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Eric le noir, autre ardéchois de la chanson

Lui, c’est Eric, Eric Guérin. Eric le noir cause à ses idées et colères qui le sont parfois : « Le noir me va si bien jusque dans le regard… » C’est un flibustier de la chanson, à la marge de la marge, un dont le nom n’émarge pas dans les programmations festivalières, ni dans beaucoup de festivals… Raison de plus pour s’intéresser à cet ardéchois.

L’histoire est classique. Un beau jour, en 66, on lui offre un disque de Brassens : c’est ainsi que Guérin entre en chanson, dans cette poésie scandée à la guitare. D’autres artistes s’agrègent à cette passion naissante, les Brel, Ferrat et Ferré, Tachan et Moustaki, Allwright et autres encore. Dès 75, Eric met en musique nombre de poètes classiques et contemporains : du Carco et du Desnos, de l’Apollinaire et du Cadou, du Queneau. Des inédits de Francis Blanche, d’Henri Gougaud aussi, avec cette volonté de les porter à des oreilles qui ne les connaissent pas encore : Eric tâte ainsi de la scène, un peu. Mais la vie professionnelle s’accorde mal à la chanson, ne lui laisse pas d’espace et c’est une trentaine d’année plus tard que, désormais sans contraintes, Eric retrouve sa passion et s’y consacre pleinement. Sort en 2007 un premier cédé, « Entre terre et mer » : pas de triche sur l’étiquette, l’inspiration était bien ainsi, même si les paroles venaient de quatre plumes, mouettes sans doute, quatre encriers différents que nous ne connaissions pas.

Autre collaborateur aujourd’hui pour ce second opus A fleur de peau : quelques fameuses gouttes échappées d’une très libre plume, celle d’une Mireille Fayollet, elle aussi inconnue de notre environnement chanson. Et c’est dommage.

Même « débutant », Eric le noir n’a pas beaucoup à apprendre de la chanson. Faut dire qu’il a eu le temps de la travailler, de l’amener à pleine maturation. La guitare est habile, d’une belle tonalité : « J’ai vu naître le son / Dans ta respiration. » Chaque chanson est bien pleine, bien faite, rondeur du verbe et finesse de la formule, voix qui la modèle en pleins et en déliés. Un modèle du genre. Qu’on dira sans doute vieillot, qu’on reportera aux années de cabarets, rive-gauche sans doute, qui peut nous ramener à des Pierre Tisserand ou des Georges Chelon, à plein d’artisans du verbe en fait. Mais une chanson qui se porte comme un charme. Et vous charme, charriant le plaisir et l’émotion, sans calcul. Qui de temps à autres lorgne vers des airs exotiques que ne connaît pas la rivière Ardèche, qui se fait fables des temps modernes, épicées et grinçantes. Comme cette vieille à flouze « jalouse d’être mal aimée »… Ou tragique, comme Les coups et les douleurs d’une mère battue : « J’ai vu tes pleurs maman / Et je me noie dedans », une des plus belles chansons de ce disque. Car l’art d’Eric le noir et de Mireille Fayet est à la fois hors du temps et complètement dedans, précieux témoin du présent.

Une très, très belle galette.

Un défaut cependant et il est de taille : pas de livret ici, c’est regrettable quand nous sommes en présence de tels textes, qu’on aimerait reprendre, fredonner avec, lire simplement.

Eric le noir, A fleur de peau, 2012 , autoproduit. Le myspace d’Eric le noir, c’est ici. En vidéo, « A l’enterrement de l’abbé » (paroles d’Elisabeth Pauthonier) extrait du précédent opus d’Eric le noir. http://www.dailymotion.com/video/xfewkf

10 Réponses à Eric le noir, autre ardéchois de la chanson

  1. Eric Guérin 8 janvier 2013 à 21 h 39 min

    Merci Michel de cette mise en lumière, qui permet aussi de faire sortir de l’ombre les mots des talentueux auteurs qui m’honorent en m’offrant leurs textes à porter à vos oreilles.
    Un livret contenant des textes de ce CD est désormais disponible.
    Contact: ericlenoir07@orange.fr

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  2. Danièle 8 janvier 2013 à 22 h 40 min

    Et merci Eric d’être ce passeur de poésie à fleur de mots .
    Ceci juste pour dire que les lecteurs de  » Nos Enchanteurs » vous connaissent et vous apprécient , c’est mon cas .

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  3. Mac Hoochie Plane 12 janvier 2013 à 12 h 18 min

    Très bel album, oui. Sincèrement.

    Mais Mireille Fayollet n’est pas vraiment une inconnue… puisque je la connais !

    Bravo, les artistes artisans !

    Mac, « à fleurs de pot »…

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  4. FredOueb 12 janvier 2013 à 21 h 15 min

    Si l’on devait retenir une chose d’Eric, c’est que son talent n’a d’égal que sa pudeur (oh que si !).
    Ses mises en notes sur les mots d’auteurs de toutes plumes (dont j’ai la chance de faire partie dans la « textotèque » du sieur Le Noir, et Dieu sait s’il y en a une pile sous son coude…) sont toujours ad hoc, autant que ses interprétations.
    Il a ce don remarquable de toujours trouver l’habillage musical qui s’amarre au texte pour en mettre en valeur la forme, et son chant se fait alors écrin du fond de part la présence de sa voix.
    Un orfèvre en son domaine, il apporte un soin particulier au petit détail qui fera qu’on retient chaque chanson.
    Mais je vais arrêter là mes éloges, car je le vois déjà rougir à la lecture de ma prose.
    Merci Eric de nous emprunter de tes notes, à nous auteurs anonymes, nos mots pour les en chanter…

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  5. gaston ligny 13 janvier 2013 à 14 h 01 min

    Je connais les créatiions de Mireille et Eric Superbes:la rencontre de deux sensibilités Bravissimo Gdgn

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  6. Brig dite Célestine 13 janvier 2013 à 17 h 59 min

    Merci Monsieur lenoir Eric de partager avec moi ta face joueuse et pleine d’humour dans notre spectacle en compagnie de P.Dac et de F Blanche.

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  7. mireille fayollet 20 janvier 2013 à 14 h 18 min

    Participer à la réalisation de cet album avec un artiste aussi sensible qu’ Eric fut une expérience première hors du commun. Merci à vous, Michel, d’en avoir apprécié les mots et les émotions.
    Toutes les paroles sont sur mon blog myspace : http://fr.myspace.com/mireillelibreplume/blog

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  8. Pierre ( CTRB pour les intimes ... ;-) 20 janvier 2013 à 18 h 23 min

    Une voix à faire trembler , des compositions qui font mouche , des textes de Mireille Fayollet d’une grande qualité , donnent à ce disque tout son charme !
    Bravo l’artiste !!!

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  9. Frédérique 30 mai 2013 à 7 h 19 min

    Cet album n’est que du bonheur, effectivement le livret est indispensable afin de savourer toutes ces belles paroles.
    Quelle magnifique rencontre que celle de Mireille et Éric Noir.
    Un grand merci à tous les deux pour tous les moments de bonheur que je passe à chaque fois que j’écoute cet album qui me fait toujours autant frissonner !
    J’ai hâte d’écouter le suivant !

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  10. chaloyard yvon 25 septembre 2017 à 8 h 38 min

    POUR DIRE TR7S SIMPLEMENT
    Pour dire très simplement que monsieur Eric LENOIR via GUERIN EST UN GRAND TALENT et qu’il ne craint pas la comparaison avec les plus grands de la chanson francaise

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