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Alexis HK, frère des ours

Alexis HK (photo DR)

Alexis HK (photo DR)

Tiens, et si on parlait un peu de l’autre Arménien de France ? Nous étions sans nouvelles discographiques depuis Le dernier présent, paru en 2012, d’Alexis Djoshkounian, plus connu sous le nom d’Alexis HK (même s’il nous avait fait patienter avec son spectacle consacré au maître sétois, Georges et moi). C’est dire si nous sommes heureux de voir apparaître dans les bacs, ce 5 octobre, son appétissante galette intitulée Comme un ours.

Beau disque que celui-là. Superbe même, disons-le d’emblée. Mais notre réjouissance de pouvoir découvrir ses douze nouvelles chansons se teinte d’une légère anxiété à leur écoute. Noir c’est noir, comme chantait l’autre. S’il est dit que les poètes et artistes sont les diffuseurs de l’air du temps, les remugles évoqués par Alexis HK piqueront le nez et les yeux des auditeurs. Car ce qui a fait sortir notre plantigrade de sa tanière, c’est bien une saine colère, associée à une angoisse diffuse et une désillusion de niveau 4. Le monde ne va pas bien, notre époque pue, les vieux démons reviennent, l’horreur est humaine. Faut-il taire ses assauts de lucidité, dans une volonté de ne pas en rajouter ? Ou au contraire, faut-il encore et toujours lancer des cris d’alarme, au risque de passer pour un pessimiste atrabilaire ?

Alexis-HK+Comme+un+ours+_c_Pierre+Leblanc_+visuel+RVB-2018Alexis HK, lui, a choisi. Il nous chante tout ce qu’il a sur le cœur. En reconnaissant d’ailleurs qu’il a tardé à s’atteler à la tâche. Je me suis assoupi, mea culpatise-t-il : « trouve-moi meilleur sourdingue que le porteur de boules Quies ! » Ses nouveaux morceaux nous parlent donc de ce néo-fascisme si séduisant, pourtant juste capable de désigner toujours les mêmes coupables (« Tant de responsables aux misères des peuples offusqués / Les boucs émissaires risquent d’être assez surbookés »), des attentats du vendredi 13 (« Toutes nos illusions perdues en quelques secondes à peine / Consumées par le feu et les larmes des hommes qui saignent »), d’une inquiétante chasse où le gibier « n’a pas l’air très clair de peau », de l’ultra-moderne solitude chère à Souchon, qui fait de nos lits une base arrière à la mélancolie

Au mitan de l’album, comme une respiration bienvenue, trois chansons plus lumineuses s’en viennent nous rasséréner quelque peu : Je veux un chien (Alexis HK voulait-il régler leur compte aux chats chers à Brassens ?), La fille à Pierrot et Salut mon grand. Meilleur ami de l’homme, femme et enfant mêlés dans un triptyque salvateur. Avant de replonger dans l’inquiétude et de conclure, presque avec détachement, sur le grand voyage vers l’au-delà qui nous attend (« Entre deux flammes, entre deux nues / Entre deux diables ou deux anges nus / J’irai voir si c’est beau / Vu d’en-bas ou de là-haut »).

Pourtant, si le fond n’est guère allègre, la forme est terriblement séduisante. Humour et ironie sous-jacents, mélodies légères et entêtantes, orchestrations sobres et classieuses… Autant d’éléments empêchant de plomber l’atmosphère. Ajoutons-y la voix unique du chanteur et sa diction particulière, son parlé-chanté qui le rapproche des slammeurs-rappeurs, son écriture brillante, riche en trouvailles stylistiques, jeux de mots ou formules percutantes. Vous aurez compris que l’ensemble fait de Comme un ours un album des plus recommandables, dont plusieurs écoutes ne suffisent pas à épuiser le plaisir. Un des must de 2018 assurément.

 

Alexis HK, Comme un ours, La Familia, 2018. Le site d’Alexis HK, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. Image de prévisualisation YouTube

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