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Andreu, entre deux

Son premier véritable album, après quelques cédés d’essai de chaque fois quelques titres, porte le titre de Transports en commun. Ça lui va bien, ça, à Jean Andreu, cette idée de transports. Qui véhicule l’émotion, assez intemporelle, d’un grand classicisme, et se fout des modes factices et factuelles.

Andreu ? Il faut certes être proche de la Ville rose pour connaître son nom. Pour l’instant.

De Juliette à Jehan, de Thibault Couturier à Art Mengo, de Magyd Cherfi aux Fabulous trobadors, de Nicolas Bacchus à Eric Lareine, Toulouse travaille la chanson en toutes ses dimensions, par toutes ses émotions. L’ombre de Nougaro y plane d’évidence pour longtemps. Claude est res-source à laquelle on aime étancher sa soif. Et souvent revenir.

C’est par Nougaro que nous arrive Jean Andreu, si tant est que nous ne le connaissions pas encore. Par un élégant digipack s’ouvrant telle une corolle. Nougaro en une autre voix que lui. Si le showbiz n’a reconnu et retenu que Maurane ou Nicole Croisille, force est de reconnaître déjà pas mal d’interprètes de ce magicien du mot et de l’allitération. Au premier rang desquels se hisse facilement Andreu, artiste brillant, confondant de talent même, qui ne singe pas et toujours préfère l’émotion à la performance. Même si ce tour de chant est un tour de force. Le nougaresque répertoire va comme gant à Andreu. Quatre boules de cuir ? Non, Andreu ne boxe pas avec les mots et sa scène n’est pas ring. Il caresse le verbe autrement, le magnifie d’une autre lecture, une autre posture, autrement plus intéressante qu’une simple copie. Pour peu, il nous ferait presque oublier son illustre aîné toulousain, laissant simplement vivre ses vers en liberté, non en conformité. Ainsi ce Nougayork par lequel débute l’album, dans le calme d’un piano-voix, loin des tumultes américains de la matrice. Tout aussi profond, tout aussi puissant mais impressionnant, car autre.

Jean Andreu (photo DR)

Jean Andreu est double, entre deux : interprète d’autrui et de lui-même. Et mène en conséquence deux carrières qui se recoupent, s’entrecroisent. Toujours se fécondent. Le double statut n’est pas aisé dans cette profession qui aime tant cataloguer et code-barrer ses ouailles. Mener une carrière par ces deux aspects est courageux.

Il y a en Andreu un peu beaucoup d’un possible crooner, esthète de la langue et séducteur, qui sait depuis bien longtemps tous les codes de son commerce. On pense à Guidoni, référence s’il en est dans la dignité des mots. Il y a le même talent, la même générosité. D’ailleurs sa voix se pose entre Guidoni et Delpech, certes travaillée mais décontractée, simplement précise. Le musicien qu’il est ne laisse rien au hasard. On se l’imagine tant en petite formation qu’avec un Symphonique : la maîtrise est là qui rythme le mot, le module à la manière d’un calligraphe, en pleins et en déliés. Aux temps où radios et télés se nourrissaient de talents, il aurait fait fortune. Les temps sont désormais difficiles : raison de plus pour défendre ce formidable toulousain.

Jean Andreu, Transports en commun (Média music, 2008) et Autour de Nougaro (Media music et Addict en Scène, 2011). Le site de Jean Andreu, c’est ici. Contact scène : Addict en Scène, Christine Valat au 06 31 35 66 75.

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Une réponse à Andreu, entre deux

  1. danièle 11 mai 2012 à 17 h 06 min

    Merci pour cette belle découverte. « Jean Andreu est double », et différent. J’ai été étonnée de l’entendre dans son répertoire, après l’avoir écouté en Nougaro. La comparaison « entre Guidoni et Delpech » est très juste.

    http://dai.ly/l9L7aB

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