Mouhet 2026 : les rêves à demi de Gabriel Yacoub et de Balmino
Stéphane Balmino et Christophe Devillers (photo Didier Kovacs)
22 mai 2026, Festiv’en Marche, Grange Fernand-Maillaud à Mouhet (Indre),
« Avant que de partir pour ce dernier voyage / Plutôt que de compter tous les ans de mon âge / Je voudrais partager avec qui le veut bien / Ce frêle instant de gloire de frayeur et de doute… » Bizarrement, Yacoub, tout berrichon qu’il fut, ne s’était jamais aventuré du côté de Mouhet. C’est chose faite : il faisait, pcc Balmino, l’ouverture de Festiv’en Marche…
Une soirée qui fait débat suscite plus encore l’intérêt. Mais ne nous attardons pas sur des peccadilles par essence perfectibles. Et surtout pas sur ces « dans les chansons, ça se répète tout le temps » entendus à la sortie : évidemment il faut connaître Yacoub et cette chanson traditionnelle qu’il pratiqua jadis et dont son œuvre majeure s’est pour partie nourrie. Je dis « majeure » car Gabriel Yacoub fut et je crois restera le plus grand folk-singer francophone. Et je dis que l’hommage de Stéphane Balmino et de son compère et complice Christophe Devillers est un bien bel hommage, plus même, sincère et émouvant. D’autant que je ne m’étais jamais rendu compte à tel point le timbre du Lyonnais était si proche de celui du Berrichon. Est-ce la pratique assidue des chansons du fondateur de Malicorne, est-ce fusion, est-ce osmose, transmission de gènes, mais surtout pas imitation, toujours est-il qu’il y a de quoi être plus encore ému, confondu, béat. Fermez les yeux, écoutez : c’est lui, c’est Yacoub. « Avant que de partir » il est toujours là. Et Balmino de chanter « J’ai grandi trop vite / J’ai eu peur tout de suite / Mais avec vous je crois / Que je tiendrai debout ». Yacoub est debout, lui et ses chansons désormais orphelines mais pas tout à fait.
Au vu de ce récital, les fans de Yacoub (j’en suis, et plus que de tout autre artiste) seront forcément frustrés, déçus : il en manque et de beaucoup. Mais l’essence de Gabriel est là : je vous le jure, il revit sur scène en nous « laissant avec nos rêves à demi ». Ces dieux-là, Je pense à toi, Pluie d’elle, Bon an mal an, Je resterai ici, L’Eau le feu et toi, bien sûr Les Choses les plus simples qui fut repris par Joan Baez en duo avec Maxime Le Forestier, Désir (ah, ce « tu ne pourras mesurer ton désir / que par le temps qui passe / entre les fois où tu bois à cette source-là… »), Ma délire, Babel, Je vois venir… Même le Jour de lessive de Gaston Couté qu’à son tour musiqua Yacoub… Délicieux récital vraiment qui, j’espère, tournera afin que l’œuvre de Yacoub continue à séduire, à flatter d’autres oreilles. Avec ou sans Balmino, mais dieu de l’ex leader de Khaban sait bien chanter l’ex fondateur de Malicorne.
Bravo aussi à Devillers qui, tout excellent musicien qu’il est (on l’a vu l’an passé ici même accompagner Juliette, et l’année d’avant être un des trois du Trio Nougaro) n’est lui pas particulièrement chanteur mais donnait un contre ton, contre chant pertinent, en surcroît de ses guitare, contrebasse et trombone.
Une fois ce concert passé, ressortez vos vinyles de Malicorne, vos CD de Yacoub, et célébrez avec lui la Beauté (tiens, un de ces superbes titres qui, là, fut oublié…). Chantez avec lui : « Un jour la pluie viendra / J’attendrai cette pluie […] Une pluie d’elle / Une pluie femelle / Je l’aimerai par cœur le longe de la colline pour longtemps… ». Lui est parti ; son œuvre, immense, reste : « Tant pis que l’exil / C’est moi qui l’ai choisi / Tant pis que l’exil / Étranger où que j’aille ».
Le site de Balmino, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.
La site de Gabriel Yacoub, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a écrit sur lui, c’est là.
Balmino/Devillers « Rêve à-demi » : 
Gabriel Yacoub « Les Choses les plus simples » : 
Gabriel Yacoub « Pluie d’elle » : 

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