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Les Amis de Georges : le superbe millésime du dixième

Tous les artistes en scène (reportage photo Vincent Capraro)

Tous les artistes en scène, Jean-Paul Sermonte à droite sur la photo (reportage photo Vincent Capraro)

10e édition des Amis de Georges, Théâtre de la Grande Comédie à Paris,

 

En dix ans le toujours fringant Jean-Paul Sermonte n’a pas pris une ride. Quant au public des amis de Georges il ne peut que se bonifier avec le temps, qui ne fait rien à l’affaire mais bon… Ce millésime 2016 est un grand cru : on a le bec fin, il nous faut du vin d’premièr’ classe : Joël Favreau, Contrebrassens, Yves Uzureau, Angelina Wismes. Et Enrico Macias.

Le rideau s’ouvre sur le maître de cérémonie, Jean-Paul Sermonte, qui nous fait part du mot d’excuse de Renaud (chanteur énervant et toujours vivant) qui, sonné par les trompettes de la renommée, ne pourra être parmi nous, en raison de répétitions. L’année prochaine il se pourrait bien que le renard pointe son museau sur la scène de la grande comédie. Pour l’heure le spectacle commence…

Joel Favreau

Joel Favreau et Marie-Anne Favreau

Certains défaillent à la simple idée de rencontrer Christophe Maé, vous savez celui qui demande « où est le bonheur ? » C’est pourtant pas compliqué le bonheur Christophe ! Ce dimanche après midi on l’a trouvé notre bonheur : applaudir Joel Favreau. On était pas peu fiers. Comment ? Vous aimez  Brassens et vous ne connaissez pas Favreau ? Catherine Laugier a déjà tout dit (ou presque ! on ne peut décemment pas tout dire…) du spectacle et de l’homme. Son article récent nous livrait un compte rendu de son concert à Aix en Provence. Joel Favreau a travaillé avec Georges sur ses deux derniers albums. Toujours discrète, mais essentielle, cette seconde guitare est une merveille de subtilité.

Le jeu de guitare de Brassens c’est bien plus que la technique des cordes de basses alternées (pour les non gratteux: les pa poum pa poum). Les guitaristes en herbe qui s’essayent au répertoire de Brassens savent combien il est compliqué de travailler ses chansons. Voilà tout l’art des très grands, donner une impression de facilité au public alors que c’est le fruit d’un travail de perfectionniste. Joel Favreau est de ceux-là, des grands artistes qui tout en simplicité apportent leur talent et transcendent les mélodies de Brassens sans jamais l’imiter. Si le lien affectif et artistique est évident il lui rend hommage avec toute sa personnalité chaleureuse et avec beaucoup d’humour. Cet après midi, accompagné au violon et au chant par Marie-Anne Favreau (sa nièce). Il ouvrira les festivités dominicales avec Les amoureux des bancs publics, La messe au pendu, L’assassinat. Puis un titre de son répertoire personnel : Cadenas, clin d’œil au titre Le vent (celui fripon du pont des Arts). Le portrait de Georges accroché en fond de scène tombera du décor pendant la chanson ! On a beau ne pas croire à ses trucs-là mais à n’en pas douter l’esprit de Georges était bien là en signe d’amitié… Préférant le vin d’ici plutôt que l’au-delà nous reviendrons aux libations en chanson avec Joël dans une très belle reprise sud américaine, Paisaje, qui viendra introduire le Don juan du grand « Jorge » Brassens avant de laisser la scène à Contrebrassens

Contrebrassens, tout contre

Contrebrassens, tout contre

Contrebrassens, c’est une jeune femme, Pauline Dupuy, et une contrebasse, réelle partenaire avec laquelle elle joue et semble vivre une relation fusionnelle, charnelle, rare. Comment ne pas penser à la pièce de Patrick SüskindLa contrebasse en découvrant Pauline sur scène ? Elle nous décrira d’ailleurs toutes les parties de son corps (de la contrebasse, pas du sien !). On apprendra d’ailleurs que la contrebasse a une âme (Pauline aussi bien évidemment).Tantôt avec son archet, tantôt en frappant les cordes, Pauline nous interprétera avec bonheur Le parapluie, Embrasse-les tous, Je me suis fait tout petit, Le vent. On n’imagine pas un instant un accompagnement seul à la contrebasse pour la chanson. Le pari était osé. Pauline l’a relevé brillamment et l’interprétation de son Brassens devient naturelle, instinctive, incarnée, féminine et féministe avec un Quatre-vingt-quinze pour cent, je le confesse,exceptionnel d’émotion et d’humour.

