Éric Mie : crêpes, cake… sur ce disque si nourrissant
Eric Mie (photo non créditée)
Ce disque est précieux. Parce que, comme nombre d’artistes constatant des ventes désormais marginales, donc déficitaires, il risque d’être son septième et dernier album physique (comptez-en deux de plus pour faire bon poids : ceux du duo Lobo & Mie). Et parce qu’il est délicieux. Jamais un ton de trop, si ce ne sont ces notes joyeuses qui rythment Cake à la banane, chanson qui du reste n’a rien d’une recette. Tout d’une voix tranquille qui déroule, quasi imperturbable, ses treize chansons. On s’imagine, je ne sais pourquoi, Mie grande gueule alors qu’il n’est que pure douceur, qu’onctuosité.
Et comme tendresse rime chez lui (est-ce cela le parler lorrain ?) avec impertinence, Mie l’est donc, plutôt deux fois qu’une. Un peu à l’image de son héroïne fessue, charnue, qu’est Pomme, son personnage de papier que, sans malice mais quand même un peu, nous connaissons sous toutes les coutures et qu’on retrouve dans sa coutumière nudité, sur ce disque.
Y’a ici du monde au balcon : je ne parle pas des avantages de Pomme, mais des musiciens (et instruments) au chevet de cet album : guitare il va sans dire, mais aussi guitare électrique, claviers, glockenspiel, basse, harmonica, shaker, cloche et stylophone, accordéon et violon, percussion corporelle, cigar box, terra, cabasa… Tout fait son, tout fait sens, dans l’efficacité comme dans la retenue.
Le chanteur-comédien-dessinateur a en temps normal beaucoup d’humour. Son premier titre bien moins : « Souviens-toi de chérir l’instant / Où de nouveau va s’entrouvrir / L’iris poétisant l’étang / Souviens-toi que tu vas mourir / Sois riche des heures frivoles / Il y a tant à découvrir / Regarde en l’air, un oiseau vole / Souviens-toi que tu vas mourir ». Et pour mieux s’en souvenir, Mie de nous suggérer de mettre un post-it : la dérision est sans doute ce qui définie le mieux ce natif de Lunéville. D’un titre l’autre, nous glissons de sujets graves en délectables futilités, qui du reste ne le sont jamais tout à fait. Glissons, chaloupons plutôt, musique aidant qui sait tendrement se tropicaliser. Faisant la tour des questions (y’a pas mal de sujets en ce moment qui peuvent nous tourmenter), évoquant sans rire le fin de notre humanité ( « Et demain la planète / Sera inhabitable / Je ne vois plus les guerres / Ni monter les immondes / Demain il n’y aura guère / Que des rats sur ce monde »), que croyez-vous qu’il fasse : il recycle ses fruits pourris en se faisant un cake à la banane. Chacun ses choix. « Inapte, inadapté » à ce monde, il s’en va faire des crêpes. Tel est Mie, décidément mimi.
Très belle et respectueuse chanson sur les prolétaires : « C’est le complexe du prolo / Jamais il ne triche ou ne ment / Pas de frasque, pas de faux pas / Il cache émotion, sentiment / Ses Je t’aime ne sortent pas / Dans la retenue, la réserve / Dissimulant ses trémolos », y’a pas trahison de classe avec lui. Magnifique duo aux vers délicats sur Mon rêve avec Mathilde Ciszek, un rêve qu’on aimerai faire sien, que je vous recommande. Ça et d’autres titres encore dont ici un Joyeux Noël (malgré tout) doucereux, douloureux, là un hommage aux grains de sable, ou encore cette diatribe anti-guerre (Les Malgré-Nous) chantée avec grande douceur, tout dans ce bien bel opus devrait vous interpeller et en faire un de vos légitimes et indispensables favoris.
Éric Mie, Relâche, autoproduit (Claouns association) 2026. Le site d’Éric Mie, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.



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