Catherine Ringer, 1957-2026
Nous sommes en 1984 quand, sur notre écran télé, apparaissent deux extra terrestres, para normaux, étranges chanteurs pour étonnante chanson, tant dans la forme que dans le fond. Eux ce sont les Rita Mitsouko : Fred Chichin et Catherine Ringer, un duo constitué (d’abord sous le nom de Sprats) depuis quatorze ans déjà ; la chanson c’est Marcia Baïla. On saura plus tard qu’il s’agit d’un hommage à une danseuse disparue, Marcia Moretto, qui accompagna Ringer et Chichin à leurs débuts. Le grand public découvre ce duo et c’est folle attirance, ou répulsion au cas où. Toujours est-il que, dans la chanson, fut-elle rock, ça a tout du choc tectonique, d’une déflagration dont on ne se remet pas. De Gold à Goldman, il nous reste un son des années quatre-vingt. Au-delà de ce mur du son, nettement au-dessus, il y a Les Rita Mitsouko, prodiges qui, peu à peu, sont devenus un mythe, s’érigeant vite en incontournables, en indispensables. Bien d’autres titres, que d’aucuns nommeront des tubes, viendront s’ajouter à leur légende, tels qu’Andy, C’est comme ça, Les Histoires d’A, Les Amants… Rien que de les citer, c’est les revivre en notre chair pour les grands et entêtants classiques qu’ils sont devenus. Leur musique bien sûr, mais les textes n’y sont pas pour rien, bijoux ciselés aux milliers de carats. Et leurs dégaines, leurs improbables chorégraphies, ces clips colorés façon Mondino aux codes alors nouveaux… A sa façon, ce duo fit grande révolution.
Ce n’est qu’après cet avènement grand-public qu’on s’est penché sur leur passé. Notamment de Catherine Ringer, fille d’une architecte et d’un peintre d’origine juive ashkénaze qui fut déporté durant la seconde guerre mondiale dans pas moins de neuf camps de concentration. Ringer en témoigne en 2000 dans C’est un homme, sur l’album Cool frénésie. On saura aussi sa carrière théâtrale. Celle de danseuse (aux côtés de Marcia justement…). On saura son passé d’actrice porno, ce dès ses 17 ans. Sa voix pour des dessins animés… Tout. Sa vie est un drôle de roman aux pages fichtrement animées.
Il y eut l’avant Rita Mitsouko. Et pis l’après, au départ involontaire de son compagnon. Où elle reprend la tournée interrompue, sous le nom de « Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko ». Puis un premier disque solo, Ring n’roll en 2011. Puis le Trio Plaza Francia (elle et Müller & Makaroff, du Gotan Project), hymen de la pop et du tango, de 2013 à 2015. Dès l’automne 2016, elle reprend la route avec les titres de son futur album Chroniques et fantaisies avant de la poursuivre, dès 2019, pour célébrer les 40 ans des Rita Mitsouko : un double album public sera enregistré à l’automne 2020 à la Philharmonique de Paris.
Ringer est de toutes les aventures, qu’il s’agisse de la B.O. d’un film de Tony Gatlif (décédé il y a quelques jours) ou d’un duo avec Lavilliers sur Idées noires où elle succède à Nicoletta, elle donne l’impression d’être omniprésente. Ce que, de toute façon, elle est en nos têtes.
Fred Chichin, son complice et compagnon, est décédé en 2007. Depuis hier, le couple est reconstitué. La mort n’est pas prête de tout à fait les assassiner.




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