André Drouet, dit DD le Malfrat, 1965-2020
DD le Malfrat (photo non créditée)
André Drouet vient d’accrocher sa vie au portemanteau. On l’a connu auteur, menuisier, compositeur, créateur d’entreprises, administrateur, maçon, jardinier, militant associatif ou producteur de disques. Les mots, il les plantait comme des semences. Onomatopées, jeux de mots, pieds de nez, vérités, la poésie de ce militant de la vie agitait les banderoles d’une prose sans concession. Toujours présent là où on ne l’attendait pas, son Association de Malfaiteurs lui valut un surnom qui a marqué les esprits : DD le Malfrat s’est fait la malle et le vide est déjà palpable.
Figure de la scène stéphanoise, André Drouet était l’homme des paradoxes. On l’aimait, on le détestait aussi. Exaspérant, éblouissant, un être d’exception en somme. Musicien aux impulsions vives, il se métamorphosait en poète raffiné lorsque le verbe l’étreignait. Rocker solitaire hantant les recoins de la ville, il avait aussi la générosité des vrais. Sa table était une fête autour de laquelle étaient conviés ses amis, ses amours. Un verre d’Alsace et il offrait avec pudeur le meilleur de l’humain, auquel on trinquera hasta la vista pour lui rester fidèle. Il signait de bises motslodiques, qu’on retrouve sur disque (« Le télécommunicophone misanthropiques », « Chansons hétérogènes »…), parfois confiés à la sérénité du papier imprimé (« Les fleurs du mal, jamais fanées, sont en plastic ! ») alors longs vers solitaires d’un rockeur né. Écorché vif toujours déambulant dans la cité, homme et artiste cohabitant non sans mal dans une impressionnante silhouette, même le pire des malfrats n’en saurait jouer le rôle avec justesse, en ce mélange de brutalité apparente mais de pure tendresse, de poésie. On le salue aujourd’hui avec tristesse, avec respect. Les rues et bars de Sainté ne seront plus jamais pareils.
Il n’existe pas de vidéos aux formats que wordpress peut accepter, mais on peut l’écouter en audio sur Easyzic et y lire une biographie détaillée.
Retrouvez sa profession de foi sur NosEnchanteurs en 2014 dont extrait : « En fait, je n’aime pas ce qui est facile, suranné, trop emprunté… J’aime la chanson ! La chanson parce qu’elle peut être blues, pop, rock, rap, celte, slave, orientale, slamée, française, à texte, de qualité, populaire, du monde… Parce qu’elle permet la poésie, le texte, l’histoire, le souvenir, la perspective… Parce qu’elle peut être populaire, sans être populiste, érotique sans être vulgaire ; politiquement incorrecte et bien mise sur elle, transcendantale et onirique, sans dogmes ni églises… »

La disparition de Dd Le Malfrat m’a cueilli, envahi d’une grande tristesse. Je le connaissais peu. Quelques échanges épistolaires, un concert partagé à Saint-Etienne. Assez pour entrevoir la carrure de l’homme, un mec chouette, doué pour les mots, truculent. Je tenais à m’associer à cet hommage et à témoigner à ses proches mes sincères condoléances. Ben.
Triste nouvelle pour un ancien ami, de longue date.
Thierry Bulle, Marco, et lui. Les Malfrats ne sont plus. Amitiés. T2.
J’ai connu et fréquenté Dédé en 1994 à Saint-Étienne, alors que nous partagions tous deux la même spécialité de formation prequalifiante organisée par l’ADDIM Loire : « Agent de développement culturel’, si je ne m’abuse (parcequ’il y avait aussi : Technicien du son et Musicien). On a tout de suite accroché, et il a été un peu comme un frère de substitution pour moi, qui avait perdu le mien un an plus âgé que Dédé, deux ans plus tôt. Il m’a beaucoup apporté sur le milieu rock stéphanois, mais pas que. Ila son contact, j’ai goûté la poésie Rick en langue de Molière, j’ai ou me voir ouvrir quelques portes, et surtout, il m’a appris le « terrorisme culturel ». Ah ah. Sacré Dédé. Je voulais justement reprendre contact avec lui à l’occasion de la parution de Rockaroanne, où il apparaît avec ses Malfaiteurs en photo lors d’un concert à l’hibiscus, et puis…en grattant sur le net pour trouver des infos précises sur le projet Furania, dans lequel, sauf erreur, aucun chapitre n’est consacré à son association, je tombe sur un hommage m’apprenant son décès. Quelle misère. Lui qui avait écrit et interprété une chanson intitulée : « Je pars ». C’est con.
Il est parti, et il va me manquer à moi aussi. So long, le malfrat !