris ma relève au sein du groupe Crëche. Il a été, pendant ces quatre années, un musicien hors pair.
 
Le 25 aout de cette année je lui écrivais… 
 
Très cher Didier,
Difficile de faire le tri dans toutes ces pensées qui m’assaillent depuis l’appel de Gaëtan. Trouver les mots qui seraient les mots de Didier.
Nous avons tant vécu de moments magnifiques ensemble.
Alors ces mots je veux les attraper comme ils viennent et comme ils me tombent dessus.
En même temps j’ai mis sur mon lecteur ce vieil album des Almanach Singers… Woody et Pete. 
Alors je fais remonter à la surface cette histoire qui nous lie. Grâce à Gaëtan. Rencontre pleine de promesses avec toi et avec Michel.
Cet étrange amour qui peut nous relier à des instruments de musique et par la musique nous relier. 
Je tire ce fil du lien. Ce fil des mots qui le constituent. 

Etonnement.
Didier ce curieux. Ce curieux personnage. Toujours plein d’idées.

A chercher, à découvrir.
Du genre à faire bouillir ses cordes de guitare pour en tirer un son meilleur. 
Si j’avais eu un vieux bourbon à l’époque. Je pense que tu aurais été capable de les faire flamber. Tu fouillais dans le style de chacune des musiques qui pouvaient te passionner pour en tirer pour toi, pour nous le meilleur. 
« It’s a-hard and it’s hard, ain’t it hard
To love one that never did love you?
It’s a-hard, and it’s hard, ain’t it hard, great God, To love one that never will be true ? »

Admiration.
Didier ce guitariste, banjoïste, autoharpiste, dulcimériste, superbe qui accomplissait mes rêves de cases musicales.

Ce courageux de la vie que rien n’arrêtait : surtout pas ses soucis de santé.
Tu as toujours gardé cette discrétion au coeur d’une promiscuité imposée par nos tournées. Souvent cinq, parfois six dans le camion, blindé de matériel avec Bob Anthonioz, Gérard Couderc (trop tôt parti), Jean-Yves Lozach. 
To Everything
Turn, Turn, Turn
There is a season
Turn, Turn, Turn
And a time to every purpose, under Heaven 

A time to be born, a time to die A time to plant, a time to reap A time to kill, a time to heal
A time to laugh, a time to weep

 
Générosité.
Didier cet homme a l’humour sec et abrupt, souvent décalé, ce gourmand de vie, ce gourmand des autres, gourmand de vin et d’émotions.

Little boxes on the hillside Little boxes made of ticky tacky 
Little boxes 
Little boxes
Little boxes all the same There’s a green one and a pink one And a blue one and a yellow one And they’re all made out of ticky tacky And they all look just the same

Tu as toujours aimé les mots poètes, les mots guerriers.
 
Mystère et sensibilité.
Tu gardais toujours pour chacun cette part intime de ton mystère. 

Tu as été capable de mettre ta guitare à la retraite pendant tant d’années pour t’engager dans des causes de défense d’une chanson française bien malmenée. Et tu es revenu vers cette fameuse Martin 0 15 pour en extraire le meilleur des jus, avec Mannick, Charles Gancel et Gaëtan de Courrèges. Puis en solo pour un retour vers tes premières amours. 
 
Nos chemins de traverse.
Nous avons fait de beaux albums ensemble.

Nos répétitions assidues à Crépy pour les préparer et les enregistrer en 3 jours ; en « live » comme ils se plaisent à le dire aujourd’hui.
Le live nous n’avons connu que ça ! Et rien ne te faisait peur ni la culture d’un Jacques Chancel dans son Grand Echiquier, ni le sourire permanent d’une Danièle Gilbert dans ses Midi trente, ni les folles colères d’un Guy Béart dans son Bienvenue chez….
De beaux concerts bien travaillés.
Nous nous sommes séparés, lorsque tu m’as remplacé dans Crëche. Mais jamais vraiment quittés. Tes guitares sont toujours présentes sur mes chansons. 
Ma lanterne magique 
De mon temps de gamin 
Je cherche ta musique 
J’ai perdu ton refrain.
J’ai parcouru tout le monde et tous les océans,
 Et pendant que le soir tombe
Je voudrais être un enfant.
 
Bonjour Monsieur le colporteur 
Marchand de rêves et de bonheur. 
Je veux partir sur tes chemins 
Loin

Confiance et espérance. 
Didier homme de foi et de conviction. Tu ne t’en laissais pas conter. Toujours au coeur de ce monde sans merci. Tu en savais les violences et l’égoïsme en « Disciple » de Gaëtan de Courrèges, de sa parole et de sa vision décalée.
J’ai aimé être à La Trivalle avec vous deux, avec Jean Debruynne qui nous a fait beaucoup avancer, j’allais écrire « beaucoup marcher ».
Tu as toujours été un homme d’Espérance. De foi en l’autre, de foi en l’homme.
The water is wide, I cannot get over 
And neither have 
I wings to fly 
Give me a boat that can carry two 
And both shall row, my love and I 
A ship there is and she sails the sea 
She’s loaded deep as deep can be 
But not so deep as the love 
I’m in 
And I know not how 
I sink or swim 

Voilà mon bon Didier, les mots qui ont traversé ce jour alors que « Les Almanacs singers » chantent Song for Bridges. Let me tell you of a sailor, Harry Bridges is his name, An honest union leader who the bosses tried to frame. He left home in Australia to sail the seas around, He sailed across the ocean to land in ‘Frisco town.
J’y retrouve le Ça je l’ai jamais vu de l’ami Graeme Allwright. Nous l’avons chanté ensemble. Et j’ai aimé tout ça.

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3 Réponses à Didier Desmas, 1950-2017

  1. Didier Geslain 12 septembre 2017 à 19 h 43 min

    Didier Desmas a été un des invités de la première année du Neptune d’Alencon. Je garde un souvenir attendri de son passage dans mon cabaret. J’ai dans mes archives quelques traces des 5 jours passés chez moi : affiches, livre d’Or ou photos.
    C’est par son intermediaire que Bernard Haillant est devenu un des habitués du lieu.
    C’est grâce â l’un et à l’autre que Mannick s’est elle aussi produite.
    Ainsi que Angelina Ionnatos.
    J’ai ce soir une grande tristesse au coeur.

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  2. Bernard Lacotte 12 septembre 2017 à 21 h 27 min

    Je me souviens des samedis après midi ou j’avais été invité à donner mon avis sur des auditions au théâtre de la Mainate avec, excusez du peu, Marc Chevalier, Christian Mercadet, Bernard Haillant et Didier Desmas. On buvait un coup ensuite au bistrot plus loin.

    Répondre
  3. Brian Thompson 13 septembre 2017 à 15 h 57 min

    Je salue l’ami Didier de loin. Je le fréquentais d’année en année au Centre de la Chanson (dont j’avais été ‘parrain’ à sa création), chaque fois que je retournais à Paris et suis allé dîner 2-3 fois chez lui à Belleville. Il était toujours accueillant, ouvert, passionné de chanson et de guitare mais pas que,… bref, des soirées fort sympa. Il va laisser un trou dans le cœur de plus d’un. Bon courage aux uns et aux autres!

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