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Louise Osman : prendre la tangente

Louise O'sman à Mouhet (photo Didier Kovacs)

Louise O’sman à Mouhet (photo Didier Kovacs)

Atelier Sevin Doering, Marseille, 7 juin 2026,

 

Dévaler de la gare à la mer, Marseille entre les odeurs de pisse et d’épices, le soleil dans la face, les mains qui mendient, les poubelles généreuses, l’asphalte toujours en travaux et les murs qui hurlent leurs couleurs. C’est jour de tresses africaines sur la Canebière, c’est jour de papote sur les marches d’un consulat fermé, c’est jour de hiphop. Et le soleil nous fait cligner des yeux jusqu’aux larmes. Dans ce Marseille qui décape la gueule, il y a une parenthèse. Un raie de lumière à l’oblique, une tangente. «  Un instant immobile qui ne bat qu’au rythme de vos saisons intérieures ».

O'sman Louise La tangente des jours mai 2026 134x200C’est L’heure d’été bien sûr, de Louise O’sman. Retrouver cette heure d’été qui a fait un bout de chemin — nous l’avions découverte en 2024 au Petit-Duc — est une pause hors du temps. C’est tout l’art et la beauté de cet album, et peut-être bien même sa nécessité.

Le moment est inaugural : Louise O’sman vient nous lire des textes issus de son premier recueil de poèmes et chansons — La tangente des jours. « Cette idée n’est pas la mienne », précise-t-elle, mais peut-être devrait-elle la faire sienne. Ce qu’elle nous lit est musical, le phrasé de la chanson teinte ses vers. C’est, dans l’écrit aussi, chercher ce « quelque chose qui nous traverse »…

Louise O'sman 2026 Marseille ©agnès André

Louise O’sman à Marseille photo ©agnès André

Ce quelque chose qui nous traverse : les résonances de désert de Jérémie Schacre (à la guitare électrique) apaisent les vieilles chaises que l’on entend encore grincer ; doucement elles se taisent, et des grappes de rebondis à la caisse claire tombent sur nous. C’est toujours le même envoûtement. Et c’est ainsi que sous les vieilles poutres (des mâts) de l’ancien arsenal, « le temps s’est suspendu » (L’heure des lys) : les mains se posent sur un bras, une tête s’appuie sur une épaule, le chat de la maison s’étire et s’assoupit. Se laisser porter. Par le son, par les paroles retrouvées aussi — « mes souvenirs nageaient tranquilles / flottant entre deux îles » (L’ombrelle) —, et par les inflexions de sa voix, toujours curieuses, cette manière de précipiter les syllabes.

Les chansons prennent en quartet (c’est sa formation « marseillaise ») une couleur légèrement différente, un rythme soutenu aux cavalcades de la batterie (Cédrick Beck) et à la pulsation de la basse (Thomas Laffont). L’accordéon s’invite à mi-chemin, se déploie, s’improvise, est si beau sur Mon cœur bleu.

Dans la salle, quelqu’un fredonne les paroles. « C’est beau ce que vous faites ! », s’exclame un autre à la fin. Douceur et humour de Louise O’sman répondent au public. En voilà de belles retrouvailles, une précieuse parenthèse.

AGNÈS ANDRÉ.

 

Mouhet 2026. Louise O’sman, version solo

Festiv’en Marche, Mouhet (Indre), 24 mai 2026,

A Mouhet (photo Jean-Marc Suran)

A Mouhet (photo Jean-Marc Suran)

Autre lieu, une grange aménagée en plein milieu de la campagne, loin de tout. Et un public captif qui vient parfois de loin. C’est le jour et le créneau horaire « découverte ». L’an passé ce fut Matildy, c’est aujourd’hui Louise O’Sman. Encore le haut du panier. Louise est seule, d’abord au banjolélé. Confusion des saisons ; « Ça devait être l’hiver / Ou l’été selon / Ce qu’il y avait sous la terre / De ses saisons… ». Flux rapide, trop peut-être, bercé d’un bel accent qui sait faire danser les vers, leur offrant moult fioritures, belles arabesques. Des titres extraits indifféremment de ses deux albums, qui tous vous enivrent de pure poésie. Oui les mots défilent vite, paysages, végétation, impressions, sentiments… ça tourneboule parfois. On ne saisit peut-être pas tout mais se fixent en nous des images, belles. Et des émotions qui ne s’effacent pas. « Au milieu des chênes lourds / Dans la forêt qui t’appelle / Tes feuilles parlent d’autres jours / Frêle, frêne… » Nous sommes un peu hors du temps, parenthèse enchantée d’un dimanche d’exception. Louise O’sman est comme une fée qui va d’un paysage l’autre, passe par l’enfance, caresse son accordéon, flotte entre deux îles : « Elle collectait dans ses sourires / Le tintement en carillon / De nos éclats, de nos bourgeons ». Que du beau, vous dis-je, dans lequel on se love, on se sent bien. Et, puis, autre lieu, on se retrouve Sur la place, chauffée au soleil, avec cette fille qui se met à danser : me croirez-vous si je vous dis que, par elle, cette chanson de Brel était plus belle encore que chantée par Grand Jacques lui-même, plus puissante, d’une focale plus grande encore. Vraiment, Louise O’sman est grande dame, superbe chanteuse.

MICHEL KEMPER.

 

Le site de Louise O’sman et ses dates de concert, c’est ici Ce que Nos Enchanteurs a déjà dit de Louise O’sman, c’est là
Louise O’sman sera également à Avignon au Festival Off avec le Collectif Des sorcières comme les autres (avec Yoanna, Garance, Nawel Dombrowsky et Lily Luca) dans le répertoire d’Anne Sylvestre du 4 au 14 juillet 2026 à l’Arrache-Cœur

« L’heure des lys » (avec Hakim Hamadouche), 2024 Image de prévisualisation YouTube
« L’ombrelle » clip 2025 Image de prévisualisation YouTube

 

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