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Patrick Abrial et Jye : sous l’époustouflante technique, une chanson minimaliste

origin_119015_9BvD96 avril 2019, festival Enchant’Emoi, salle des tilleuls à Viricelles (42),

 

Pour beaucoup d’entre nous, Patrick Abrial est à tirer de nos lointains souvenirs. Souvenez-vous, en 69 : « Je t’aime Marie, je t’aime / Je n’ai que toi pour ciel de lit / Je t’aime Marie, je t’aime / Avec toi je ferai ma vie… » Le revoir c’est retrouver un peu de nos vingt ans, de cet esprit rebelle qui alors nous animait. Comme Michel Corringe d’ailleurs, dont deux chansons ont été interprétées en tout début de soirée par le duo Pib’s.

« Ma guitare c’est ma chapelle / C’est mon bateau pour les Indes / Ma troïka de vermeille / Mon pied à terre au bout du monde… » Après longue absence, Abrial a retrouvé chanson, disque et scène depuis quelques années. Ça fait étrangement collector, un peu bouffé aux mythes mais ça fait du bien. Il nous revient avec pour partenaire un guitariste, Jye, qui pèse son poids de talent. Tant que les deux sont à égalité sur l’affiche, même corps même typo : c’est « Patrick Abrial et Jye », non Abrial seul. Et on peut le comprendre. Hors l’affect, la nostalgie, la joie des retrouvailles portés au crédit de Patrick Abrial, c’est en partie Jye qui fait le show. Jye est compositeur et guitariste rock, musicien très discret passé par la musique bretonne et le hard rock. Un type bourré de talent et de techniques, trop peut-être. As s’il en est du tapping, il tire de son instrument des merveilles de sons, des trucs improbables que, sauf à être chez Van Halen ou Metallica, nul autre ne saurait faire. Un magicien du son en quelque sorte, qui triture et sans mal torture sa guitare. « L’indien breton », le surnomme Abrial, avec sa longue chevelure qui souvent lui masque le visage. Insolite, étonnant, vertigineux.

C’est le père Brassens, pas moi, qui dit que « la technique pour la technique ce n’est rien qu’une sale manie ». C’est là où le bât blesse dans la prestation des Abrial-Jye : après la surprise, l’étonnement que suscite la folle maîtrise de Jye, l’intérêt s’estompe un peu, nous ramenant à l’art d’Abrial et à ses chansons. Interprétation certes chaleureuse mais banale et, qu’elles soient récentes ou tirées du passé, paroles dont l’amateur de textes solides, charpentés, le sincère amoureux de chanson n’y trouvera pas son dû. Et peu de vraies mélodies, ce que cache la technique mais ne peut taire tout le temps. Heureusement qu’Abrial fait aussi des reprises (La chanson de Prévert de Gainsbourg ; Les amants d’un jour de Piaf ; Il nous faut regarder, reprise génétiquement modifiée de Brel) qui donnent la consistance que ses propres textes n’ont pas toujours.

« Oh mon amour / Je suis condamné amour / Condamné amour… » L’idée, l’intention prédominent chaque fois et rien que ça fait chanson, sans grand développement. Ainsi est, c’est selon, l’habileté ou la pauvreté d’Abrial, art minimaliste de peu d’arguments mais qui, reconnaissons-le, fait son effet. Un Johnny, un Bashung, un Matrat (dont il y a soupçons de résurgence chez Patrick Abrial) vous balanceraient ça en des postures rock, du mouvement, de la grandiloquence, l’habilleraient. Eux, Abrial et Jye, vous le jouent, le chantent, sereins, assis. Ça aurait pu gagner dans une chanson de gestes ; le résultat est nettement différent, sympa, prenant, mais pas tout à fait convaincant.

Il y a donc une partie de ce public qui sera insatisfait. Et celui qui, reconnectant avec Abrial, fait fête de ce retour sur le devant de la scène, et en pardonnera les faiblesses. Retrouver le goût et le son des années soixante-dix, dériver le temps d’un ou plusieurs titres sur le rock, le blues, le western, le reggae, le presque trad d’Abrial, vivre l’art et la manière, la facétie aussi des deux guitaristes en scène, cette superbe complicité, ça n’a pas de prix. Et c’est ce qu’il nous faut garder. La chanson est émotion et ces deux-là, du seul fait de leur présence, en dispensent à profusion. A lui seul, l’ultime rappel de ce concert, Eh ho du soleil, respecte la feuille de route : une chanson chaleureuse faite pour se consommer, se consumer longtemps en nous. Facile mais solide, un reggae pour faire qu’on se réveille, pour laisser danser les abeilles. La salle est alors ruche qui fait miel de cette invite. Forcément, c’est épatant.

 

Le facebook de Patrick Abrial, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

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3 Réponses à Patrick Abrial et Jye : sous l’époustouflante technique, une chanson minimaliste

  1. Marie GUYOT 8 avril 2019 à 21 h 40 min

    Pour moi le texte est évocation, incantation où paroles et musique dialoguent admirablement. On n’est pas enfermés dans un texte, il nous fait voyager au pays des sensations!

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  2. Pabiou 9 avril 2019 à 12 h 06 min

    Je connais l’Oeuvre de Patrick depuis le début de sa carrière et je l’ai toujours suivie. Patrick à évolué au fil du temps, de son parcourt des ses rencontres de ses envies il est passé du romantisme folk au rock punk entre 66 et 83. Il nous revient après une absence de 34 ans avec une énergie et une envie débordante. Il puise dans sa discographie, rhabille ses chansons avec l’aide de son complice Jey, en en plus des nouveaux textes et quelques reprises . Patrick ABRIAL , toujours une présence exceptionnelle (je l’ai vue une dizaine de fois en concert) la voix est toujours là, forte chaleureuse une interprétation émouvante, une présence imposante. Ce soir à Viricelles le public qui était venue nombreux pour le voir ou le revoir était son le charme …

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  3. snoopy 10 avril 2019 à 8 h 03 min

    Ce qu’il y a de bien, c’est que les appréciations sont diverses en fonction des goûts, des attentes, exigences, sensibilités de chacun. Mais au moins l’idée que le public se fait de ces artistes n’est pas biaisée par un matraquage radio ou TV ! Tous les goûts ont droit de vie, encore faudrait-il que les médias respecte cette palette variée, au lieu de nous faire gober de force ce qu’ils ont décidé de nous vendre .

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