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Léonid, jamais sans mon cousin

Léonid (photo d'archives Annick Siegel)

Léonid (photo d’archives Annick Siegel)

Le Petit Duc à Aix-en-Provence, 21 janvier 2017,

 

Assis entre son clavier rouge et ses cymbales à main droite et son clavier noir à main gauche, derrière sa grosse caisse sur laquelle repose un glockenspiel jouet, voici Rémi d’Aversa, casquette, pull, jean, brun , barbu, imperturbable. Au fond, une grande cymbale verticale posée comme un gong. Et d’autres, découpées, bricolées, taillées dans un couvercle métallique, pour des sons bruts.

Bien caché derrière lui, Fabien Daïan (Léonid), son cousin, qui soudain surgit. Ils chanteront, joueront à l’unisson, comme un seul buste à bras multiples, un Shiva qui rythmerait nos vies « Sans toi je suis unanime, de moi-même je n’ai aucune estime, à quoi je rime ». D’emblée on a tout Léonid : des textes mélancoliques,  dramatiques, des formules poétiques, de véritables bijoux : « A quoi bon un agenda, mon joli mois de mai c’était toi ». Et le petit air qui va bien, nous amenant le sourire aux lèvres : ici un genre de java punk, dans une ambiance quasi burtonienne.

Léonid semble toujours se retenir d’éclater de rire, voix douce légèrement grillée cause à la clope. C’est un duo époustouflant qui se forme ici, ces deux garçons étant à eux tous seuls chanteurs, clowns, musiciens, choristes, comédiens, jongleurs, humoristes, dans une coordination étonnante. Deux, efficaces comme un orchestre complet, mais encore plus percutants, dans une virtuosité textuelle et musicale qui, loin d’éclipser le sens des chansons, le sert.

Au Petit Duc (photo Myriam Daups)

Au Petit Duc (photo Myriam Daups)

C’est le désordre de la vie, son vide, ses addictions, dans ce constat d’impuissance : « Fumer tue le temps (…) A Marlène ça donnait des grands airs / A nous ça fout rien qu’le cancer ». Fabien nous parle allègrement de la mort « Qu’il est bon d’être mort… J’ai décoché mon plus beau soupir / je me suis fais souvenir / j’ai sorti le drapeau blanc /et me suis roulé dedans ». De petites fables content la misère du monde. Comme cette chanson réaliste de Raymond Asso que chanta Piaf, Au fou, au fou, transformée par leurs soins en une salsa poétique et révolutionnaire qui part en chaos avec des extraits d’actualité samplées, sur coassements de corbeaux…

Fabien refuse le terme de chanteur engagé. Et Pour quoi faire récuse toutes les raisons d’écrire des chansons : « Jouer (…) les Che Guevara d’opérette (…) A la télé faire la potiche » pour conclure « Faut qu’je pense à m’abstenir, il y a déjà trop de monde sur l’affaire ». Cette mise en abyme du métier de chanteur reviendra encore dans deux nouvelles chansons qui s’interrogent « Je ne comprends plus rien de ce que je pense / Je ne crois plus à ce que je dis » ou « Les mélodies sont dans l’air, il faut juste les rattraper ».

Les instruments, ils en jouent et s’en jouent : la guitare se violonise, le pied de micro fait percussion, les mains voltigent d’un instrument à l’autre, les bras se croisent pour frapper les cymbales, les  baguettes volent et s’échangent. Des bribes d’airs connus s’infiltrent dans les chansons. Les mots claquent, s’articulent, se sifflent, se répondent, les voix s’unissent ou se font écho. « Un marteau dans le palpitant / Et toujours des cailloux dans le sang » Les corps se robotisent, s’immobilisent, s’éveillent à la vie, dans une complicité étonnante. Le public est amené à participer à un faux atelier de chanson, se lève, applaudit à tout rompre, arrive à reproduire la suite de mots répétés presque à l’infini par Rémi en une improvisation vertigineuse.

« Du passé faisons table rase… » se mue en douce berceuse, essayez avec votre bébé, vous verrez ! Et la « lutte finale » devient doux hululements, « Lalu, lalou, la loose ». Au tournant des rimes on vous souhaite tout le bonheur du monde, et le peuple qui ne veut que son dû chante We are the world. Les paroles même deviennent un rap plein d’allitérations et d’assonances « Combien de nos chairs se repaissent / Un de ces matins disparaissent » mais « le soleil brillera toujours ».

 

Le site de Léonid, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. En concert les 27, 28 et 29 janvier 2017 à Flayat, Saint Voir, Dontreix, puis le 17 février à La Menuiserie à Pantin.

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