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Avignon Off 2017. Nicolas Jules, avec tambour et trompette

Le Nicolas Jules trio à Avignon (photos Dominique Condou)

Le Nicolas Jules trio à Avignon (photos Dominique Condou)

7 juillet 2017, l’Arrache-Cœur à Avignon,

 

Ne connaissant Nicolas Jules qu’en formule solo, j’ai hâte de découvrir ses acolytes pour un concert brut de rock, sinon rauque de brutes. Programmé une semaine l’an dernier au Théâtre des Brunes, pour déjà tordre le rock comme les vers, le voici de retour pour  sa première saison complète, jour 1.

Chemise à pois et pantalon gris à bretelles (Nicolas Jules approvisionne le plus souvent sa garde-robe chez Emmaüs), les cheveux savamment ébouriffés, l’artiste se présente avec sa guitare et sa retenue habituelle, sa vraie fausse timidité et sa voix basse et blanche, en nous souhaitant bonne chance pour la suite. Il nous met d’emblée L’ambiance. Si la danse le reprend quelquefois par les genoux, on sait qu’on ne va pas rigoler. Quand il vous intime de l’embrasser, d’une voix sépulcrale en faisant sauter toute la salle en hurlant « Avec le CŒUR », ce sont les enfants du premier rang qui réclament leur mère. Surtout quand il leur jette sur les genoux sa guitare. Pourquoi me croyez-vous ? Les enfants, ça n’a peur de rien, surtout ceux de maintenant !

A sa gauche Roland Bourbon arbore sa [son absence de] tenue habituelle, crâne nu seulement habillé d’une boucle d’oreille, torse velu et corpulence forte au vrai sens du terme sous son gilet noir, short dévoilant ses jambes musclées, laissant au public le soin d’admirer sans voile son jeu de batterie aussi raffiné que puissant. Coup de caisses « A la one, one-two-three », véritablement d’une puissance diabolique que dément la légèreté des fouets sur les cymbales ou la délicatesse des clochettes agitées pour l’exorciser : « C’est le diable qui se lave en secret dans l’eau de Lourdes ». Grincements de cymbale, qu’il finira par lancer non pas dans, mais au pied de la foule qui se presse sur les fauteuils de la salle Moustaki.

A sa droite on pouvait s’attendre à trouver le violoncelliste Clément Petit, réalisateur de son dernier album, mais Nicolas se rend soudain compte qu’il s’agit de Brice Perda le « tubiste » vu aussi l’an dernier aux Saxhorn basse et flugabone avec Chloé Lacan. Ce charmant jeune homme brun tient son instrument, je parle du tuba, au creux de ses bras arrondis comme s’il serrait amoureusement une femme assise sur ses genoux, à laquelle il fait d’ailleurs le plus long baiser de l’histoire du cinéma. C’est là qu’on découvre les subtilités du tuba, en notes étouffées ou en vibrations profondes. Il apporte clairement une dimension tragique mais douce au concert. Pour être raccord avec Roland il a également mis un gilet noir sans rien dessous, mais n’a pas renoncé à son pantalon, donc vous n’en saurez pas plus sur son anatomie.

La chanson désespérée Celui qui n’a rien, succès de près de dix ans d’âge dont Nicolas change le dédicataire à chaque spectacle, sera dédiée ce soir au chanteur-comédien-humoriste-metteur en scène Thierry Romanens curieusement vêtu d’une tenue de sport jaune à rayures ainsi que ses comparses qui peuplent une demi rangée de spectateurs. Sans doute en référence à son passé d’ex-footeux helvète et à sa prestation actuelle d’auto-fiction humoristique au Nouveau Ring, en tant que metteur en scène de Lionel Frésard. Toujours est-il que son humour cynique lui sera nécessaire pour supporter « Tu bois pour oublier / Que ta vie c’est l’enfer » qui est la phrase la plus rigolote de la chanson.

Les chansons du dernier album Crève-silence replacées au sein de son répertoire ancien prennent un certain recul malgré le tuba crépusculaire, les guitares dramatiques et les percussions qui enfoncent le clou. La Bétonneuse « C’est pas moi le vertige / C’est la nuit », entre l’indifférente Joconde et la détonante Le dernier étage, universalise en quelque sorte le propos, nous empêchant de tomber dans la compassion affligée que nous avions éprouvée pour Nicolas à l’écoute de son album. Ce ne sont plus seulement les affres de sa rupture amoureuse, mais les malheurs des humains qu’il nous évoque là, en s’en moquant un peu de toute sa noire dérision. « Non nous ne savons pas ce que nous sommes / La vérité vraie ça ne s’écrit qu’ à la gomme. »

La douceur des Chiens gardiens du cœur éteint de la belle, la lourdeur de L’eau noire, la surprise de Faon, qui perd son aspect pop, nous donne un vrai concert de  rock profond, avec une fin en puissante apothéose. Les voix de Roland, puis de Brice qui chante noyé dans son tuba, remplacent la voix féminine de l’album. Leur douce légèreté y crée salutaire contraste. 

Nicolas nous explique qu’après y avoir réfléchi des années, il pense que son inspiration c’est un don. On n’est pas loin de le croire.

 

Tous les jours sauf le lundi, à 15h salle Moustaki, Talents Adami, jusqu’au 30 juillet 2017. Le site de Nicolas Jules, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

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