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Jean Vasca, loin des regards vulgaires et froids des grands médias

Jean Vasca (photo de Patrick Ullman, extraite de "Têtes d'affiche" 1982)

Jean Vasca (photo de Patrick Ullman, extraite de « Têtes d’affiche » 1982)

Vingt-cinquième album d’un artiste discret, paré d’une aura mi mythique mi mystique, d’une « écoute restreinte mais fidèle et d’un réseau serré d’amitié. » Depuis presque six décennies (premiers balbutiements d’auteur en 1955, premier album en 1964), Jean Vasca bâti patiemment son œuvre d’orfèvre de la chanson poétique « loin des regards vulgaires et froids des grands médias. » Nous sommes ou serions donc dans un des panthéons de la chanson où on n’entre qu’avec respect et déférence… Nous sommes seulement, simplement, en chanson. Par l’un de ses plus fameux artisans, qui ne saurait décevoir. Et ne déçoit pas.

« Mauvais poil mais bonne plume / Entre les marteaux les enclumes / On va son train sous les nuages / En crachant haut tous ses voltages. » On reçoit son nouvel opus comme on lirait un de ses auteurs de chevet, de confiance, qui inlassablement poursuit la même histoire, certes sans beaucoup de variantes mais passionnante. Et c’est sans doute ainsi pour l’essentiel de son public. On peut aussi prendre – c’est mon cas – l’histoire en cours et, simplement, être séduit par des mots qui toujours questionnent l’homme et s’agencent en une indicible poésie, qui combinent la simplicité et le complexe : « En nous sont les lointains nos îles nos ailleurs / Patrouilleurs dans l’opaque à chercher l’entrouvert / Nous sillonnons sans fin les ténèbres intérieures / Pour déchiffrer l’énigme aux portes des mystères. » Et reconnaître l’artiste exigeant, en des chansons épurées qu’accompagnent les claviers de Robert Suhas, les guitares de Jacky Tricoire et, parfois, l’harmonica de Jean-Jacques Milteau.

vascaLa vie, ce qu’on en fait, ce que les autres en perçoivent, ce qu’il en reste alors que déjà la mémoire s’estompe : « Ne resterait-il de nous / Que la cendre de nos rêves / Et fallait-il être fou / Pour espérer que se lève / Un jour l’aurore d’une trêve ? » Ce genre d’album n’est pas allumette qui éclaire furtivement la variété pour vite sombrer dans l’oubli : il doit revenir souvent sur la platine pour se révéler complètement, pour s’accomplir.

Parmi quatorze titres tous aussi passionnants, je retiendrais plus particulièrement ce souvenir de La bande des Cinq (Vasca, Elbaz, Brua, Juvin, Bertin*), fiers hérauts alors d’une chanson non formatée, Jean Vasca retourne en vers (et avec tous) rue Mouffetard « de la Contrescarpe jusqu’à Saint-Médard / C’était si l’on veut nos années-bohème / On vivait alors au cœur du poème » : c’est une page d’histoire de la chanson qu’il brosse de quelques vers.

 

Jean Vasca, L’auberge du temps perdu, autoproduit/EPM, 2013. Le site de Jean Vasca, c’est ici. (*) Les disques Velen ont publié en 2010 un disque compilation rassemblant Jean Vasca, Jean-Luc Juvin, Jean-Max Brua, Gilles Elbaz et Jacques Bertin, sous le titre « La bande des cinq ».

Pas de vidéo correspondante à ce nouvel album. Alors on (ré)écoute « Amis, soyons toujours… », une chanson de 1977 extraite de l’album « Célébrations » http://www.dailymotion.com/video/x19hrk

 

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7 Réponses à Jean Vasca, loin des regards vulgaires et froids des grands médias

  1. Danièle Sala 29 septembre 2013 à 11 h 28 min

    J’irai à l’Auberge du temps perdu comme on va à l’amitié , mais pas au Panthéon . Jean Vasca ne me semble pas mythique ni mystique, mais un de ces poètes du quotidien que j’aime retrouver en toute simplicité, une voix sur l’autre rive « Qui prolonge dans moi la fête et la ferveur » .
    « simplement, seulement l’un de ses plus fameux artisans, qui ne saurait décevoir. Et ne déçoit pas. « 

