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Concèze 2012 : Murray Head, l’homme de la Manche

Murray Head (photo d’archives DR)

D’abord un embrouillamini de fils, de connexions, technique un moment déficiente et micros muets. Et notre Murray Head en animateur, presque comique, à meubler le temps mort. Ça met en condition, ça nous en dit beaucoup sur l’artiste, sur sa proximité, sa simplicité. Il fut rock star et, sur le tard, il est ici, sur la scène du Foyer rural de Concèze. Avec son fidèle acolyte Geoffrey Richardson (violon, basse, mandoline, kalimba…), quarante ans de pure complicité, des grands stades aux salles confidentielles. Il est quasi en acoustique, dans une posture rock (ce ne sont pas les kilowatts ni les instruments qui font le genre, mais bien l’esprit et l’individu), qui prend la large et s’en va sur ses origines, le blues, un blues vieux comme Erode, comme la crise économique, comme la crise morale, tant il est que Murray Head ne nous entretient vraiment que de cela. Avec la surprise, lui le plus français de tous les sujets de sa Majesté, « un des seuls anglais qui n’aiment pas l’Amérique » ajoute-t-il en perfide Albion, de ne pas avoir été toujours compris. Alors, avec un humour qui n’appartient qu’à lui, il explique. Et corrige. Oui, ce tube sur lequel nous avons tous dansé en boîte, sur lequel nous avons copulé même, ce Say it ain’t so, Joe (« Dis que c’est pas vrai, Jo ») d’anthologie – souvenez-vous –, est politique. Qui nous dit le mensonge permanent de nos dirigeants, à l’origine de Richard Nixon puis, de Bush à Bush, des autres, mensonge qui gonfle avec le temps. Mais les français aiment des tubes dont ils ne comprennent le traitre mot et ainsi s’installe la méprise. Combien d’enfants sont nés de ce slow à l’apparente tendresse, aux mots sans importance, quand il s’agissait d’une charge qui ne souffrait pourtant d’aucune ambiguïté ? : « Ils ont pris ma chanson de rage pour une chanson d’amour. » Murray Head ne nous presque que ça : le déclin de l’empire britannique, qui empire. Et le nôtre, qui ne fait qu’à copier. « J’ai la jambe droite en France, la gauche en Angleterre et les couilles dans la Manche ! » se plait-il à commenter, redoutant l’hiver et l’eau glacée. Ça et les doutes amoureux, les errements, les révoltes sans suite… De bien belles chansons, en anglais dans le texte. Parfois, rarement, en un français qui aime garder un cachet british, à l’accent birkinien. Comme cette Mademoiselle qui, à la commissure des vers, rime avec bagatelle, Machiavel ou « rester belle »

Que NosEnchanteurs, site de chanson d’expression française, rende ainsi fraternel hommage à ce diable d’homme, cet étrange britannique, n’est que justice. Suffit de le voir en scène. La chanson n’est pas histoire de langue, mais de ce qu’on fait avec. Murray Head mérite le respect, l’admiration même.

 

Une réponse à Concèze 2012 : Murray Head, l’homme de la Manche

  1. Danièle 14 août 2012 à 11 h 27 min

    Tout à fait d’accord , et … ce n’est pas très original comme illustration sonore, mais c’est l’été et ça rappelle de bons souvenirs …


    MURRAY HEAD – Say It Ain't So Joe – LIVE HQ

    Répondre

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