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Claudine Lebègue restaure Dalida

Alexandre Leitao et Claudine Lebègue (photos DR)

Alexandre Leitao et Claudine Lebègue (photos DR)

« Hôtel Dalida », 8 septembre 2018, Centre culturel Le Sou à La Talaudière (42),

 

Sur le bord de la scène, un autel dressé à l’effigie de l’idole. Le rituel poster à la longue chevelure, aux dents éclatantes, un boa en synthétique rouge pétant, quelques bougies et menus colifichets, une boule à facettes. Et des offrandes à venir. Au fond de la scène, une platine, avec quelques quarante-cinq tours sur le présentoir, pour le karaoké auquel les « Babette et Michel » d’un soir se prêteront. Ce soir, on célèbre Iolanda…

On pourrait s’attendre à une mise en scène flamboyante et une artiste comme à la télé paillettes des Carpentier et de Guy Lux, entre variété et disco. Et… Elle n’est pas grande la chanteuse, La Lebègue, encore qu’elle porte des semelles compensées. Pis elle est en cuir un peu zone, amazone. Pour chanter Renaud, ce serait tenue de circonstance, d’autant qu’elle est coiffée d’une banane façon Margerin… Mais, là…

Bon, malgré l’apparence, malgré sa garde-robe faite de bien d’autres perfectos, Claudine fait grand cas de tout ce qui la relie à Dalida. Et d’abord Belleville, où les deux femmes jadis habitaient, presque l’une à côté de l’autre, sans jamais s’être croisées. Et d’autres arguments un peu tirés par les cheveux, elle qui les a courts, l’autre longs. Lebègue a tout d’une gouailleuse-rockeuse, a priori rien pour chanter Dalida, pour l’incarner, raviver la petite flamme près de l’autel. De l’Hôtel Dalida, comme se nomme ce spectacle.

Pas de musique sirupeuse en tire-larmes, mais l’accordéon grand format d’Alexandre Leitao, fidèle de Claudine : mille boutons dont le son occupe l’espace parfois jusqu’à saturation. Et celui, plus petit, de la Lebègue. Deux soufflets pour mettre en musique l’émotion.

Claudine Lebègue est étrangère à cette variété qui caracole d’ordinaire au fenestron de la télévision. Mais pas de la chanson, celle qui nous semble avoir plus de corps et d’âmes, celle qu’on dit être la « belle et bonne chanson », la « chanson de paroles » (comme si l’autre n’en avait point), celle que tout oppose à la variété. Que diable donc fait-elle ici, avec un tel répertoire que les purs et durs de la chanson rive-gauche ne peuvent que haïr, vomir ?

C Lebegue 1Outre l’infini respect que porte Lebègue à sa défunte consœur Dalida, c’est justement là que se situe l’intérêt de ce récital singulier : la rencontre entre deux rives de la chanson, deux chansons irréconciliables qui en fait n’en font qu’une. Sans les oripeaux de la variétoche, d’orchestrations pompeuses, sans le filtre du showbizness, les sunlights et les habits de lumières que les stars partagent avec les toréros. Il n’y pas deux chansons mais une, une seule. Faite d’une idée, des paroles fussent-elles pas trop stupides, une musique, une voix, un-e artiste : c’est tout, c’est déjà beaucoup. Ici, Lebègue dépouille Dalida de tout ce qui fut de trop. Et nous rend l’essentiel. Cet essentiel est bouleversant, qui nous parle de ses amours la plupart écourtés, du besoin d’être aimée. Défardée, démaquillée, Dalida est nue. Le récital n’est pas, n’est plus, une succession de tubes, mais un saisissant témoignage d’une vie en mal d’amour, une confession. Claudine Lebègue fait ici délicat travail de restauration, comme on le ferait d’une toile. D’une étoile. Ecoutez Il venait d’avoir dix-huit ans, écoutez Gigi l’amoroso. Même Bambino… Ecoutez-les avec une oreille neuve. Lebègue les chante pour ce qu’elles sont : de solides chansons qui n’ont rien à envier à d’autres. Celles-là et d’autres, plus encore engluées dans le yéyé-variété de nos mémoires, qui nous relatent les étapes de Iolanda Cristina Gigliotti, dite Dalida, la cairote devenue star française. C’est même en v.o. dans le texte que Lebègue-Dalida nous chante Salma ya salama.

hotel_dalidia-31-c29b3Impeccable, impayable Lebègue, qui va jusqu’à ruiner nos derniers présupposés, nos résistances, qui nous fait aimer Dalida pour ce qu’elle fut, non pour ce que nous avons cru voir d’elle et d’un système. L’autel du devant de la scène nous rappelle-t-il qu’il n’y a rien de plus haïssable que les chapelles de la chanson ?

 

Le site de Claudine Lebègue, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.

Hélas pas de vidéo disponible correspondant à ce spectacle.

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