Simon Chouf, toujours d’attaque
Simon Chouf (photo non créditée)
Il y a bien longtemps que la chanson qu’on nous sert dans les médias s’est vidée de toute idée, de tout engagement, aseptisée, faite de son mais vide de sens. D’ailleurs, on ne parle plus de chanson, mais de musique.
Pour accrocher aux notes des idées, pour que la chanson parle de nos vies, pour qu’elle soit à nouveau porteuse d’espoir, il faut – nous ne le faisons pas assez – se rendre dans le maquis, en quête de cette chanson qu’on tait, qu’on invisibilise.
Simon Chouf est un de ces maquisards armés d’un micro, d’une guitare, secondé par quelques musiciens complices. Ce disque est certes daté de quelques mois, millésime 2025, mais d’une actualité qui non seulement ne se dément pas mais s’accélère chaque jour. Rien que le titre de ce nouvel opus résume l’ambiance : A l’attaque ! « Alors à l’attaque / Les vivants à bâbord / Les vauriens par-dessus bord / A l’attaque / De meilleurs lendemains / Demain »
C’est un album qui participe à la bande-son de ce que nous vivons en ce moment. Des Drones d’oiseaux dans le ciel, « voltigeurs robotiques qui nous surveillent d’en haut », des pieds nus enfants des rues qui passent leur vie en exil, des guerres qui font pleurer le ciel, la terre qui brûle, un sol saturé, des tapis de pétrole, du plastique jonché : « Qu’avons-nous fait du monde / Qu’on veuille le ré-inventer / On sait que c’est fini bientôt... » C’est un album sombre, couleur du temps, de notre temps, un peu comme une photographie aux couleurs contrariées, altérées, moches. Un temps à ne pas foutre un chien dehors, mais – et c’est tant mieux – Mon chien est content : « Chaque fois mon chien est content / Je lui dis qu’il est con / Pour voir s’il est d’accord… »
Chouf chante le malheur du monde, le nôtre. Avec colère, même si, à l’interstice de ses vers, il y a toujours un peu de dérision, de poésie, des mots dits avec l’élégance du désespoir qui est peut-être, à sa manière, une forme d’espoir.
C’est peut-être pour ça que, longtemps après Marc Robine, Chouf se permet à son tour de reprendre, en duo avec Jur, la chanson-phare du catalan Lluis Llach, L’Estaca : « Si on tire tous, il tombera / Il ne nous résistera pas / C’est sûr qu’il tombe, tombe, tombe / Il est bien attaqué, déjà ». En notre époque où le pouvoir et son chef vacillent, notre modèle de société, nos certitudes aussi, il convient que nous tirions tous, dans la même direction « et on pourra se libérer ».
Simon Chouf, A l’attaque, 2025 Le Cachalot Mécanique/InOuie Distribution. Le site de Simon Chouf, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.


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