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Burger King !

Rodolphe Burger (©? Ben Pi / Photographe)

Rodolphe Burger (©? Ben Pi / Photographe)

L’album s’intitule Environs et la pochette nous présente un extrait d’une ancienne carte topographique. Dixit le dossier de presse : il s’agit de la reproduction partielle d’une carte de la région de Colmar, offerte jadis à l’artiste – natif d’Alsace – par son ami et collaborateur Fred Poulet. Précision supplémentaire : le titre du disque peut également s’entendre comme l’impératif présent à la première personne du pluriel du verbe « envirer » (qui signifie, comme chacun sait, « tourner sur soi-même jusqu’à l’étourdissement »). On peut donc résumer le visuel comme une invitation à nous abandonner sans retenue, tout en restant ancrés dans ses racines. Le transcendant et le réel. L’ailleurs et le local. Beau programme s’il en est !

Le chanteur à la manœuvre, c’est Rodolphe Burger. Quoique sexagénaire et doté d’une carrière bien remplie – ce nouvel opus est son 8ème disque solo – , pas le plus populaire de nos troubadours. Mais à coup sûr un artiste-culte des plus révérés, que ce soit pour ses collaborations avec Bashung, Higelin ou Jeanne Balibar, ou pour son rôle de tête pensante au sein du groupe Kat Onoma. Une image de dandy intello au service d’une œuvre toujours en recherche et en expérimentation, flirtant parfois sans honte avec l’hermétisme et l’avant-gardisme.

rodolphe-burger-environsEt pourtant… Sans être de ces disques que l’on sifflote au sortir de sa douche, Environs se révèle des plus abordables. On recommandera certes de renoncer au cartésianisme face à certaines paroles (J’ai vu le haricot vert immature se manger cru dans un hammam enfoui / J’ai vu le jambon du cochon qui a mangé les glands dans la bibliothèque du Vatican), pour d’autant mieux apprécier la traversée musicale qui nous est offerte. Un disque de rock apaisé, dominé par les synthés et le parler-chanter de l’artiste, à la voix à la fois rugueuse et veloutée, tel un crooner qui fumerait trop. Un disque libre, qui mêle reprises éparses et inspirées (le soul Lost & lookin’ de Sam Cooke, le rêveur Fuzzy de Grant Lee Buffalo, le reggae enlevé Ba Boom Time des Jamaïcans et le teuton Mushroom de Can) à de surprenantes adaptations de lieder de Schubert. Un disque qui convoque les ombres de Bashung et appelle à la rescousse son disciple number one Bertrand Belin, venu collaborer sur trois morceaux. Un disque qui s’achève sur un crépusculaire La Chambre (titre-phare de Kat Onoma), interprété en duo avec Christophe.

Sans donner dans le primesautier, Rodolphe Burger s’offre même un agréable détour par la légèreté, avec Valse hésitation, au texte savoureusement souriant : Nous pourrions, je vous l’avais proposé, nous pourrions mais aussi bien nous pourrions ne pas, à moins que peut être vous vouliez... Il nous permet en outre de (re)découvrir la plume de Verlaine, dont le mystérieux poème Le piano que baise une main frêle – rebaptisé Parfumé d’Elle – semblait n’attendre que lui pour dévoiler à tous sa superbe musicalité.

Autant de chansons, autant d’émotion brute. Environs est un disque qui fait du bien, qui se savoure lentement, se redécouvre au fil des écoutes, aussi exigeant qu’évident. Avec cet album, Rodolphe Burger fait incontestablement un pas vers le grand public. La rencontre est passionnante.

 

Rodolphe Burger, Environs, Dernière Bande/PIAS, 2020. Le site de Rodolphe Burger, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

Bleu Bac Image de prévisualisation YouTube
Les danses anglaises, en confinement, avec Bertrand Belin Image de prévisualisation YouTube
La chambre, avec Christophe, au Trianon Image de prévisualisation YouTube

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