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Jean Vasca, amis, toujours

Jean Vasca (photo DR)

Jean Vasca enfin célébré (photo DR)

Les albums tribute sont à la mode. Pour ne prendre que les plus récents, Johnny (le premier d’une longue série à venir ?), Eddy, Alain, Pierrot, Henri ont eu les honneurs de se voir repris – avec plus ou moins de réussite – par leurs consoeurs et confrères. A chacun de démêler ce qui relève de l’épiphénomène commercial et de l’hommage sincère.

Voici qu’à présent, la mode gagne ceux qui s’en étaient toujours tenus éloignés de leur vivant. Qui l’aurait cru ? En effet, alors qu’est annoncé pour fin juin un Mike Brant revisité par Yves Jamait, débarque chez les disquaires avertis ce Vasque à Vasca inattendu. Une surprise totale. D’abord parce que Jean Vasca, disparu en décembre 2016, n’a jamais squatté les hit-parades, critère numéro un généralement retenu pour un disque d’hommage. Il faut bien avouer que sa poésie vibrante, pour remarquable qu’elle soit, n’en est pas moins assez éloignée des standards culturels de notre époque férue de facilité immédiate. Surprise également par l’identité des intervenants. Vous vous attendiez à y retrouver Jacques Bertin, Francesca Solleville, Bruno Ruiz et autre Serge Utgé-Royo ? Oubliez pourtant tout cela et place aux autres !

A l’origine du projet, à la production et à la réalisation du CD, quelqu’un que l’on n’aurait pas non plus imaginé à cette place : Grégoire. Dans le « prière d’insérer » fourni à la presse, le chanteur s’explique : « Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, Jean Vasca a fait partie de ma vie. Mes parents étaient des passionnés de chanson française, qu’ils écoutaient sans œillères aucunes. Je nous revois donc dans la voiture, sur le chemin des vacances, chantant à tue-tête L’ange exterminateur ou Un cri hante la mémoire du monde. Qu’est-ce qu’on riait ! Moi-même, j’ai souvent repris du Vasca sur scène, entre autres L’avion qui passe, lors de mes concerts acoustiques dans les gares françaises. Il était donc normal que je lui rende l’hommage qu’il mérite, d’autant que je l’ai un peu côtoyé de son vivant et que j’ai pu bénéficier de ses précieux conseils en matière d’écriture. C’est lui, par exemple, qui m’a conseillé de chanter Toi + Moi, au lieu de « Toi et Moi », comme initialement prévu ».

imagesProfitant de son vaste carnet d’adresse, le chanteur improvisé producteur a rameuté une kyrielle d’artistes, plutôt étiquetés « variétés ». Cela n’a d’ailleurs pas toujours été facile de les convaincre, avoue-t-il : « Je dois reconnaître que ce ne fut pas une entreprise aisée. Pour une Amel Bent qui s’est montrée enthousiaste dès le début – faut dire qu’elle connaît tout Vasca par cœur et qu’il n’est pas rare de l’entendre chantonner dans les coulisses des studios de télévision Boul’vard des vieux poètes morts ou Les toupies de l’utopie -, combien n’avaient qu’une vague idée de son œuvre, qu’ils confondaient d’ailleurs couramment avec celle de Jean-Max Brua ! ».

On saluera donc la persévérance de l’artiste, qui nous permet aujourd’hui de (re)découvrir un Vasca tout neuf, débarrassé de ses oripeaux un peu encombrants de poète immortel, pour s’essayer à l’air du temps. Car ces jeunes – et moins jeunes – repreneurs n’ont guère hésité parfois à s’approprier le vieux troubadour pour le remettre au goût du jour, quitte à faire grincer les dents des tenanciers de la chapelle. Qu’il s’agisse de Doc Gynéco dans sa version rap de Les fleurs de l’insomnie, de Maître Gims qui s’essaie au reggae sur J’écoute aux portes de la nuit, ou du Tout s’efface et pourtant à la sauce antillaise de Philippe Lavil, tout surprend, étonne, ravit. Qui aurait pensé en effet que Les merveilleux nuages sonnerait si juste dans la voix de Patrick Bruel ? Et que Calogero pouvait mettre sa pop efficace au service des mots du maître, donnant une nouvelle jeunesse à son Vivre en flèche millésimé 1970 ? Grégoire lui-même, après avoir envisagé de convier Benjamin Biolay, s’est offert le plaisir d’un joli duo avec Louane et leur D’étranges corps à corps se révèle, ma foi, troublant de sensualité. On émettra une réserve sur l’entrain forcené de Patrick Sébastien, qui emmène par trop le beau Ô châteaux échoués sur le chemin de la gaudriole, ainsi que sur la version de Stromae du Chant du sang, qu’il a mixée avec le Quand j’étais chanteur de Michel Delpech, histoire de rendre un seul et même hommage aux deux artistes disparus. Par contre, on applaudira à deux mains Christophe Willem, à qui est revenu l’honneur de chanter le célébrissime Amis soyez toujours, tâche dont il s’est acquitté avec bonheur pour une version électro qui pète du feu de Dieu. Vasca sur les dance floors ? Tout peut arriver !

