Dominique Cravic et Les Primitifs du futur : un sixième et indispensable album
Dominique Cravic (photo non créditée)
Tout à fait entre nous, y’a pas besoin d’aller loin dans le futur pour qualifier la chanson que voici de primitive, tant elle s’éloigne et de loin de ces plats indigestes qu’on nous donne à consommer à présent, qu’elle semble vieille aux jeunes oreilles qui ne savent plus rien entendre, plus rien discerner, plus rien apprécier. Je vous dis ça étant moi-même un incurable primitif, limite australopithèque de la chanson tendance Brassens, Fréhel et Graeme Allwright. Compétent je crois pour apprécier l’enthousiasmante œuvre de Dominique Cravic et de ses Primitifs du Futur.
Cravic ? Nos lecteurs connaissent. Ne serait-ce parce que nous causons de lui chaque fois que nous chroniquons Claire Elzière, qu’il accompagne à la guitare sur disque comme sur scène. Mais Cravic est bien plus que musicien d’accompagnement. Il anime cet bel oxymore de la chanson que sont Les Primitifs du futur, un groupe à géométrie variable, qui fait dans le Word Musette, selon son expression, depuis quelques décennies ; le premier album des Primitifs a pile quarante ans. Il y en a eu quatre autres depuis. Et ce nouveau, un bijou tant pour le contenu que pour son contenant, au visuel toujours dessiné par l’étasunien Robert Crumb, mythe de la bande dessinée s’il en est, par ailleurs musicien depuis toujours de cette formation. Puisque je parle de l’emballage, vous en tiendriez le livret dans vos mains fébriles que vous renonceriez à tout jamais aux fades téléchargements : eh, on ne télécharge pas la talent du maquettiste, du papetier et de l’imprimeur réunis.
Encore un album copieux : vingt-sept titres sans âge qui bourrent totalement le CD, le remplissent de bonheur : encore un chapelet de « chansons décalées, élégantes et parfumées, où nostalgie rime avec éternité, [où],on croise les fantômes de Chet et de Django, le blues se mêle au swing, avec des reflets de danses de salon ou de musiques tropicales et manouches. Un air d’accordéon, un rythme de marimba, un chorus de guitare hawaïenne… » tout est ici précieux, jubilatoire, à mille lieux de tout ce qui se fait et se joue. Biguine, polka, smooth jazz, bossa, cha-cha-cha, valse-musette… Cravic fait feu de tout bois, y compris d’adaptations et d’hommages (Gréco, Salvador…). Tout y est bon, souvent savoureux.
Une chronique sur ce site étant limitée à 600 mots, ne comptez pas que je vous livre le nom de tous ceux qui y ont contribué à cet album : ils sont trop nombreux. Allez, j’suis pas vache, quelques-uns en pâture : outre Claire Elzière et Crumb sus-cités, Julien Baer, Sanseverino, Lise Cabaret, Cédric Boule, Éric Guilleton, Jean-Jacques Milteau, Philippe Paringaux, Grégory Veux… ils sont soixante-dix-sept à concourir, à un titre ou à un autre, à ce projet ! Et sont tous sur le livret, à la façon de photos d’identité judiciaire. Un trombinoscope auquel manque Allain Leprest, dont trois des textes sont interprétés par Cravic et ses Primitifs.
Pour vous évader de votre quotidien, qu’il vienne de votre radio ou de vos réseaux « chanson à texte », permettez-vous cette longue et belle escapade : sentez-vous primitifs autant que futuristes.
Dominique Cravic et Les Primitifs du Futur, Les Crimes du Musette, Buda Musique 2026. Le site de Dominique Cravic, c’est ici.




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