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  2. Cuffi georges 29 septembre 2013 à 15 h 01 min

    Merci Michel pour ce témoignage excellent sur le chantauteur le plus important pour moi, celui qui m’a le plus marqué, le plus influencé dans mon « écriture » (sic) de petit chantauteur amateur de province et ce depuis les débuts, depuis « opération à ciel ouvert », disque écorné découvert chez Ben (oui, le Ben, celui de « toute est art » quand il tenait une boutique de disques d’occasion à Nice). J’ai eu la chance de le connaitre « en vrai », amitié qui dure depuis toujours. Je trouve que Jean chante encore mieux qu’avant, son dernier opus est très travaillé tant en orchestration qu’en interprétation, avec trois ou quatre chefs d’œuvre dont « les lointains » et « la barque s’éloigne », mais il a écrit et interprété tellement de chansons magnifiques!

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  3. Fred Hidalgo 29 septembre 2013 à 16 h 29 min

    Et pour rappel, ce sujet détaillé sur Jean Vasca à propos de son opus n° 24… si ça vous chante !
    http://sicavouschante.over-blog.com/article-jean-vasca-64600756.html

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  4. Francis Hébert 29 septembre 2013 à 17 h 41 min

    Cet album est pas mal mais il faut surtout écouter ses prodigieux disques des années 70, sur lesquels je me promets d’écrire depuis longtemps. Mélange de textes délirants et beaux et de musiques plus expérimentales, un peu psychédéliques.

    Dans la veine plus sage, l’amateur de chansons à textes, écoutera avec bonheur le Vasca de la collection Poètes & chansons ou La machine imprévisible.

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  5. Norbert Gabriel 29 septembre 2013 à 18 h 52 min

    Un jour on tombe sur un texte qui vous foudroie d’admiration, et après ça, comment trouver les mots pour dire cette admiration..
    en citant l’auteur …

    Amis soyez toujours

    Amis soyez toujours ces veilleuses qui tremblent
    Cette fièvre dans l’air comme une onde passant
    Laissez fumer longtemps la cendre des paroles
    Ne verrouillez jamais la vie à double tour

    Je suis là cœur battant dans certains soirs d’été
    A vous imaginer à vous réinventer

    Amis soyez toujours ces voix sur l’autre rive
    Qui prolongent dans moi la fête et la ferveur
    Des fois vous le savez il fait encore si froid
    Le voyage est si long jusqu’aux terres promises
    Je suis là cœur battant dans tous les trains de nuit
    Traversant comme vous tant de gares désertes

    Amis soyez toujours l’ombre d’un bateau ivre
    Ce vieux rêve têtu qui nous tenait debout
    Peut-être vivrons-nous des lambeaux d’avenir
    Et puis nous vieillirons comme le veut l’usage

    Je suis là cœur battant à tous les carrefours
    A vous tendre les mains dans l’axe du soleil

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  6. Benoît 10 décembre 2013 à 7 h 45 min

    Dommage qu’il soit si rare sur scène. C’est peut-être ça qui lui donne un aspect mystique et mythique.

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  7. André Vanderlynden 16 janvier 2016 à 19 h 39 min

    Printemps des poètes : concert exceptionnel de Jean Vasca

    A l’occasion du Printemps de Poètes, la médiathèque de Roubaix La Grand-Plage accueille Jean Vasca pour un concert exceptionnel le samedi 12 mars 2016 à 17h00, salle de La Criée.

    Auteur de recueils de poèmes, ami de Jean Ferrat et Léo Ferré, Jean Vasca s’est fait connaître par l’intelligence de ses textes et la fulgurance de son chant.

    Il est aujourd’hui un artiste emblématique de la chanson française du 20ème siècle.

    A noter : Le Printemps des poètes continue au Camion à Roubaix samedi 12 mars à 20h avec le concert de Jacques Bertin (sur réservation au 03 20 70 83 63).

    Concert gratuit sur réservation : Adeline CASES au 03.20.66.45.14
    http://www.mediathequederoubaix.fr/agenda/printemps-des-poetes-concert-exceptionnel-de-jean-vasca

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