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Giovanni Ruffino, 1967-2020

Giovanni Ruffino Photo ©Jeanne Davy, détail.

Giovanni Ruffino Photo ©Jeanne Davy, détail.

Il était programmé pour la première fois au Festival Georges Brassens de Vaison la Romaine ce premier mai 2020, festival reporté à l’automne. Mais Giovanni Ruffino était loin d’être un inconnu en France, lui qui avait remporté en 2012 le premier prix du jury du Tremplin Georges Brassens à Paris, avec son album 95% Brassens, au sein de son groupe Vietraverse (les chemins de Traverse).  Ce groupe,  cofondé avec ses amis les chanteurs Giovanni Battaglino (guitariste) , Guido Calliero, les musiciens Joy Kawalko au violoncelle, Andrea Ughetto à la flûte et  Piero Ponzo à la clarinette et au sax, se destinait à la diffusion des chansons traditionnelles de la Montagne piémontaise, reprenant le répertoire qu’avait sélectionné dès les années 1960 la  Badia chorale Val Chisone, en faisant également une scénographie. 

En parallèle les deux Giovanni et Piero, séduits par le caractère universel et la poésie de l’œuvre de Brassens, commencent à la chanter d’abord en italien avec la traduction de Salvo Lo Galbo, voir la vidéo L’ombrello (Le parapluie) puis en piémontais, leur langue maternelle, traduite avec Roberto Rivoira. 
En France on voit Giovanni Ruffino au Festival Georges Brassens de L’Argentière La Bessée en 2016 avec Piero Ponzo, au « 22, V’là Georges » à Sète en Trio 2016, 2017, en 2018 avec Pascal d’Ougy…, au Théâtre de la Mer, à L’espace Georges Brassens et au Festival « Chansons et Toiles » de Christian Stalla, toujours à Sète, patrie de Georges. En début d’année on l’a entendu à Cadenet, à Lauris, Pertuis, Lorgues, Saint Maximin, Céreste, Nyons, Montpellier. On le voyait arriver avec sa camionnette  aménagée, il avait noué des liens d’amitié avec de nombreux artistes français, qui allaient grâce à lui chanter en Piémont, tandis que lui venait en Provence ou en Occitanie grâce à eux… Giovanni reprenait également Barbara en italien, Nantes, Drouot. Il accompagnait, souvent à la guitare ou à la contrebasse les autres artistes, faisait partie du Trio Sans bagage avec la chanteuse Martine Bousquet et l’accordéoniste Pascal d’Ougy. Il avait créé en Italie un Festival Georges Brassens et avait comme projet une grande tournée en France, en Italie, jusqu’à Vienne peut-être… Pendant le confinement il envoyait régulièrement ses vidéos sur facebook, la dernière le 26 avril fut Drouot. 

Senza fili 2015 @Marco Imperiale

Senza fili 2015 @Marco Imperiale

En Italie il avait participé à de nombreux projets musicaux. Auteur, compositeur, guitariste et contrebassiste, il sort en 2015 son premier album de chansons inédites Senza Fili, avec la chanteuse turinoise Valeria Quarta et Piero Ponzo, puis en 2017 il interprète lui-même les chansons de son album (en italien) « Barche, libellule e altri frutti esotici « (Bateaux, libellules et d’autres fruits exotiques),  toujours en duo avec Piero Ponzo avec notamment les chansons Gli alberi (Les arbres) et Libellula  qu’il interprète aussi en français. L’univers musical de ces albums est mélodique, profond, entre jazz et musique contemporaine. Il suffit de savoir que Piero Ponzo a été l’accompagnateur de Gian Maria Testa sur deux albums et des centaines de concerts. Les textes sont poétiques, et la voix grave et un peu rauque de Ruffino peut parfois faire penser à celle de Vissotsky chantant en français… A Lauris, en mars, nous raconte Sebka, il a chanté une « Corona-valse », histoire de poissons amoureux qui n’avaient plus le droit de s’embrasser, en faisant rimer « giu » et « blu »…

