Blanzat 2016. Pinard : l’ivresse d’une insolite et passionnante chanson | NosEnchanteurs

Blanzat 2016. Pinard : l’ivresse d’une insolite et passionnante chanson

Pinard : à écouter sans modération (photos Serge Féchet)

Pinard : à écouter sans modération (photos Serge Féchet)

Décidément Vannaire est œnologue de la chanson. La veille il nous proposait Bacchus ; là, c’est Pinard. Du qui ferait tâche dans une sage programmation. Celle de Blanzat ne l’est pas, indomptée qu’elle est, qui explore avec ivresse tous les recoins de la chanson, toutes ses fragrances, tous ses crus. L’eussiez-vous cru, vous, qu’un tel énergumène puisse exister, qu’un Pinard puisse à ce point tout chavirer, tout bousculer, vos certitudes en premier ? A l’écoute de ses disques, on se doutait bien, mais. Dans une programmation d’une extrême qualité (ce millésime est d’importance) Pinard est cependant le choc, la révélation.

Il y a deux Pinard. Celui qui fait dans l’ivresse mélancolique d’un amour triste. Là, l’amour est mal, l’amour est mort ou peu s’en faut. Il est en berne, la queue basse, « de l’amour mal branlé », fardé de tous les maux et d’autres mots râpeux comme sa voix, son verbe. Un amour fait en trompe l’œil, en douleurs aussi. « Qu’as-tu été capable de faire par amour ? » lance-il en arrivant sur scène. Pinard remue la boue des sentiments, élabore des explications, des stratégies, fouille en lui les failles, fussent-elle spatio-temporelles, les fuites de l’amour. Ce sont thèse (je t’aime) et antithèse (casse-toi) qui par lui s’opposent et s’additionnent, dans la crudité des mots, leur honnêteté aussi : sa colère il la retourne contre lui. C’est bouleversant d’humanité, d’autant que l’artiste, inconnu de nos radars, fait montre d’une humilité, d’une simplicité sans pareils.

FEC_0740L’autre Pinard, ce rocker ce soir paré d’une simple et seule guitare qui a dû connaître toutes les guerres et l’amour aussi, est cet olibrius, ce fou, ce dingue, ce clown sans renfort d’un vain et rouge nez, adepte d’un humour rare et ravageur. Un humour fait de distance et d’observation, regards insolites sur la vie où, à la manière d’un crobard, bonnes chansons valent mieux que long discours. Ainsi son succès, inconnu ici mais tube en terre lyonnaise, sur le Centre-ville (« Ils ont r’peint les poteaux… ») où ce désopilant et réaliste bulletin de notes du troisième trimestre, tant il est vrai que Pinard est par ailleurs enseignant.

Erwan Pinard est une insolite subdivision de la chanson. On trouvera en lui, en son art, toute son historique : des borborygmes à la Lantoine, de possibles morceaux de Bashung, un cœur de rockeur, le respect de la sémantique, des mots pas lustrés avant assemblage et la mémoire vive de l’amour d’un disque dur contrarié. C’est une chanson indomptable, comme un cheval fou dans un étal de porcelaines : ça gueule, ça crie, ça pleure, ça se fait douceur, ça se fait bonheur malgré tout.

Pinard est parmi ce qu’il se fait de meilleur en ce moment, une sacrée bonne nouvelle pour la chanson.

 

La page facebook d’Erwan Pinard, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.

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