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Le plaisir du bal d’Acquin

Acquin (photo Selena Fontaine)

Acquin (photo Selena Fontaine)

Voilà un disque qui sort de l’ordinaire. Du rock policé pour un propos sauvage. Un chanteur au look propret qui, en loucedé, nous serine d’une voix blanche des paroles qui, si on y prête attention, feraient rougir un corps de garde. Ou tenteraient les gardes du corps.

Mais d’abord la pochette, au visuel très réussi signé Iannis Pledel. Une cible rouge et blanc. Au centre, l’œil de l’artiste. Qui nous scrute. Qui a déchiré le papier pour mieux nous voir. Intrigante et dérangeante à la fois. Qui est cet homme caché qui s’autorise à nous fixer intensément ? Pour le nom de celui-ci et de l’œuvre, voir verso.

Le chanteur s’appelle Acquin. Son premier disque, après un EP paru en 2016, se nomme Bareback. Un nom anglais pour un disque de chanson française. Mystérieux. Qui désigne la pratique sexuelle sans préservatif. Qui claque comme un défi et annonce la couleur : il va être question de sexe ! Un vrai assortiment de crudités. Qu’on se le tienne pour dit.

A la réalisation du disque, Frédéric Lo. Moins connu du grand public que son travail d’homme à tout faire, fruit de collaborations diverses, d’Hubert-Félix Thiéfaine à Florent Pagny, en passant par Stephan Eicher, Bashung, Alain Chamfort ou Cali. Mais il est surtout le co-auteur du bouleversant Crèvecoeur, de Daniel Darc. Pas un hasard donc de le retrouver à l’œuvre ici : même cocktail enivrant de charnel et de mystique cher au chanteur disparu.

bareback-acquinDonc, un disque pop-rock, fondé sur la trilogie guitare-claviers-batterie. Aux sonorités froides. Pas le genre souriant. Assorti à la voix grave du chanteur, qu’on confondrait aisément avec celle de Benjamin Biolay. Des chansons parfois dansantes, comme ce Gender Bender, qui fait de Dieu un pervers voyeur aimant reluquer les ébats interdits et qui, grand cœur, permet au narrateur de redescendre sur terre pour se (et lui) donner encore un peu de bon temps : Qu’il me dise en after / Fils / J’en veux encore quelques heures / Refais un tour / Fais mon bonheur. Des chansons qui plus souvent prennent leur temps, teintées de romantisme noir et d’images explicites, à défaut parfois de propos clair. On pense à Guidoni, en moins littéraire, ou au Gainsbourg dernière période. Il y en a pour tous les goûts : l’amour en groupe (Que mon corps / Serve / Tour à tour / À tour de bras / Tous ces beaux corsaires), le sado-maso (Ça lacère large / À la chaîne à l’usine / Ça caresse le chien de race / Tu saignes à l’os, tu signes un as), le couple fantasmé (Si tu étais un homme / Je serais ton homme / J’épouserais ton corps)…

Des chansons de désir et de sexe. Pas si fréquentes par ces temps de retour en force des culs-bénits. Nulle provocation pourtant, juste des portraits et des situations. Nul instinct de mort non plus, qu’on associe si souvent au sexe, surtout s’il se conjugue à la même personne. Ici, les corps exultent et le plaisir exalte. Que ceux qui n’aiment pas cela laissent la place aux autres : Va / Petit têtard / Ne rentre pas trop tard / Tu verras / Tout ça n’est rien.

Voilà donc un disque qui sort de l’ordinaire. Qui satisfera les nostalgiques de la pop-rock sombre des années 80. Qui fera le bonheur de ceux qui aiment sortir des sentiers battus. Qui deviendra culte, faisons-en le pari.

 

Acquin, Bareback, Eklektik/Inouïe Distribution, 2020. La page d’Acquin sur le site de Math Promo, c’est ici.

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