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Barjac 2014 : Depoix (vaine) démesure

Emmanuel Depoix (photo Anne-Marie Panigada)

Emmanuel Depoix (photo Anne-Marie Panigada)

A de notables exceptions près (des soirées hommages, surtout), Barjac s’est toujours refusé aux interprètes. N’empêche que nos Chansons de parole en ont fait leur miel cette année. Entre 2 Caisses (Leprest), Laurent Viel (Barbara), Nathalie Miravette et Elsa Gelly (pas mal de monde) et Emmanuel Depoix (Ferré) : enfin il fait bon n’être qu’interprète chez l’ami Jofroi.

Sans nullement faire deux poids deux mesures, le cas Depoix fera toutefois débat. Même si un récital Ferré, sur le papier, ça nous intéresse. Nettement moins pour l’avoir vu, entendu.

Comme à Ostende, Richard, Ça m’va, Ils ont voté, Pépée ou l’hymne des sardiniers qu’est C’est extra… dans les chansons ou dans les propos de Léo tirés d’interviews, Depoix est Ferré, parle Ferré, respire Ferré, suinte et sue Ferré, éructe Ferré des mêmes rots, pisse Ferré d’une même urine, le récite, sans nulle distance. Mimétisme total, troublant, gênant. Depoix ne fait rien qu’imiter, jusque dans les gestes, le trait, les propos, les chuchotements, le timbre (encore que s’il semble raccord dans le grave, il ne chante pas vraiment juste pour le reste). Le moindre commentaire off qu’aurait fait Ferré est ici dupliqué. Il eut pété qu’on aurait droit aux mêmes flatulences, aux mêmes odeurs.

Si Depoix est interprète, c’est au sens d’acteur : il endosse un rôle, il joue Ferré. A quoi ça sert ? Interpréter Ferré est utile, oui. Nécessaire même. Mais pas le mimer, l’imiter, stupidement le copier-coller. Depoix fait son numéro et n’engendre que malaise. En un exercice un rien démago, qui se clôt sur Les Anarchistes, pour plus encore satisfaire les romantiques anars que nous sommes. Comme si l’avant-veille Viel avait terminé son récital Barbara sur L’Aigle noir pour vendre plus encore de disques à la sortie. Car il y a disque de ce « récital Ferré » ! A quoi ça sert ? A rien ! Préférez l’original à la copie !

Michel Hermon avait, il y a peu, reconstitué fidèlement le concert mythique de Ferré de Bobino 69, au Hall de la chanson, institution menant, on le sait, exemplaire travail sur la mémoire. Là, c’était précis, cadré, nous savions ce que nous allions entendre : il y avait travail mémoriel.

Depoix n’est pas différent de ces imitateurs de Polnareff ou de Cloclo (cf le formidable Podium, film de Yann Moix), de l’aqueu Johnny ou de Coluche, qui font comme si, et dont on peut à leur sujet se poser des questions. Seule la posture éminemment « culturelle » de son « art » et de son public le dispense de s’affubler d’une pyramidale perruque à la Ferré. Le reste c’est pareil au même. Ridicule.

L’imitation a-t-elle sa place à Barjac ? Non !

 

Le site d’Emmanuel Depoix, c’est là.

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163 Réponses à Barjac 2014 : Depoix (vaine) démesure

  1. Norbert Gabriel 2 août 2014 à 15 h 51 min

    Ah les interprètes et le répertoire… Vaste débat… J’avais vu Emmanuel Depoix dans une soirée collective, où il avait chanté « Les 400 coups » j’avais bien aimé, d’autant que cette chanson de Ferré est une de mes préférées. Du coup, revient l’éternelle question, on applaudit la chanson ou l’interprète ? Ce jour-là, j’avais applaudi les deux. Ensuite, je n’ai pas eu la possibilité de voir le spectacle en entier.

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  2. Cuffi Georges 2 août 2014 à 16 h 06 min

    On y était, toute la fratrie Barjacienne ! (d’ailleurs, on s’est vus le soir au château, j’en reparlerai). Je te dis bravo pour ta sincérité, tu ne ménages pas la chèvre et le choux, tu es sincère, j’adore ça… même si je suis loin de partager ton point de vue. L’ensemble, pour moi, a été très bon, allez, 14/20 ! C’est vrai que Depoix en fait un peu trop, mais ça se comprend il est avant tout comédien. D’excellents moments, très appréciés, tu en conviendras, par tout le public. Personnellement, je lui reprocherais de trop chanter a capella, c’est austère, minimaliste, et ne peut se pratiquer que par des chanteurs de haut niveau, quasi lyriques, ce qui n’est pas son cas. Mais il dégage une émotion, il vibre, il habite l’espace. Les gens qui ont gueulé que le son était trop fort, au début, l’ont dissuadé de chanter « Les assis », dommage, c’est là qu’il est le meilleur ! Mais bon, j’ai passé un très bon moment, dans l’ensemble. TOUT est absolument subjectif, dans le domaine artistique ! Ainsi, le soir, Lo’Jo a enthousiasmé mon frangin, alors que je me suis fait atrocement chier (parti avant la fin, d’ailleurs) et que je classe la soirée dans le top 5 des plus grands emmerdements artistiques de ma vie !

