Herbert Pagani « Messieurs les présidents »
(…) Pour les petits ruisseaux couverts de mousse blanche
Pour les petits poissons qui naissent déjà cuits
Pour les forêts que nos journaux débitent en tranches
Pour le petit oiseau qui cherche en vain son nid
Et pour nos téléphones, toujours trois sur la ligne
Nous deux et puis un flic avec ses écouteurs
Et notre vie privée qui est mise à la consigne
Dans les boyaux d’acier de vos ordinateurs
Et pour ces croix gammées surgies des années trente
Qu’on voit sur nos affiches, aux kiosques et aux stations (…)
Nous vous disons : Bravo, Messieurs les Présidents (…)
Herbert Pagani (25 avril 1944 – 16 août 1988).
Paroles et Musique Herbert Pagani. Extrait de l’album « Peintures » 1975
La chanson est d’abord parue en 45 tours en face B de l’Amitié, avant de figurer dans cet album où l’on trouve également la satire acerbe du Show Bizness avec les engagements de Pagani, qu’on rencontre aussi aux détours de Berger d’artiste ou de Belle France endormie « Travailleurs de l’acier / Travailleurs de la terre / Vous mes frères immigrés / Vous les filles aux yeux clairs / Le beau jour où vos rues / Se mettront à chanter / Je jetterai mes micros / Je lâcherai ce métier / Belle France endormie Tu t’éveilles soudain / Tes banlieues s’incendient / De Nanterre à Saint-Ouen ». La chanson figure en concert à Bobino en 1976 (le dernier album d’Herbert Pagani) puis dans la compilation La cassette d’Or en 1977).
J’ai eu la chance d’écouter/voir Pagani dans les années 70 dans une patinoire (synthétique) lors d’un stage à Paris, assise par terre sur des coussins… Pas très consciente du fond de ses combats, séduite plutôt par la tendresse et la poésie de Chez nous, Sérénade ou L’amitié…
Quand on écoute Messieurs les Présidents, ou tout Mégalopolis, et d’autres chansons d’artistes de l’époque, on se rend compte de l’inquiétude de certains sur l’avenir du monde il y a déjà plus de 50 ans, et même bien avant. « Tout fout l’camp » date de 1937, et on pourrait remonter plus loin…

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