Romain Didier, émotions garanties !
Romain Didier (photo Ghislain Debailleul)
Amis lecteurs ne vous attendez pas à un article sur La buée des miroirs, le nouvel album de Romain Didier. Pour ce faire, il vous faut lire l’article de mon confrère Michel Kemper (ci-dessous). Non, c’est à un véritable coup de cœur que je vous convie. L’attente fut longue car l’opus précédent Souviens-moi remonte à 2021. Un peu fébrile, le palpitant déjà s’accélère un peu et la nouvelle galette est placée dans le tiroir du lecteur de disques compacts.
Dès les premières notes, reconnaissable entre tous, le piano de ce diable d’autodidacte nous prend par le cœur et ne nous lâchera plus jusqu’à la toute dernière note du dernier titre. Très vite, la voix intacte et captée de belle manière (merci les studios Ferber) fait encore grimper le rythme du palpitant. La chanson d’entame est la seule écrite et composée par l’artiste. Gil Chovet a écrit dix titres et Isabelle Mayereau est l’autrice d’Apocalypse en Calypso.
L’oreille est flattée. Chaque chanson bénéficie d’une atmosphère différente où le talent d’orchestrateur de Romain Didier saute aux oreilles, amplifié par les quatre complices musiciens (Thierry Garcia, Christophe Devillers, David Venitucci, Philippe Istria) et les subtiles ponctuations vocales de Catherine Petit.
Des parfums d’antan vous chatouillent les narines à l’écoute de Brocante. Une larme coule le long de la joue en écoutant Sans toi. Quand s’élève la voix caressante et bluesy d’Isabelle Mayereau, les poils s’hérissent sur les avant-bras, la chair de poule vous gagne. Chaque nouveau morceau déclenche une nouvelle émotion. Impossible de réprimer le sourire qui monte aux lèvres, sans parler des fourmis dans les guiboles, à l’écoute de Laisser une trace. La tocante cardiaque tente vainement de garder le contrôle de son rythme et en oublie le temps qui passe trop rapidement. Tout comme sont passés trop vite les moments consacrés à l’interview que nous a accordée Romain Didier lors de son récent passage en Belgique (c’est ici).
Et soudain, pour clore l’album, monte Comme un chant grégorien. On retient son souffle, la bouche s’assèche, les paupières se plissent pour tamiser la lumière, les narines frémissent, la main caresse distraitement le chat qui passait à portée de main et l’oreille se dresse. Le titre tend vers l’épure et le silence s’installe. Ce silence qui prolonge l’écoute, c’est encore du Romain Didier. Doucement le rythme cardiaque revient à son tempo de croisière mais le coup au cœur lui demeure …
Bref, vous l’avez compris, Amis lecteurs, vous n’aurez pas trop de vos cinq sens pour savourez le nouvel album de Romain Didier. Ne vous étonnez pas si votre tocante s’emballe un peu pendant l’écoute, cela vient de m’arriver !
GHISLAIN DEBAILLEUL.
Le site officiel de Romain Didier, c’est ici. Ce que NosEnchanteurs a déjà écrit sur Romain Didier, c’est ici ; et sur Gil Chovet, c’est là.
Romain Didier et Gil Chovet…
[...] Éloge de la lenteur, oui et non. Car depuis toujours Didier a plusieurs fers au feu. On l’a vu par ici qu’on le verra par là, toujours au chevet de projets plus passionnants les uns que les autres : opéras ou cantates, contes musicaux, projets symphoniques, hommages, participations diverses, arrangements, orchestrations… Comme récemment au service d’une chanteuse suédoise. Car, de partout, la signature de Romain Didier est appréciée, gage d’un travail de grand raffinement. Qui rédigera sa biographie devra se frayer un audacieux chemin dans une œuvre plurielle, dense, pas toujours portée à la connaissance du grand public : Romain Didier est un artiste discret, loin de tout tapage, loin donc des trompettes de la renommée.
Voici cependant qu’il vient de prendre le temps d’enregistrer un nouvel opus. Surprise, si ce n’est musiques et orchestrations, cet album n’est pas complètement de lui. Après Patrice Mithois, son complice des débuts, après Allain Leprest (plus de cinquante chansons, toutes de référence), après Pascal Mathieu (tout l’album Chapitre 9), Romain nous révèle un parolier bien plus discret que lui et c’est peu dire. Un dont le nom et les faits d’armes sont inconnus au bataillon, un qui n’était simplement pas calé sur les mêmes réseaux que les nôtres : alors que tout chanteur qui se respecte ne se produit qu’en soirée, lui ne chantait que l’après-midi, devant un jeune public, souvent scolaire. Lui, c’est Gil Chovet, jadis Coup de cœur de l’Académie du disque Charles-Cros et Cœur Chorus, dont l’épicentre de son art est la région stéphanoise et dont les plus fins connaisseurs et prescripteurs sont tous pédagogues. Chovet est tout aussi modeste que Didier, plus même. Seuls ses proches connaissaient jusqu’à il y a peu quelques titres échappant au répertoire enfantin, qu’il consentit récemment à graver, en deux CD au tirage fort discret, dont l’un nourri du parlé stéphanois, le fameux gaga : ça fera autant de collectors.
La rencontre entre Romain Didier et Gil Chovet se fit il y a plus de dix ans au chevet d’un de ces projets pédagogiques – une comédie musicale – à Montbrison, avec les jeunes chanteurs de la Maîtrise de la Loire. Pour ce projet, il fallait un parolier à Romain et nombre d’amis communs lui recommandèrent ce fort discret Gil Chovet. Le plaisir fut tel que Romain et Gil retravaillèrent ensemble, souvent, en d’autres contes, autres opéras. En Moselle, en Lorraine, au Havre, à Saint-Nazaire, dans la Loire encore. Autant d’œuvres dont il ne subsiste aucune trace enregistrée (nos deux complices ont pourtant écrit « cent et quelques » chansons ensemble !) Peut-être un jour… Si, une seule, et c’est dans ce présent album, parmi les dix chansons de Gil Chovet : Comme un chant grégorien, tirée d’un de ces contes musicaux, Mademoiselle Moselle, créée en 2023 à Metz.
Ce n’est donc pas fortuitement que Romain a demandé à Gil s’il voulait écrire pour lui…
Pour différentes qu’elles soient, les écritures respectives de Romain et de Gil s’unissent dans l’évidence, l’extrême simplicité, leur pouvoir d’évocation et une tendre mélancolie qui irrigue tant paroles que musiques.
MICHEL KEMPER (extraits du prière d’insérer du disque).
Hélas pas de vidéos correspondant à ce nouvel album. Par défaut, voici deux vidéos extraites de l’émission “Soirée spéciale : France Musique sur son 21” enregistrée, sans public, le 13 janvier 2021 au Studio 104 de la Maison de la Radio :



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