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  3. Gisèle Buclet 2 août 2014 à 16 h 06 min

    Pas d’accord,mais pas d’accord du tout… et si j’en crois le public, présent ce jour là… je ne suis pas la seule… comment peut-on parler d’imitation ????

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  4. Michel Kemper 2 août 2014 à 16 h 12 min

    Parce que, Gisèle, ce n’était que de l’imitation, aucune re-création, aucune créativité. Quant au public, j’ai cru, comme vous, que l’adhésion était assez unanime au sortir de ce concert. Le soir, lors de la fête de fin de festival, je n’ai par contre entendu que des commentaires négatifs, voire de grande colère, de spectateurs présents à ce concert. Parfois la critique était bien plus virulente que la mienne. Du reste, je ne règle pas mes articles sur l’appréciation générale, quitte – ça m’est arrivé – à parfois dénoter.

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  5. chri 2 août 2014 à 17 h 03 min

    Et d’Anne Baquet la Merveilleuse, vous n’en dites rien?

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  6. Michel TRIHOREAU 2 août 2014 à 17 h 11 min

    Pour avoir déjà vu Depoix quelques années plus tôt, je partage totalement l’avis de Michel Kemper.
    On est loin des vraies interprétations de Brel ou Barbara par Laurent Viel.
    Quant au fait qu’il soit comédien, ce devrait être un plus. Michel Hermon et Annick Cisaruk aussi sont comédiens et leur interprétation de Ferré m’a collé des frissons.

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  7. Elise N. 2 août 2014 à 17 h 15 min

    Je découvre ce (superbe) site à l’occasion de mon premier Barjac : j’ai l’impression d’avoir perdu beaucoup de temps à me désoler qu’il n’y ait plus d’écrits à se mettre sous les yeux (et les oreilles) dans le domaine de la chanson. Enfin des articles qui veulent dire quelque chose, qui ont de la consistance. Et du courage. Tout-à-fait d’accord avec cet article : Depoix n’a rien à apporter à Ferré si ce n’est qu’une inutile copie. Quand on pense au travail de Philippe Guillard, de Bell Oeil, de Josette Kalifa, de Têtes de bois, d’Annie Cisaruk, de Natasha Bezriche, de Marc Ogeret, de Michel Hermon que vous citez, de Morice Benin, de Philippe Léotard, de Joan Pau Verdier, d’Ann Gaytan, de Catherine Sauvage et de bien d’autres interprètes de Léo Ferré, on est étonné, affligé, de celui de ce moine-copiste qu’est Emmanuel Depoix. Je fais partie de celles et de ceux qui, uniquement par politesse, n’ont pourtant pas manifesté leur réprobation sous le chapiteau : pourquoi gâcher le possible plaisir d’autres? Ce n’est pourtant pas l’envie qui me manquait. Ceci pour dire qu’il ne faut surtout pas affirmer que tout le public était satisfait de ce spectacle, loin de là : ce serait un énorme mensonge.

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  8. Michel Kemper 2 août 2014 à 17 h 27 min

    En réponse à Chri :
    Nous ne pouvons pas écrire et éditer tous les articles en même temps. Patience pour ceux qui sont encore en projet ou en cours de rédaction…
    Pour autant il ne devrait y avoir ni article sur Anne Baquet ni, par exemple, sur Laurent Berger, deux artistes à qui nous venons de consacrer des articles durant ce mois de juillet (deux articles pour Berger, tout de même, qui plus est à 24 h d’intervalle) sous les plumes de Catherine Cour et de Claude Fèvre. Comprenez qu’il nous est difficile, de semaine en semaine, de traiter des mêmes artistes, sauf à bégayer et lasser nos lecteurs. Pour lire ces papiers, allez sur la page d’accueil ou sur l’index. Merci.

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  9. Norbert Gabriel 2 août 2014 à 17 h 28 min

    Pour ce qui est de Ferré, et de ses ré-interprétations, on peut avoir chaque année un bel éventail d’interprètes qui recré