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Julien Clerc, chanteur utile à vivre et à rêver

Julien Clarc QuinoneroLa cuvée annuelle de Frédéric Quinonero, le biographe number one de la chanson française, s’intitule Julien Clerc – Une vie à contre-chant. La couverture du livre nous montre l’artiste, photographié pour Paris Match, tel qu’on semble le connaître depuis toujours : jeune d’aspect, élégant et classieux, même vêtu d’un simple blouson de cuir, souriant de mille feux. Une certaine image du gendre idéal. Le sous-titre judicieux de l’ouvrage nous met toutefois la puce à l’oreille. Dixit Wikipedia, le contre-chant est une ligne mélodique secondaire et distincte jouée ou chantée simultanément avec le thème ou la mélodie principale. Une deuxième mélodie cachée par la principale, donc. Et si le chanteur s’avérait bien moins consensuel qu’on ne le pense ? Et si ce livre nous dévoilait un autre Julien que celui que nous pensons connaître ?

Pour illustrer d’emblée ce dessein, avant de remonter le cours de la vie de son sujet, Frédéric Quinonero nous livre un préambule intitulé Avant propos : Quand l’artiste rencontre l’histoire. Il y évoque un événement récent, puisqu’il s’agit de l’entrée au Panthéon de Robert Badinter, survenue le 9 octobre 2025. Sur le parvis du bâtiment, en hommage à l’avocat humaniste, héraut de la cause abolitionniste, le chant vibrant de Julien Clerc s’est élevé. Une chanson magnifique, chérie entre toutes par les fans du chanteur : L’assassin assassiné. Un titre que le chanteur hésitant a mis à son répertoire après une rencontre décisive avec Robert Badinter lui-même. Une chanson engagée, mais qui aborde son sujet pointilleux par le biais de l’émotion extrême. Un morceau méconnu du grand public, où le chanteur se dévoile avec pudeur. Ceux qui n’ont de Julien Clerc que l’image d’un chanteur lisse et romantique sont appelés à revoir leur position…

Le livre pourra les aider dans cette tâche. Il s’ouvre sur une préface savante du cantologue Stéphane Hirschi. Puis, solidement documenté comme toujours, le biographe remonte le temps et reconstitue la carrière de Julien Clerc, de ses premières années d’enfant du divorce, entre un père strict et rigoureux et une mère d’origine guadeloupéenne au tempérament bohème, à sa tournée actuelle, qui connaîtra son apothéose le 9 octobre 2027 à l’Accor Arena de Paris, à quelques jours de ses 80 ans. Une trajectoire débutée sur les chapeaux de roue, puisque son premier 45 tours en 1968 – il avait 20 ans – s’appelait La cavalerie et l’a d’emblée propulsé au sommet. Un parcours admirable, conforme au credo du chanteur : ni populisme, ni élitisme. Avec une équipe de base en forme de dream team : Julien à la composition, autodidacte mais mélodiste exceptionnel, ses amis Maurice Vallet et Etienne Roda-Gil aux paroles, Jean-Claude Petit aux arrangements. Ensemble, le quatuor donnera en quelques années naissance à une kyrielle de classiques du patrimoine de la chanson française : La Californie, Ivanovitch, Le patineur, Ce n’est rien, Niagara, Le cœur volcan, Si on chantait…

Plus tard, par souci de se diversifier ou contraint par la camarde, le chanteur fera appel à d’autres auteurs, et non des moindres : Jean-Loup Dabadie (qui lui offrira son immortelle Ma préférence), Françoise Hardy, Maxime Le Forestier, Luc Plamondon, Carla Bruni, David McNeil… jusqu’aux plus récents Paul Ecole ou Bruno Guglielmi. Il reste cependant le compositeur de la quasi-totalité de son répertoire, sa musique restant le pivot de son œuvre.

De manière très complète, chacun des 28 albums-studio qui jalonnent sa carrière fait l’objet d’une analyse et d’une recontextualisation. Pour expliquer les choix artistiques, Frédéric Quinonero aborde s’il le faut la vie privée du chanteur (ses compagnes, ses 5 enfants, ses déménagements multiples…), mais sans jamais s’appesantir ni viser le scoop indiscret. Les aventures collectives (Hair, 36 Front populaire, Emilie Jolie…) ne sont évidemment pas oubliées.

On ressort de la lecture avec le sentiment d’avoir rencontré un artiste hautement estimable, discret sur sa vie privée, ayant fixé dès le départ une ligne de conduite et s’y étant tenu jusqu’au bout. Dès l’origine, Julien Clerc a voulu créer une œuvre originale, indépendante des modes, solidement charpentée autour de textes dignes, porteurs de sens et d’une poésie accessible. Pour ce faire, il a pu compter sur son immense talent de compositeur et sur une voix exceptionnelle, avec un chant au vibrato immédiatement reconnaissable. Il a su aussi s’entourer des meilleurs, tout en restant fidèle à ses complices du début, malgré la brouille qui l’a séparé quelques années durant d’Etienne Roda-Gil (dont l’égo considérable ne devait pas être toujours facile à vivre).

Notre chanteur bientôt octogénaire ne montre aucun signe de fatigue et semble avoir passé un pacte méphistophélique pour conserver cette allure de jeune homme. Si la grande époque de ses tubes semble malheureusement révolue (aucun hit dans ses albums récents), il poursuit son périple sur scène avec un succès jamais démenti, offrant chaque soir à son public un émouvant voyage à travers son vaste répertoire. Presque soixante années en sa compagnie. L’exploit méritait bien un livre.

 

Frédéric Quinonero, Julien Clerc, une vie à contre-chant, Mareuil Editions, 2026.

La page Facebook de Frédéric Quinonero, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. Le site de Julien Clerc, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.

 

« L’Assassin assassiné » : Image de prévisualisation YouTube

« Le Coeur volcan » : Image de prévisualisation YouTube

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