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Iraka et Dizzylez : l’essence des mots

Iraka sur la scène du Petit Duc (photos Catherine Laugier)

Iraka sur la scène du Petit Duc (photos Catherine Laugier)

Co-plateau Le Petit Duc, Aix en Provence, 7 mai 2016,

 

Ouvre la scène Iraka, le slameur marseillais, allure d’un James Dean des années 50 avec sa jeunesse un peu insolente, sa longue silhouette, blouson de toile blanc, les cheveux ondulés coiffés en arrière, et cette espèce de décontraction impliquée, voix précise articulant ses révoltes sans effet excessif. Arnaud Vecrin sous sa casquette, assis avec sa guitare électrique donne en toute discrétion l’ambiance sonore, jouant du sampler du bout des pieds, Iraka du bout des doigts…
Il sait communiquer son ressenti du quotidien, des wagons de seconde où les semelles sont à rallonge, des souvenirs d’enfance sur la musique de Petite Fleur de Sydney Bechett, aux saisons qui passent, où mars bourgeonnait sur les toits, et jusqu’aux cinquante nuances de Gris qui plombent nos vies « Le gris c’est un halo, un très long dimanche de novembre (…) un va t’faire foutre qu’on dit joliment…[c’est]attendre un plus et se rendre compte qu’il passera pas…et pédaler, pédaler ».
Ou traduire le Sud, enfonçant et défonçant tour à tour les poncifs, « c’est “moi, je”… les ch’veux ils sont gras mais ils brillent (…) au sud on suit le score », avant de sombrer dans la poésie en une paronomase très rap : « c’est mon or le sud c’est ton nord (…) un sourire ça s’honore / on a un sourire sonore ».
C’est aussi comme en voix off, un étonnant documentaire sur le haschich, confiture verte écœurante qui ne peut être réalisée avec du chanvre français, allant jusqu’à décrire tous ses effets, « Vous croyez être dans votre pipe, mais c’est vous qui vous exhalez sous la forme d’un nuage bleuâtre », débouchant sur une critique de notre monde  où « Les humains ne sont plus que des échéances ».

L’espoir reste dans ce morceau qui décoiffe, « Just take the place / Just fuck the rain / Just celebrate the rainbow… »

Dizzylez

Dizzylez

(Mathieu) Dizzylez, dont le nom de scène évoque les racines paternelles anglaises, n’a pas abandonné ses ascendances sétoises. C’est sous la casquette un éternel sourire, un appétit de transmettre (l’après-midi il était avec les enfants de l’école Jean Jaurès de Velaux, en partenariat avec La fabrique à Chansons de la Sacem), des mains douces expressives sans cesse en mouvement. Dans Mon élément, sa signature textuelle, il fait « bouger les gens, pousser des ponts, et bouger les genres ». En faisant couler ses mots, il sent pousser ses jambes ! Et on le croit volontiers, sur cette merveilleuse musique de Ravel, Jeux d’eau, jouée au piano par Vincent Truel.
Vincent, alias Skub dans un autre monde sonore, celui des DJ, est professeur de piano, compose les musiques pour leur duo, adapte aussi les classiques, comme le Passepied de la suite bergamasque de Debussy, où l’on danse à cloche-pied dans un pays penché, où l’on entend pousser les fleurs… dans ce monde où les sœurs et les frères d’Alice s’empresseront de suivre le duo au pays merveilleux où les mots font la fête, où l’on s’embrasse et s’enlace sous des arbres à lettres, en parfaite osmose avec cette musique impressionniste.  
Ou le 13e nocturne de Chopin où, se glissant  dans la peau d’une femme, Mathieu réclame la tendresse et la délicatesse, qu’on la traite comme une fleur, pour pouvoir s’abandonner les yeux bandés, s’envoyer au ciel. Le solo passionné et tourmenté de Vincent prélude à un questionnement jaloux et violent d’affres et de doute qui se calme soudain… piano !
Est-ce parce qu’il a gardé son âme d’enfant que Mathieu nous fait si facilement retrouver la nôtre, ou comprend si bien les transformations de sa fille adolescente ? Qu’il mêle si habilement les mots, les bruits et les onomatopées, l’humour et l’émotion ?
Les engagements ne sont pas absents, comme ce Libre qui fustige notre fausse liberté d’acheter ou de vendre des biens qu’on ne possède pas, ou cette ode à Géronimo, retour à la sagesse du fils de l’eau et de l’orage, fresque tournant en dérision l’hymne américain partant en dissonance…
Offrant cet Aux Anges éponyme de son dernier album à tous les êtres de bonne volonté, véritable hymne à la vie,  Dizzylez distille l’émotion dans Cruciverbiste dédié aux disparus, et n’aura pas de peine à nous faire répéter en chœur : « Le slam… C’est faire sonner les mots, leur donner sens, leur donner vie ».


Le site de Dizzylez, c’est ici ; la page facebook d’Iraka, c’est là.

Iraka, Le gris Image de prévisualisation YouTube

Dizzylez, Mon élément Image de prévisualisation YouTube

Une réponse à Iraka et Dizzylez : l’essence des mots

  1. Catherine Laugier 5 juin 2016 à 20 h 47 min

    Dizzylez ,
    Le slam : https://www.youtube.com/watch?v=YSu15yLCmO4
    Libre : https://www.youtube.com/watch?v=-6qg3dh5_Kw
    Iraka,
    Le sud: https://www.youtube.com/watch?v=GsNhxwWPQhw

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