L’autre passion de Giovanni Ruffino était la montagne. Excursionniste, alpiniste depuis toujours, gardien de refuge, on le voyait escalader ses montagnes du Piémont comme les contreforts cévenols. Originaire de Pignerol, sur la commune de San Pietro Val Lemina près de Turin, c’est  près du Monte Pelvo dans ses montagnes qu’il a trouvé la mort suite à une chute au Val Chisone. Les nombreux témoignages de ses amis italiens et français rendent hommage à son talent, à sa simplicité et son sens de l’amitié, à sa pudeur d’homme de la montagne. En raison de la pandémie, les obsèques ont lieu dans l’intimité mais une fête en son honneur doit être organisée le 22 juin, jour de son anniversaire. 

 

Consulter la playlist que lui a consacré Gibert Raulet pour les Festivals V’la Georges à Sète qu’il a filmés et montés, ainsi que la playlist généraliste de Lopcaian.

 

L’ombrello (Le parapluie), 2014, vidéo-clip, en italien Image de prévisualisation YouTube

Les ricochets, en piémontais, 2016 à Sète  Image de prévisualisation YouTube
Bruta reputassion (La mauvaise réputation), en piémontais, 2018 à Sète Image de prévisualisation YouTube

Je me suis fait tout p’tit (en piémontais), 2018 à Sète Image de prévisualisation YouTube

Les arbres, (Gli alberi), version française, avec Piero Ponzo à la clarinette et Joy Kawalko au violoncelle, 2018 Image de prévisualisation YouTube

Libellula, Cadenet La cave aux fioles, 2020 Image de prévisualisation YouTube

2 Réponses à Giovanni Ruffino, 1967-2020

  1. Sébastien Piettre (Sebka) 26 mai 2020 à 12 h 35 min

    Un grand artiste vient de disparaître, je ressens une profonde tristesse…
    Mort au sommet d’une montagne de son Piémont qu’il aimait tant, mort au sommet de son art aussi.
    A Lauris, le 14 mars dernier, tu t’en allais faire un concert à Montpellier dans ta roulotte moderne, une fourgonnette aménagée dans laquelle tu pouvais parfaire à loisir ton sublime jeu de guitare. Tu jouais si bien, on était tous tes enfants quand on te regardait sur scène, subjugués par ton talent, emballés par ta modestie et le respect que tu montrais aux immenses artistes que tu servais :
    - Georges Brassens que tu traduisais en piémontais et Barbara que tu adaptais si majestueusement à la guitare.
    Tu étais aussi un formidable « cantautore ». A Lauris, tu m’as chanté ta « Corona-valse » où tu parlais de poissons amoureux qui n’avaient plus le droit de s’embrasser, en faisant rimer « giu » et « blu », ce qui m’éblouissait, moi, petit français italianophile tout heureux de sentir que je faisais partie des tiens…
    On voulait partager la scène, tu voulais m’inviter faire une semaine de tournée dans ton Piémont, on se voyait déjà chanter au Marietta’s Salon à Vienne en Autriche, mais tu es parti beaucoup trop tôt pour que tout ça puisse se réaliser…
    Dire que je n’aurai plus la chance de te revoir ni de te parler au téléphone…
    Tu vas me manquer, Giovanni Ruffino…

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  2. Corinne Reynaud 26 mai 2020 à 13 h 52 min

    Merci pour cet article et le bel hommage que tu lui rends, Catherine. Petites précisions : c’est en janvier et début février que Giovanni a donné toute une série de concerts en Provence, à Lauris et Cadenet, mais aussi Pertuis, Lorgues, Saint Maximin, Céreste, Nyons… Il a également été le guitariste du Trio sans Bagages. Au-delà des dates de concerts, et de son parcours, c’était un homme pudique, en effet, et profondément libre, je crois. Il avait une espèce de pureté assez sidérante, et l’amitié pour lui n’était pas un vain mot. Il était là, toujours. J’ai eu le privilège, avec d’autres, de le connaître, et de partager avec lui « delle belle cose », comme on disait ! Ciao, Gio !

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