Tout ce petit monde se retrouve sur le morceau final, un titre inédit écrit par Didier Barbelivien, qui donne par ailleurs son nom à l’œuvre collective. Délice de voix qui s’emmêlent pour chanter à l’unisson leur amour du poète : « Dans la vasque à Vasca / Il y a des mots en vrac / Qu’on chante à tour de bras / Quand on se sent patraque / Il y a des mots qui sonnent / Qui frappent à l’estomac / Des voyelles, des consonnes / Dans la vasque à Vasca ». Quel plus bel hommage pouvait-on rendre à l’un de nos plus grands auteurs ?

 

Collectif, La Vasque à Vasca, Sony/Universal 2018. Notons, pour les fans, que la Fnac commercialise ce CD avec un deux titres « inédits » de Jean Vasca offert : nous n’avons pu encore l’écouter. Ce que NosEnchanteurs a déjà dit de Jean Vasca, c’est ici. Hélas, pas encore de clips extraits de cet album. On se rattrape avecVasca en personne : Image de prévisualisation YouTube

10 Réponses à Jean Vasca, amis, toujours

  1. CUFFI GEORGES 1 avril 2018 à 10 h 07 min

    « Vasca sur les dance floors ? Tout peut arriver ! » C’est déjà arrivé, Pol !… à Port Vendres, un été, nous sommes allés exceptionnellement dans une boite de nuit et demandé au « DJ » de mettre « tout est nouveau sous le soleil » ! et les gens ont essayé de danser dessus ! Mon frangin pourra confirmer!

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  2. Danièle Sala 1 avril 2018 à 17 h 19 min

    Et pourquoi pas ce rêve de pêcheur ? Ouvrir les portes de la chapelle, et faire connaître un de nos plus grands chanteur-poète à un large public par le biais de ceux, qui malgré tout, on du succès !

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  3. Joël Luguern 1 avril 2018 à 21 h 13 min

    Heureusement qu’il y a des « 1er avril » pour nous faire rêver et nous rendre heureux le temps d’une journée !!! Ah, si tout ça pouvait être vrai… Si l’Olympia ouvrait sa scène quelques jours par an à tous ces artistes qui se produisent au festival de Barjac…

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  4. Jean Lapierre 2 avril 2018 à 8 h 29 min

    Vasca est passé 2 fois à l’Olympia…

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  5. Joël Luguern 2 avril 2018 à 13 h 30 min

    D’accord, mais c’était au temps où la chanson « à texte » passait également à la radio et même à la télévision à des heures de grande écoute. C’est-à-dire jusqu’au tout début des années 80. Il y a bien longtemps que ce n’est plus le cas malgré la multiplication des radios dites « indépendantes » et des chaînes de télévision privées. Et c’est consternant.

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  6. FRANCOIS COUDERC 2 avril 2018 à 13 h 38 min

    je vieillis mal,ce texte qui aurait du au moins me faire sourire m’a laissé tres mal à l’aise.

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  7. Raoul Bellaïche 3 avril 2018 à 8 h 43 min

    Bravo à Pol de Grove : j’y ai cru pendant une dizaine de lignes. Mais cela devenait trop beau pour être vrai ! Cela dit, un « tribute » à Jean Vasca serait une bonne chose pour faire découvrir l’auteur-compositeur qu’il était.

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  8. Christian de Tarlè 4 avril 2018 à 8 h 03 min

    Ami(e)s de Jean Vasca… Attendez vous à une surprise d’ici quelques semaines !

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  9. Joël Luguern 4 avril 2018 à 10 h 56 min

    Si les amis et amies de Jean Vasca doivent s’attendre à une surprise, cela ne peut être qu’une nouvelle sympathique.
    Tant mieux ! Le « poisson d’avril » de Pol de Groeve était-il donc prémonitoire ? Si oui, encore tant mieux !

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    • Michel Kemper 4 avril 2018 à 12 h 09 min

      Maintenant, je sais ce qu’il en est. C’est effectivement, pour qui aime Vasca, une bonne surprise. Mais, chutt, ça va viendre…

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