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L’invit ricamandoise de Nicolas Bacchus

 

Bonnie Bécasse (photos MK)

Bonnie Bécasse (photos MK)

28 mai 2026, Épalle-théâtre/L’Autre lieu, La Ricamarie (Loire),

 

L’Épallle-théâtre est un café-théâtre, temple s’il en est du parlé gaga, précieux et rustique vocable de la région stéphanoise. Cette salle (en fait un ensemble de trois salles, celle en plein-air incluse) est de plus en plus tentée d’accueillir la chanson. Bonne idée que celle-ci, au moment où la chanson se réduit plus encore, façon peau de chagrin, dans les rares salles qui l’accueillait encore. C’est le lyonnais Nicolas Bacchus, mandaté par la salle, qui prépare le terrain. La matériau existe : Lyon et l’Ardèche, formidables viviers de la chanson, sont à deux pas de La Ricamarie. Une première salve eut lieu il y a deux mois (lire ici), voici la seconde : Pascal Mary, Natascha Bezriche, Nico Étoile et, enviable surprise, Bonnie Bécasse, qu’on connaît aussi sous le nom de Mamzelle Amandine.

Pascal Mary

Pascal Mary

D’abord l’ardéchois Pascal Mary, seul au piano. Qui, en guise de présentation et pour se remonter le moral, fait sa mortelle autobio, avec l’humour qu’on lui connaît, en des mots qu’aucun croque-mort n’oserait : on n’est jamais mieux servi que par soi-même : la famille (grand-mère pendue, mère noyée), l’enfance (« les hormones, c’est fatiguant »), l’essentiel de nos existences en trois minutes… Notons que vers la fin, ça se gâte. Même en format écouté (ces mini-récitals font un peu « démonstration tupperware »), Mary est performant. Si un producteur était présent (mais ils ne sont jamais là quand il faut), les contrats seraient vite signés, sur un coin de table, entre bière et communard (mélange vin rouge et cassis, couleur idéale pour cette commune communiste où la culture est prépondérante). Mary nous parle aussi passionnément de ses amours et (quelques chansons c’est vite passé) d’un Noël joyeux, hilarant pour être précis. J’ai dans l’idée qu’on le reverra sur cette même scène…

Natasha Bezriche

Natasha Bezriche

Retrouver ici à la fois Brigitte Fontaine (La Côtelette), Bernard Dimey (Si tu me payes un verre, Fredo, J’ai tout vu tout connu), Serge Gainsbourg (Les Bleus sont les plus beaux bijoux), Michèle Bernard (Nomade), Léo Ferré (Cette blessure), Anne Sylvestre (Juste une femme) et Francis Blanche (Ça tourne pas rond) est vrai bonheur. Ceci par le truchement de Natasha Bezriche (et du pianiste Sébastien Jaudron), délicieuse interprète que l’on sait, c’est en prendre plein les oreilles, se rassasier, se désaltérer. Se remémorer un large pan de la chanson et c’est aussi le rôle d’un tel lieu. Bezriche y excelle.

Nico Etoile

Nico Etoile

« Je suis le rêve fou / Qui veut me faire croire que j’existe ? » Le lyonnais Nico Étoile est, me semble-t-il, rare en scène, à plus forte raison loin de la capitale des Gaules. Il aime à se décrire, avec crudité : « Je suis un attardé social, un geek, un loser magnifique […] J’enchaîne les blagues pathétiques […] Je suis une impasse génétique / Je suis un rêveur onaniste ». Le propos d’abord surprend, puis irrémédiablement séduit. Il aime se décrire et, quitte à faire, sonder autrui, explorer, se mettre à la place de. D’une caissière de supermarché par exemple, s’instruire de ses échappées mentales lorsque nos vies passent sur le tapis. Elle ou un gardien de square. Parfois avec mélancolie, toujours avec insatiable curiosité, la vie passe et se surpasse dans les chansons de Nico. C’est chanté avec une voix d’éternel adolescent, une simplicité, un naturel confondant. Adorable.

Bonnie Bécasse

Bonnie Bécasse

Pour le chroniqueur que je suis, la surprise résidait en cette invitée surprise, arrivée au débotté, qu’est Bonnie Bécasse. Qui plus est en cette surprenante et fastueuse tenue scénique faite de plumes (évidente tenue de travail pour qui se veut bécasse). Dieu quelle voix ! (à côté d’elle, Bianca Castafiore, c’est tintin !). Elle aussi parle d’elle (« On me traitait de cochon / De bonne à rien, de souillon… »), oiseau voyageuse qui n’aime pas les cases et échappe aux classifications, aux chansons de bon augure. Une dont les semelles ont, dit-elle, fait du chemin. « Femme forte / Oiseau migrateur / Je suis Bonnie Bécasse » : ce ne sont que des extraits de ce spectacle éponyme, d’un bestiaire fabuleux, qui nous donnent furieusement, urgemment, envie de voir le reste.

 

Les sites de Nicolas Bacchus, Pascal Mary, Natascha Bezriche, Nico Étoile et Bonnie Bécasse (Mamzelle Amandine).

Prochain concert à La Ricamarie : La Baronne, 16 juin 2026 salle Daquin ; « Brassens, Brel et les autres », 3 juillet 2026, Epallle-théâtre.

 

Pascal Mary « Joyeux Noël » : Image de prévisualisation YouTube

Natasha Bezriche « Si tu me paies un verre » : Image de prévisualisation YouTube

Nico Etoile « La Vie suspendue » : Image de prévisualisation YouTube

Bonnie Bécasse « Bonnie Bécasse » : Image de prévisualisation YouTube

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