Yves Uzureau

Yves Uzureau

Accompagné par la contrebassiste Anne Gouraud et le guitariste Pierre Debiesme, Yves Uzureau nous livre son Brassens librement, nourri de son univers de comédien. Uzureau occupe l’espace, se met en scène et fait vivre les chansons à sa manière. Ici pas d’interprétation minimaliste, loin d’un copié/collé de Tonton Georges mais une douce folie théâtrale qui transporte le public où il ne s’y attendait pas ! Il glissera même quelques imitations croustillantes de Georges chantant Cloclo… clin d’œil très drôle qui nous rappelle que Brassens ne boudait pas la variété. C’était un amoureux de la chanson tout simplement. Pour Le gorille des gémissements simiesques plantent le décor, on se croirait dans la jungle (pauvre juge…). Des sonorités jazzy, manouches, enrichissent les chansons en faisant éclater un orage à la Django. Les chansons traversent le temps. Yves Uzureau nous les fait redécouvrir par un prisme savoureux, très personnel. Misogynie à part sera littéralement jouée, surjouée, a cappella. Il emmènera le « elle m’emmerde  elle m’emmerde… » dans le tragi-comique, s’effondrant sur la scène, provoquant l’hilarité générale. On ne vous recommandera jamais assez d’aller voir sur scène Uzureau et de vous procurer dés sa sortie, le 13 octobre prochain, l’ouvrage gigantesque J’ai rendez-vous avec vous chez Robert  Laffont (conception et création musicale d’Uzureau), ouvrage de 1248 pages contenant tous les textes de Brassens, toutes les tablatures pour guitare et bien plus encore, préface de François Morel et un Prologue d’Alexis HK, rien que ça !

Joel Favreau et Yves Uzureau prolongent cette passion et ce partage en organisant chacun des stages de guitare, ouverts aux débutants comme aux guitaristes plus confirmés. Ils offrent à leurs stagiaires le travail de toute une vie baignée dans l’univers de Brassens. Transmettre, donner avec toute la simplicité qui les caractérise.

Angelina Wismes

Angelina Wismes

Comment aurait-on pu imaginer un jour que TF1 se serve de nos cerveaux disponibles pour autre chose que de vendre des lessives, du Cola ou des analyses géopolitiques pointues de Jean-Pierre Pernaud sur les sabotiers et santons de nos régions ? Une fois n’est pas coutume, ce sont bien les lumières de The Voice qui nous ont donné la chance de découvrir Angelina Wismes, brunette de 27 ans à la voix cristalline, fragile, à la personnalité envoûtante. Grâce à ce fulgurant tremplin médiatique, Angelina Wismes entame sa carrière avec un album hommage à Barbara dont elle nous livre un somptueux aperçu : Je ne sais pas dire, Ce matin-là, Perlimpinpin, Mon enfance (à tomber !). Puis, en hommage à Brassens, La marche nuptiale qu’elle joue en scène pour la première fois, avant de conclure en duo avec Uzureau sur Maman papa. Il ne suffit pas d’aimer Barbara pour que le magie se produise : Angelina a tout le talent à ça fonctionne à merveille. Contrairement à Bruel qui s’y est essayé de navrante façon. Angelina nous dira être impressionnée d’être là et qu’elle apprend… on se demande bien quoi ? Car tout est là. Il ne manquerait plus que la demoiselle ait des talents d’auteur ! Du plus loin qu’il m’en souvienne, je n’ai pas vu plus belle histoire d’amour pour Barbara que celle d’Angelina.

Enrico Macias

Enrico Macias

L’après-midi se terminera avec Enrico Macias, venu en famille partager cet hommage. Il nous confiera l’anecdote d’une rencontre avec Brassens au restaurant : les deux artistes avaient décidé de chanter chacune les chansons de l’autre, Les gens du Nord aux couleurs sétoises et L’Auvergnat aux sonorités de Constantine… Accompagné par son fils à la guitare, Enrico nous fera cadeau de quelques titres cultes de son répertoire : Enfants de tous pays, Les filles de mon pays, L’Oriental… Le jeune homme de 78 ans prend plaisir à être là. La voix, le jeu de guitare sont impressionnants. Enrico Macias donne sans compter, chaleureusement ; le public le lui rendra par des applaudissements nourris. Enrico aura même droit à la déclaration d’amour d’une vieille dame, dans la salle.

On se quittera En se donnant rendez-vous l’année prochaine, on se quittera avec L’Auvergnat que tous les artistes, réunis sur scène, reprendront en choeur.

On peut se procurer la Revue des Amis de Georges et les captations DVD des galas précédents sur le site. Toutes les photos de ce gala, c’est ici.

Une réponse à Les Amis de Georges : le superbe millésime du dixième

  1. Patrick Engel 29 septembre 2016 à 14 h 23 min

    Merci pour ce chouette compte-rendu qui fait regretter de n’avoir pu compter au rang des privilégiés… Et petit coup de pub perso, vous pourrez retrouver l’ami Favreau en co-plateau avec Sarclo (rien que ça !) ce dimanche après-midi à la Pension Thénardier, à Montreuil (autant dire à Paris, il y a même le métro !) . Les (dernières) réservations se font sur lesdimanchanteurs@gmail.com

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