Camille Laïly, balade au fil de l’eau
Pertuis (84), Le 51, 9 mai 2026
Camille Laïly s’est d’abord fait connaître sous le nom de Lily Bulle, puis Les lueurs de Lily, avant de reprendre son identité. Un nom charmant qui lui convient bien et avec lequel on la repère plus facilement, aussi lumineux qu’aquatique. Dans ce monde en bouleversement, Camille a choisi d’incarner cette chanson éternelle, reliée aux folklores du monde, aux éléments, aux forces de la nature, à l’humain qui s’y ancre. La période du confinement lui a permis d’écrire et de présenter des concerts en direct alternant création et reprises inspirées, voyageant musicalement dans le monde entier et dans la mémoire des civilisations, elle a obtenu le Grand Prix À nos chansons 2022 à Ivry d’initiatives-chansons, et le Prix Artistes Le Mans Pop 2025. Membre récemment du trio vocal bulgare Bouches de Coton, animatrice d’ateliers d’écriture, à l’aise dans la chanson jazz comme dans le folk et la chanson française, elle a déjà publié un EP puis trois albums, le dernier en 2022 sous son propre nom. Découverte par Pol de Groeve en solo à Liège, puis par Agnès André en 2024 à Toulouse en duo avec Hugo Corbin à la guitare (elle se produit également en trio avec le contrebassiste Nicolas Fleury), elle sera en Allemagne et en Belgique en juillet.
Chez l’habitant, dans ce salon de Pertuis devenu une adresse incontournable des amateurs de chanson, elle se présente avec sa seule guitare. Vêtue d’une combinaison pantalon fluide vert… d’eau, elle symbolise bien cette féminité aussi chaleureuse que délicate, une sorte de nymphe des eaux, naïade maternelle diffusant une puissance féminine douce. Son naturel, sa façon directe de nouer des liens avec le public, sa voix cristalline qui peut même se passer d’accompagnement, rythmée par les percussions corporelles où elle excelle, ont immédiatement rencontré un public heureux de la découverte.
Au fil de cet album « Crépuscule », paradoxalement lumineux sous le clair-obscur des feuillages, et d’autres chansons de son répertoire dont on remarque la cohérence, nous voyageons au fil de l’eau. De ce conte né un lendemain de Noël, Le pêcheur et l’anguille, amoureux de sa « guirlande céleste » qui lui a fait renoncer à la pêche, jusqu’à ce Bord de l’Erdre, a cappella, où la pluie tombe« comme Chopin sur son piano ». L’occasion de nous faire imiter la pluie avec des claquements de doigt ou de langue sur le palais, essayez, c’est bluffant.
D’ailleurs, s’importent du Japon la berceuse du voyage de Chihiro, et d’Argentine la merveilleuse Alfonsina y el mar, zamba d’Ariel Ramírez sur un texte de Félix Luna. Elle évoque la poétesse Alfonsina Storni qui, malade, se suicida « et s’il appelle, dis-lui que je suis partie » dit la chanson. Popularisée par Mercedes Sosa, elle est devenue un standard emblématique, et Camille en fait un chant doux, clair, mélancolique et profond qui donne la chair de poule. Qu’elle nous incite à conquérir notre liberté « Tombe, relève-toi, reprend la route / À l’envers à l’endroit », évoque un amour qui paraît impossible « Une recette du bonheur entre un arbre et une fleur » ou le souvenir d’une disparue, Camille manie la métaphore de la nature avec une aisance poétique qui touche.
Connaissez-vous les véroniques, ces fleurs si minuscules, si délicates, au bleu de porcelaine ? Si elles comptent tant pour elle, c’est qu’elles portent le même nom que quelqu’un qu’elle a aimé très fort. Regardez de près, vous en admirerez la perfection, telles « des milliers de petites mains ». « Elles font un lac les véroniques / Où le soir la lune frémit légère comme une note de musique / Ou des doigts de Debussy ». Fragiles, elles s’en vont vers le ciel « quand leur saison vient à passer » et son chant, comme un doux requiem, semble se fondre en couleur, « à l’encre bleue ». Même l’angoisse climatique qui lui inspire cette vision apocalyptique Boulevard des Capucines ne peut altérer son espoir de sauver le monde par la musique, avec des vocalises enchanteresses. Et par les mots, qu’elle collectionne « Je ramène au printemps / D’étranges histoires au plus-que-parfait », ou analyse avec délicatesse dans les subtilités de la langue de Molière : « Hé, vous, tutoyez-moi / Hé, toi, ne fuyez pas ».
Et comme en parallèle Camille a monté un spectacle sur Nougaro, Le jazz et la chanson, nous avons eu droit à une époustouflante reprise d’À Bout de souffle, a cappella et en percussions corporelles, une véritable performance saisie en vidéo par Alain Withier, suivi d’un dernier rappel… La tendresse, reprise en chœur par la chorale improvisée du public ! Sous vos applaudissements.
Le site de Camille Laïly, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là. Toutes ses dates ici. L’album Nougaro, Le jazz et la chanson est actuellement en préfinancement.
« Alfonsina y el mar », 2025, PIC Ivry en trio 
« Les véroniques » en concert à Thou boutd’chant à Lyon, 2024, en trio 
« Boulevard des capucines » El Alamein 2023 
« À bout de souffle » a cappella au 51 à Pertuis 



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