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Georges Brassens « Les quatre bacheliers »

Brassens 1966 Supplique pour être enterré suer la plage de SèteNous étions quatre bacheliers, sans vergogne
La vraie crème des écoliers, des écoliers
Pour offrir aux filles des fleurs, sans vergogne
Nous nous fîmes un peu voleurs, un peu voleurs
Les sycophantes du pays, sans vergogne
Aux gendarmes nous ont trahis, nous ont trahis
Et l’on vit quatre bacheliers, sans vergogne
Qu’on emmène les mains liées, les mains liées
On fit venir à la prison, sans vergogne
Les parents des mauvais garçons, mauvais garçons
Les trois premiers pères, les trois, sans vergogne
En perdirent tout leur sang-froid, tout leur sang-froid

Georges Brassens

Paroles et Musique Georges Brassens. Extrait de l’album « IX » (Supplique pour être enterré à la plage de Sète), 1966

Brassens est ici sur le plateau de Télé Dimanche, sur la 1ere chaîne de l’ORTF,  le 23 octobre 1966 au lendemain de ses 45 ans.

Il y a 45 ans, le 29 octobre 1981, disparaissait prématurément Georges Brassens, à tout juste 60 ans. Laissant ses admirateurs orphelins et sous le choc. Son influence n’a cessé de s’étendre depuis, Georges Brassens est sans doute le chanteur français le plus repris et dans toutes les langues, et certains le considèrent comme un maître à penser même s’il a toujours défendu son indépendance. 

Cette chanson qui n’est pas la plus connue de Brassens fait allusion à un passé peu glorieux, lorsque jeune homme, encore presque adolescent, il déroba quelques bijoux à sa sœur tandis que ses copains faisaient de même dans leur entourage. Le tout pour se faire de l’argent de poche « Pour offrir aux filles des fleurs »… et sans doute mieux les séduire. Vite appréhendé par la police et condamné à une peine de prison avec sursis comme ses condisciples, il quittera Sète où il jouit désormais d’une mauvaise réputation pour se rendre à Paris, d’abord hébergé chez sa tante maternelle Antoinette. Mais ceci est une autre histoire…

Plus que de raconter des erreurs de jeunesse, l’intérêt de la chanson est le fait qu’il remercie son père de ne pas l’avoir abandonné dans cette situation difficile, quand les autres parents reniaient leurs fils. « Dans le silence on l’entendit, sans vergogne / Qui lui disait « bonjour petit, bonjour petit ». C’est sans doute la confiance de son père, sa reconnaissance qui lui a permis de ne pas devenir pour de bon un voyou. 

En ces périodes de répression massive sur des jeunes de l’âge qu’avait Brassens à l’époque, quand bien même ils n’auraient pas eux-mêmes commis d’acte répréhensible, on peut se demander si les solutions de violence et de peines de prison sont à même de régler le malaise de la jeunesse (et des moins jeunes) et la délinquance qui peut l’accompagner. On pense au personnage de Jean Valjean dans les Misérables de Victor Hugo et à la confiance que lui accorde Monseigneur Bienvenu. Un pour qui la charité chrétienne n’est pas un vain mot, contrairement à certaines dérives. C’est aussi le sens des derniers mots de la chanson de Brassens « Mais je sais qu’un enfant perdu, sans vergogne / A de la corde de pendu, de pendu / A de la chance quand il a, sans vergogne / Un père de ce tonneau-là ».

C’est cette chanson qui a donné son nom au duo musical de Martin Béziers (Mabz) et Rémy Jouffroy, Sans Vergogne, dans leurs reprises bluesy-jazzy du répertoire de Brassens. 

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