François Béranger « Le monument aux oiseaux »
(…) Je m’assieds dans le terrain vague
Là où la lune fait pousser des forêts
Peut-être en y croyant encore
Vais-je m’envoler très loin de mon corps
Jusqu’au monument aux oiseaux
Suspendu entre deux eaux dans le ciel
François Béranger
Paroles et Musique François Béranger. Extrait de l’album « Ça doit être bien », 1971
Je viens d’apprendre avec grande tristesse le décès de Denis Reynaud (1960-2026), un de mes premiers amis facebook, depuis au moins 2014, un spécialiste de la chanson française.
Si vous allez sur son profil, vous trouverez depuis octobre 2023 (son compte ayant été recréé à cette date, suite à ces incidents inexplicables des algorithmes facebookiens, à moins que ce ne fût à cause d’un piratage), la fine fleur de la chanson française et francophone : chanson poétique, chanson des cabarets Rive-Gauche, chanson folk et tout particulièrement bretonne, chanson rock, chanson libertaire… Des chanteurs morts, et des vivants, citons sans vouloir être exhaustifs, et en soulignant des chansons qui nous rendent encore plus tristes, car elles célèbrent principalement l’amitié, et la fin de vie :
Vasca « (déjà de la rive) La barque s’éloigne », Bernard Dimey, Allain Leprest, Henri Tachan « Les amis », « si les amis ça n’existe pas, les appelons pas, les voilà », Pierre Vassiliu, Jacques Higelin, Jean Guidoni, Jean-Michel Piton, Gilbert Laffaille, Jacques Bertin, Bernard Joyet, Pierre Paul Danzin « Aujourd’hui c’est demain », Jérémie Bossone, Natasha Bezriche, les québécois Jean-Pierre Ferland, Robert Charlebois, Richard Desjardins, Gilles Vigneault, le suisse Michel Bühler, les bretons Claude Besson, Michel Tonnerre, Gilles Servat, Louis Capart, et un peu plus loin Michel Boutet. Les anars et les libertaires Brassens, Léo Ferré, Claude Nougaro, Maurice Fanon, Pierre Haralembon, Yvan Dautin, JoanPau Verdier, Serge Utgé-Royo, Michèle Bernard, Marc Ogeret, Caussimon, Louis Arti, Pierre Louki, Jean Arnulf, Pascal Mathieu, Alain Aurenche ; les pop-rock à texte, Maurice Dulac, Patrick Abrial, Jean-Marie Vivier, Pierre Tisserand, Bernard Lavilliers, Patrick Font, Hubert Félix Thiéfaine… C’est une véritable anthologie de la chanson signifiante.
Mais sans aucun doute celui qui revient le plus souvent, tant pour ses mots que pour ses engagements, c’est bien François Béranger, et ceux qui le font vivre encore et encore, Eric Frasiak, Sanseverino… Lui à qui il écrivait :
« Tu as eu ce temps, oui, heureusement pour nous, mais pas énormément non plus, pas assez en tout cas : après tout, tu es mort à 66 ans seulement. Je trouve, nous trouvons tous, que ce n’est pas un âge pour mourir ! Oui, je sais, je sais, « nous ne t’oublions pas », « nous ne t’oublierons jamais », « tu restes dans nos cœurs », tout ça, tout ça. Mais, quand même, c’était encore mieux quand tu étais présent physiquement parmi nous pour gueuler aux auteurs de nos misères qu’ils n’auraient pas notre fleur ! »
Et voilà qu’à ton tour tu nous quittes au même âge, après bien des souffrances pendant ces dernières années. Toi qui savais si bien rendre hommage à tes amis disparus, voilà que nous sommes nous aussi à te chanter Adieu pour un artiste de Raoul de Godewarsvelde. Voilà que nous reprenons les messages de vie de Béranger que tu nous partageais, « Les jours sont courts, les nuits sont brèves / Brûlons la vie par les deux bouts / Craignons de nous réveiller morts / Sans avoir assez joui de tout » (1974) ou « Je voudrais, quoi qu’il arrive / Profiter du temps / Du temps qu’il me reste à vivre / Tant de temps, si peu de temps / Le temps qui tisse sa trame / Le temps qui file sa chaîne / Le temps qui est si pesant / Le temps qui n’existe pas » (2002). « Au fond de nous, l’été / Au fond de nous, soleil / Au fond de nous, merveilles / On se fout de la fin des saisons » (Fin de l’été, 1997). Nous aussi, hâtons nous de vivre. « Vivons », c’est ce qu’il m’avait écrit en janvier.
Denis Reynaud a lui même chanté au début des années 2000 les auteurs qu’il aimait, à la guitare et avec sa belle voix grave, dans les bistrots de la Contrescarpe, souvent avec Jacques Sammy. Suite à son décès, il a lui-même cessé de chanter, reprenant parfois ponctuellement sa guitare avec Maurice Dulac ou Ivan Perey comme en 2016. Il a aussi écrit des chroniques chanson sur Je chante, ou été correcteur : son expression et son orthographe étaient d’une haute qualité littéraire. Mais c’est sur les réseaux comme facebook qu’il donnait le ton, avec une intransigeance qui n’avait d’égale que sa fidélité à ses amis, même quand l’amitié fluctuait, elle était le plus souvent suivie d’une réconciliation. En 2023 il a eu la joie d’être présent à l’émission consacrée à François Béranger pour les vingt ans de son décès sur France Culture, aux côtés des enfants de l’artiste Emmanuelle et Stéphane, du guitariste Jean-Pierre Alarcen, et d’Eric Frasiak et Sanseverino, et de voir nommée à Paris une (petite) place François Béranger.
Pensées pour ceux et celles qui l’appréciaient et qui l’aimaient, et reprenons en son honneur cette chanson de Jean-Pierre Ferland qu’il affectionnait et qu’il nous avait offerte, À la santé de ceux qui restent.

De sa famille : Denis sera incinéré à Clamart (92) le jeudi 1er octobre de 14h à 14h30, dans le même lieu où avec Denis nous avons dû dire adieu à notre Maman il y a moins de 10 ans.